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julie's way pierre chazalPrésentation de l’éditeur : Last round pour Nicolas et Yann. Le premier part à Londres, le second en Asie. Les deux meilleurs amis du monde savent ce qu’ils quittent avec soulagement au seuil de leurs trente ans. Ils ignorent encore ce que l’avenir leur prépare. À Londres, Nicolas découvre la vie d’expat entre nuits incertaines et sabir linguistique, se prend d’amitié pour une vieille dame so british, s’entoure de copains interlopes. Reste le plus important pour ce jeune homme lunaire animé d’une seule et unique obsession : retrouver sa Julie, la sœur de Yann, partie en Angleterre sans laisser d’adresse depuis trop longtemps déjà… Tendre et loufoque, le troisième roman de Pierre Chazal se présente comme une comédie au flegme trompeur, un récit dans la plus pure tradition du romantisme anglais.

Éditions Alma – 293 pages

Depuis le 14 janvier 2016 en librairie.

Ma note : 4,75 / 5

Broché : 18 euros

Ebook : 12,70 euros

Du prière d’insérer de Julie’s way, troisième livre de Pierre Chazal paru à l’occasion de la rentrée littéraire d’hiver 2016, l’on aurait tendance à ne retenir que la dimension comédie romantique franco-britannique – dans l’acception noble et unisexe du terme, contrairement à la définition regrettablement galvaudée de littérature de poulette (chick lit) au contenu futile. Ce serait omettre une composante essentielle du récit : son flegme trompeur. Tendre et âpre à la fois, ce roman initiatique est, comme tout apprentissage existentiel en général et toute éducation sentimentale en particulier, un parcours contrasté entre légèreté et gravité, beauté et laideur, réussite et échec, bonheur et tragédie.

Partant in media res des destins croisés d’un trio à l’aube de la trentaine dont les rapports fusionnels d’adolescents ont été mis à mal au fil des ans, le roman explore les mystères insondables de l’amour et de l’amitié au travers de cet âge décisif oscillant entre illusion et désenchantement, cette croisée des chemins de l’innocence à la maturité, cette étape cruciale de bilan faite d’hésitations à poursuivre les rêves d’une époque en passe d’être révolue avant qu’il ne soit trop tard ou y renoncer et tourner la page de l’avenir…

À l’heure des choix décisifs, suivant l’exemple d’une Julie volontairement volatilisée en Angleterre quelques années auparavant sans laisser d’adresse ni à son frère Yann ni à son prétendant Nicolas, les deux meilleurs amis optent pour la fuite en avant. Direction le Japon pour le premier, l’Angleterre pour le second. Cette double volonté d’expatriation est l’occasion pour le romancier de brosser sans concession la fresque d’une génération française en désamour d’un pays ennuyeux et décadent dont la richesse culturelle s’évanouit aussi rapidement que les illustres inconnus avec peu ou pas de talent sont people-isés, une nation qui, des roaring twenties où l’on fait croire au futur actif qu’il est l’élite de demain à la réalité professionnelle où le travailleur est sacrifié sur d’inavouables autels, transforme les « cons prétentieux » en « cons blasés », un Hexagone qui exacerbe de plus en plus massivement les envies d’aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte. Bref, le portrait caustique et sans tendresse d’une France où il fait de moins en moins bon vivre responsable du blues de la génération Y.

