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la vengeance des mères jim fergusLes journaux de Margaret Kelly et Molly McGill

Présentation de l’éditeur1875. Dans le but de favoriser l’intégration, un chef cheyenne, Little Wolf, propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers. Grant accepte et envoie dans les contrées reculées du Nebraska les premières femmes, pour la plupart « recrutées » de force dans les pénitenciers et les asiles du pays. En dépit de tous les traités, la tribu de Little Wolf ne tarde pas à être exterminée par l’armée américaine, et quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre. Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly, qui, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l’armée, refusent de rejoindre la « civilisation ». Après avoir trouvé refuge dans la tribu de Sitting Bull, elles vont prendre le parti du peuple indien et se lancer, avec quelques prisonnières des Sioux, dans une lutte désespérée pour leur survie. Avec cette aventure passionnante d’un petit groupe de femmes prises au milieu des guerres indiennes, Jim Fergus nous donne enfin la suite de Mille femmes blanches. Le miracle se produit à nouveau et cette épopée fabuleusement romanesque, véritable chant d’amour à la culture indienne et à la féminité, procure un incommensurable plaisir de lecture.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Luc Piningre.

Titre original : The vengeance of mothers

Éditions du Cherche Midi – 464 pages

Depuis le 22 septembre 2016 en librairie.

Ma note : 5 / 5 mention Coup de cœur

Broché : 22 euros

Ebook : 17,99 euros

Étrangement peu reconnu dans son pays – à l’échelle des États-Unis, le succès « confidentiel » de son premier livre équivaut tout de même à un million d’exemplaires écoulés -, il n’est plus nécessaire de présenter l’auteur américain à l’ascendance maternelle française dans un Hexagone qui a obtenu la primeur de la parution de son nouveau livre qui ne sortira qu’au printemps prochain aux USA. Seize années après son entrée en littérature qu’il a mises à profit pour écrire cinq autres romans, Jim Fergus a honoré les tables des libraires français de sa présence à l’occasion de la rentrée littéraire 2016 avec La vengeance des mères, la suite de son premier roman Mille femmes blanches. Un sequel inattendu du Prix Femina du premier roman étranger 2000, originellement conçu comme un one shot, d’autant plus réjouissant que l’épopée est désormais annoncée comme une trilogie dont l’ultime volet devrait paraître dans les trois années à venir. Lors même que tout a priori quant à la qualité du récit reviendrait à négliger les talents éprouvés de conteur hors pair du romancier, le pari de la suite – en soi une gageure dont l’écrivain reconnaît n’être lui-même pas féru tant le risque de redondance édulcorée est important – est d’autant plus périlleux qu’il s’agit de succéder à un véritable best seller. Quid donc de ce prolongement ?

Reprenant l’histoire là où elle s’était achevée, La vengeance des mères renoue avec les éléments caractéristiques du premier tome. Une itération aussi logique que judicieuse qui passe notamment pour la structure par la conservation du système narratif sous forme de journal intime et pour le fond par le maintien d’une approche fictionnelle au plus près de la réalité historique ; après une caution réaliste bâtie principalement autour du grand chef cheyenne Little Wolf dans Mille femmes blanches, l’auteur porte-parole de ceux qui en sont privés (en particulier les Indiens et les femmes) réunit ses deux causes favorites sous les traits de la plus illustre figure féminine de la bataille de Little Bighorn, mettant au cœur de sa dimension exofictionnelle la chef de guerre Pretty Nose de la tribu Arapaho dont on retrouve le portrait aussi fascinant qu’énigmatique en jaquette.

Malgré ses ressemblances fondamentales d’avec le précédent opus entre mise en scène d’héroïnes intenses et puissantes et brillant entrelacement de roman historique, roman d’aventure et roman d’amour, cette seconde immersion dans l’Amérique des pionniers possède néanmoins une réelle originalité. Outre de nouveaux personnages incarnés et intemporels autant si ce n’est plus que les précédents, Fergus parvient à donner à son récit un souffle romanesque inédit et à ne pas s’enfermer dans l’oiseuse redite afin de poursuivre l’indispensable évolution du schéma narratif. Entre rebondissements, suspense et large palette émotionnelle, l’intrigue poursuit avec une authenticité un soupçon partisane – peut-il en être autrement ? – évitant toutefois l’écueil du manichéisme – la cruauté était de mise dans les deux camps même si le début des hostilités n’échoyait qu’à un seul – l’exploration de cette époque troublée d’anéantissement programmé de la culture indigène nord-américaine. La nuance la plus significative mais également la plus symbolique entre les deux premiers épisodes de cette saga en trois parties étant la progression de la tragédie à l’espoir. Car en dépit du dénouement historique hélas consommé dont Mille femmes blanches se faisait le reflet terriblement déchirantLa vengeance des mères, nonobstant son titre lourd de promesses et ses nouvelles descriptions des massacres et autres atrocités commises à l’occasion du génocide amérindien, est davantage une célébration de la vie, de l’amitié, de l’amour romantique et maternel et de l’harmonie culturelle et raciale ainsi que de la musique, la danse, la joie et l’humour, que l’apologie de la violence et de la loi du Talion. Partant d’un des plus consternants et atroces exemples de la vérité dramatiquement établie du potentiel d’inhumanité de la bête humaine, le texte est une invite faite au lecteur à s’interroger sur son propre rapport à l’autre, à la différence, à la vengeance et à sonder ses retranchements les plus intimes face à l’adversité, notamment autour de la plus dévastatrice épreuve qui puisse être, la perte de l’enfant.

