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le convoi marijosé aliePrésentation de l’éditeurLe long du Fleuve, à travers l’Amazonie, un bruit court à la vitesse du courant : un convoi traverse la forêt, mais « personne ne sait ». Qui le dirige ? Où se rend-il ? Pourquoi toutes ces femmes qui semblent arriver des quatre coins de la planète ? Parmi elles, Julie, Parisienne blasée, et Maïla, ancien mannequin sur le retour, irrésistiblement entraînées dans une aventure à laquelle elles ne comprennent pas grand-chose. Qui est Alakipou, le poète dont les mots sur un site amérindien les ont attirées au cœur de la forêt ? À Campan, petit village au milieu de la jungle qui vit au rythme du soleil et du Fleuve, la tranquillité des habitants est secouée. Il y a Marie qui ne souhaite rien d’autre que de voir sa mère sourire un jour, Félicité qui tient son bazar et donne sans vraiment compter, aux enfants, et aux hommes aussi. Il y a Tiouca, le guerrier blanc, qui a décidé de vivre à l’ombre d’un fromager pour oublier. Il y a Jonathan, le fils révolté du procureur… Il y a la curiosité, l’excitation et la peur qui viennent casser l’ennui du quotidien. La rumeur enfle, emmenant avec elle le goût du sang, le souffle de l’indicible. Le convoi poursuit sa lente progression et tous vont voir leurs vies bouleversées.

Éditions HC – 393 pages

Depuis le 7 janvier 2016 en librairie.

Ma note : 4 / 5

Broché : 19 euros

Ebook : 12,99 euros

En ce début d’année, Marijosé Alie fait figure de véritable chantre du brassage culturel. Ayant mené son parcours de journaliste grand reporter dans l’optique intrinsèque d’ouverture sur le monde, sa carrière à France Télévisions a logiquement été parachevée en qualité de Directrice Déléguée aux Programmes Chargée de la Diversité. Alors qu’elle ne prend sa retraite d’avec le petit écran que pour mieux se consacrer à des projets plus personnels, plus créatifs, elle inscrit comme une évidence ses nouvelles intentions dans la continuité de l’élan en direction de la découverte et du respect de l’altérité qui semble l’avoir mené sa vie professionnelle durant. Ainsi, celle devenue chanteuse par un heureux hasard en 1984, aux côtés du groupe Malavoi sur le succès Karessé mwensort en ce début d’année un troisième album, Kalunda, avec le groupe Elle & Elles qu’elle forme avec deux de ses filles, aux couleurs du métissage musical allant du blues au groove latino en passant par la pop funkie, la mélancolie de Chopin ou encore les tambours caribéens en l’honneur de la Martinique qui l’a vue grandir. Elle aborde par ailleurs la rentrée littéraire d’hiver 2016 avec un premier roman, toujours sous le signe du creuset, Le Convoi.

Portée par la Poétique de la relation d’Édouard Glissant, la primo-romancière part du MacGuffin du mystérieux convoi éponyme pour écrire un éloge de l’autre, de la relation qui permet de s’ouvrir au monde et à ses mystères et de changer de regard.

Ce désir d’ouverture passe en premier lieu par le voyage. Alie embarque le lecteur pour un périple exotique au cœur de l’Amazonie, aussi dépaysant qu’intrigant aux frontières du Surinam et du Brésil, dans une Guyane jamais nommée mais clairement identifiable entre les lignes. Passant d’une ville qui pourrait être Cayenne à un village nommé Campan en passant par la jungle épaisse, le récit, servi par une écriture sensorielle toute en images, couleurs, musiques, odeurs, saveurs et textures, est une fresque pittoresque et poétique qui s’impose à la rétine et bouscule les habitudes, à dix mille lieues du climat, du paysage et du rythme hexagonal.

Le contraste ne passe pas seulement par la peinture, sous les frondaisons de la forêt équatoriale, d’une existence au ralenti bercée par l’écoulement du fleuve, entre pluies tropicales et touffeur accablante, mais aussi par la vaste galerie de personnages d’horizons divers, amérindiens, expat ou touristes. Inspirés de personnes réelles que l’auteur a eu l’occasion de croiser, le plus souvent lors de rencontres professionnelles aussi brèves que frénétiques, ces portraits confrontant les origines culturelles et sociales sont d’autant plus incarnés et vibrants qu’ils sont de sincères hommages. C’est sans doute cette inspiration d’avec la réalité qui permet à l’auteur d’explorer avec autant de finesse, d’intensité et d’authenticité la complexité et les multiples facettes d’êtres aussi lumineux que sombres, fascinants qu’inquiétants. Autant de personnalités singulières captivantes et d’intériorités cabossées cachant toutes leurs secrets qui contribuent largement au mystère de l’intrigue.

Car de ces destins entrecroisés de natifs et de femmes du monde entier en cette terre française d’Amérique du sud, c’est bien un mystère tangible qui règne, mené de main de maître du début à la fin du récit. C’est en passant d’un point de vue à l’autre que ce roman choral pénètre les arcanes de ces destinées attachantes qui seront toutes impactées par cet insaisissable convoi à l’obscur dessein qui rompt la tranquillité, provoque inquiétudes, suspicions, rumeurs et déchaîne les passions.