Et de suivre Nicolas, narrateur du récit, dans son acculturation au cœur de la plus que jamais perfide Albion. Les pérégrinations de son cheminement désabusé à la recherche d’un hypothétique accomplissement sont une ode au voyage et à la rencontre. De l’Angleterre à l’Île de Skye en Écosse, le road trip n’est pas seulement la peinture dépaysante, fascinée et fascinante d’une lande britannique brumeuse et verdoyante, elle est également l’immersion dans une Grande-Bretagne, en dépit du Brexit, plus que jamais européenne et mondiale. Un cosmopolitisme servi par le sens aigu du portrait et du dialogue de Chazal qui parvient à donner de l’épaisseur à chacun de ses personnages même les plus secondaires et de la profondeur à leurs interactions. La sémillante Mrs Pimbleton, old lady a priori revêche et tyrannique mais en définitive touchante et désopilante, logeuse de Nicolas qui fait souffler un vent de fraîcheur sur cette ronde d’écorchés, en est l’exemple le plus inoubliable et le plus attachant. Le parti-pris stylistique de conserver la langue de Shakespeare (traduite en bas de pages) donne rythme, couleur, saveur et singularité à leurs échanges croustillants desquels fusent répliques et réparties. Guidé par la sagesse et la finesse de cette confidente haute en couleurs avec laquelle il a tissé une relation émouvante et enrichissante, le frenshy prend bientôt conscience que sous les dehors relativement satisfaisants de sa nouvelle vie domestique, professionnelle et sociale, sa quête du bonheur ne peut s’accomplir sans élucider le délitement relationnel de son triangle amical et surtout éclaircir la mystérieuse disparition de cet amour inachevé dont le souvenir le hante et dont il s’est opportunément rapproché géographiquement.

Le roman de formation passe dès lors de la quête à l’enquête et de ressorts imprévisibles en rebondissements romanesques ménageant savamment le suspense, en passant par les indices d’un drame annoncé jalonnant la narration, c’est toute la vie dans ce qu’elle a de plus violent, de plus cruel, de plus inattendu, de plus absurde, qui va percuter Nicolas. Récit insolent, dévastateur, poignant mais malgré tout optimiste de l’imprévisibilité d’une existence ainsi faite que l’inévitable pluie ne fera jamais que précéder le beau temps, ce mélodrame brillant entrelace tout ce que la vie porte de fatalité et d’espoir et illustre combien la meilleure façon de faire rire aux éclats Mère Nature est de lui parler projets. Mise à mort lyrique du romantisme, cette love story douce-amère qui retranscrit si justement la beauté et la puissance dévastatrice d’un premier amour démontre que même si l’amour ne peut rien, même si l’amour peut tout, all you need is love

Entre dialogues d’anthologiedescriptions sensorielles et poétiques et rythme crescendo, l’auteur livre une approche intelligente et sensible de l’existence qui, en même temps qu’elle fait perdre leur insouciance et leur naïveté à ses personnages, parvient en parallèle à faire grandir le lecteur. D’une plume complète capable de jouer efficacement sur le spectre entier des émotions, il élabore un page turner profond et saisissant faussement désinvolte mais pas aussi sombre qu’il n’y paraît.

Résolument ancrée dans la contemporanéité, l’œuvre de Pierre Chazal, inscrite dans une inconsciente continuité, s’érige au rang de saga des enfants du siècle dont Julie’s way forme un brillant troisième volet.

Vous aimerez sûrement :

En attendant Bojangles d’Olivier Bourdaut, La fractale des raviolis & La variante chilienne de Pierre Raufast, En moins bien & Pas mieux d’Arnaud Le Guilcher, Le Convoi de Marijosé Alie, Le premier jour de ma mort de Philippe Sohier, Le complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood, Femme au foyer de Jill Alexander Essbaum, Les quatre grâces de Patricia Gaffney, L’amour sans le faire de Serge Joncour, Un Jour de David Nicholls, Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto, L’Exception d’Auður Ava Ólafsdóttir, Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig…

Extraits :

Un étrange jeu de l’oie, la vie. Avec des cases qu’on n’avait pas vues et qui changent la donne du tout au tout.

« It’s because, Nicolas, you’re at the turn of the tide. Whatever you do next, always remember this : it takes a lifetime of self-discipline to become a moral man, and just one slip-up to compromise it all. »
Whatever you do next. Quoi que vous fassiez ensuite. Puissé-je aujourd’hui revenir en arrière et peser le poids de ces mots.

L’amour n’excuse pas tout. Il croit qu’il n’a de comptes à rendre à personne. Il a tort lui aussi.

Un grand merci aux Éditions Alma pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

2 réflexions sur “Julie’s way de Pierre Chazal

  1. Pingback: Ce vain combat que tu livres au monde de Fouad Laroui | Adepte du livre

  2. Pingback: Une bouffée d’air pur d’Amulya Malladi | Adepte du livre

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