Après un premier volume aussi magnifique que lugubre salué par le regretté Jim Harrison comme un « roman splendide, puissant et exaltant », encensé par la critique et adulé par le public, Jim Fergus poursuit donc son prodigieux et percutant travail de mémoire avec un page turner prenant la forme d’un saisissant message de tolérance et d’espérance. Ce deuxième tableau de l’ouest américain en plein siècle de transfiguration (XIXe) inscrit résolument ce remarquable triptyque au rang de chef-d’œuvre et érige définitivement son créateur, qui une fois encore dénonce l’effondrement prémédité d’une civilisation fière et indépendante, bouscule le tabou persistant autour de ce crime contre l’humanité et fustige la cruauté jusqu’à ce jour immuable des États-Unis à l’égard de ce peuple, au rang de grand romancier de la culture amérindienne aux côtés de plumes telles Louise Erdrich ou encore Joseph Boyden. Quant au dernier pan dont il se murmure qu’il mettra les courageuses, charismatiques et inspirantes protagonistes en situation de devoir créer un monde meilleur pour elle-mêmes et les générations à venir, il peut légitimement être soupçonné par anticipation, eu égard à l’exécution magistrale des deux premières parties, de conserver l’essence et parachever avec éclat cette fresque vibrante. Auteur engagé à plusieurs égards depuis le début de sa carrière, il ne se contente pas d’intercéder pour la cause indienne en rendant un émouvant hommage aux Américains originels mais se fait aussi le défenseur de la condition féminine et exprime son activisme environnemental en versant dans la littérature des grands espaces auxquels il fait la part belle. Entre ode à la Femme, hymne à la liberté, chant d’amour à la Nature et éloge de la bienveillance, La vengeance des mères prolonge avec une infinie humanité la bibliographie exceptionnelle de l’un des monstres sacrés de la littérature américaine dont toute bibliothèque digne de ce nom se doit de posséder sur ses étagères l’un ou l’autre de ses titres.

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À l’orée du verger de Tracy Chevalier, Yaak Valley, Montana de Smith Henderson, Alaska de Melinda Moustakis, Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey, La maison de terre de Woody Guthrie, Seuls le ciel et la terre de Brian Leung, Dans le silence du vent de Louise Erdrich, Une chanson pour Ada de Barbara Mutch, Les Accusées de Charlotte Rogan, Les douze tribus d’Hattie d’Ayana Mathis, Dedans ce sont des loups de Stéphane Jolibert…

Extrait :

Quel monde, quel Dieu, quelle sorte d’êtres humains laissent de telles horreurs se produire ?

Un grand merci aux Éditions du Cherche Midi pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

12 réflexions sur “La vengeance des mères de Jim Fergus

    • Oui, je sais… J’ai un mal fou à me sentir satisfaite de ce que j’écris et ça impacte mon rythme de parution. Du coup, ça me stresse encore plus et je bloque encore plus sur l’écriture. Cercle vicieux qui me désespère et me fait culpabiliser de ne pas satisfaire les personnes qui prennent plaisir à me lire. Merci donc beaucoup pour ton commentaire qui me touche particulièrement et me redonne un peu confiance.

      Aimé par 1 personne

    • Effectivement beaucoup de personnes ont lu ce premier roman et pas mal des lectrices et lecteurs qui l’ont aimé ignoraient que ce best seller avait une suite. Je suis ravie de t’avoir permis de faire cette découverte et j’espère, même si mes doutes sont franchement minimes, qu’il te plaira autant que le précédent.
      Bonne lecture et au plaisir de nos pérégrinations littéraires…

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