À cette énigmatique procession s’ajoutent aventure, sang, amour, sexe, amitié, spiritualité… De nombreuses qualités pour une histoire résolument prenante. Marijosé Alie y chante la richesse des êtres si tant est qu’on s’attarde un peu sur eux. Hymne à l’humain, à la vie, à la diversité et à la nature, cette étrange entreprise utopiste, puissante et colorée peut être érigée au rang de fable humaniste et écologiste et d’allégorie du métissage, de l’échange, de la compréhension, de l’entente entre les cultures.

Oscillant entre bonté et cruauté, beauté et laideur, plaisir et douleur, ce cri sincère et cet appel poignant à la paix entre les peuples et au respect de la planète est tendre et émouvant et n’apparaîtrait naïf qu’aux yeux des lecteurs les plus cyniques, désenchantés ; une fiction poétique et sensible d’autant plus réjouissante dans un contexte aussi tendu.

Avec un final en demi-teinte qui ne satisfera pas tous les lecteurs et quelques questions restant en suspens, l’écrivain met un bémol sur la dernière note d’une partition qui n’en reste pas moins savamment orchestrée. Entre phrasé musical et visuel, beauté sensuelle et parfois cruelle des mots choisis et sens aiguisé de l’allusion, la néo-romancière démontre une réelle maturité d’écriture. Son récit est parfaitement cadencé et le tempo du suspense et des révélations est idéal. Malgré donc quelques imperfections qui, pour une entrée en littérature, méritent indulgence, Le Convoi parvient à transporter le lecteur dans des contrées et des idées dignes d’être visitées.

Vous aimerez sûrement :

Le châle de Cachemire de Rosie Thomas, Sashenka de Simon Montefiore, Les perles de la Moïka d’Annie Degroote, Les brasseurs de la ville d’Evains Wêche, Bamako climax d’Elizabeth Tchoungui, Ces âmes chagrines de Léonora Miano, Pour quelques milliards et une roupie de Vikas Swarup, L’escapade sans retour de Sophie Parent de Mylène Gilbert-Dumas, L’impossible Miss Ella de Toni Jordan, Le choix de Goldie de Roopa Farooki, Celles qui attendent de Fatou Diome, Une chanson pour Ada de Barbara Mutch…

Extraits :

« Ce que raconte la beauté provient du secret encore intransmissible de la vie. La divination encore irrésolue de ce secret nourrit les attitudes les plus justes, les combats les plus essentiels et l’idéal le plus somptueux. C’est à force de vie – je veux dire de beauté – que l’on apprend à préserver la vie.
Patrick Chamoiseau

Julie détestait les aéroports. Ils se ressemblaient tous, non par l’architecture, encore que, mais par l’ambiance qui s’exhalait des couloirs sans fin, des chapelets de bagages qui défilaient tristement au final de ces voyages anonymes, qui précipitaient les foules d’un portail à l’autre, transformant les pays en destinations, mélangeant des destins sans horizons dans l’immense chaudron d’un présent hors du temps. Ça puait le sommeil pas fini, la cigarette pas fumée, l’excitation écrasée par la fatigue, les regards qui se fuyaient, les mains tendues sur le vide. Bref, c’était glauque à souhait.

« Quand les hommes, surtout les hommes, parlent sans artifice, c’est que ce qu’ils veulent dire réellement est encore plus loin que leurs mots. N’oublie jamais cela mon petit. »

– Il faut dormir maintenant.
– S’il te plaît, je peux lire encore un tout petit minuscule peu ?
Félicité regarda le visage de l’enfant et se dit pour la première fois qu’elle ressemblait beaucoup à sa mère, elle avait le front et les yeux d’Elsa, avec la lumière en plus.
– Qu’est-ce que tu lis ?
– L’Auberge du cheval blanc, j’adore, c’est l’histoire d’un petit garçon malheureux, mais comme c’est un livre, il sera sûrement heureux un jour ! (Elle s’arrêta brusquement et baissa la tête, Félicité devait découvrir qu’elle faisait toujours cela quand elle commençait à réfléchir.) Dis, Félicité, tu crois qu’il y a des livres avec des histoires où les enfants sont comme moi, un peu noirs ?
Ouille, ouille, ouille ! Cela allait être moins simple qu’elle ne le pensait.
– Et dans ce cas-là, tu pourras me les acheter s’il te plaît ?
– Allez jeune fille, on ferme !

Tiouca se demandait vraiment quel était le moteur de ce gamin, pourquoi il était en face de lui, debout dans la nuit, dressé sur ses ergots, à vouloir avec une telle détermination pénétrer les scénarios compliqués de ce bout de terre. Lui les avait toujours évités, on pouvait en trouver douze mille dans l’année, dans cet espace où la misère et l’oubli rendaient tous les actes de la vie extrêmement sophistiqués, il fallait traquer l’humanité en évitant tous les désordres. Or Jonathan faisait exactement l’inverse, et tête baissée.

C’était comme ça, on se protégeait aussi longtemps qu’on pouvait et puis un jour tout craquait, et pour ne pas devenir fou il fallait bouger.

Un grand merci aux Éditions Hervé Chopin pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Une réflexion sur “Le Convoi de Marijosé Alie

  1. Pingback: Julie’s way de Pierre Chazal | Adepte du livre

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