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les brasseurs de la villePrésentation de l’éditeurPort-au-Prince. Une famille négocie sa survie au jour le jour : il est maître pelle sur un chantier ; elle est repasseuse chez les messieurs célibataires du quartier, n’hésitant pas à se donner à eux car sinon « la chaudière ne monterait pas le feu ». Cinq enfants. Leur fille aînée, Babette, adolescente, est leur seul espoir : elle a son brevet, et sa beauté leur offrira un gendre riche. Sa mère la rêve en Shakira. Un certain M. Erickson se présente un jour, bien plus âgé qu’elle, généreux pour la famille qu’il installe dans une confortable maison. Mais qui est-il réellement, cet homme mystérieux aux trois maîtresses, vivant dans le luxe, entouré de gardes du corps ? Pourquoi métamorphose-t-il Babette en blonde au point que le quartier la nomme dorénavant la Barbie d’Erickson ? Sa mère constate, désolée : « Ma fille n’est plus ma fille ». En « putanisant » Babette, ses parents semblent s’être engagés sur une voie aux multiples périls, dont ils pressentent avec effroi qu’elle est sans retour. Dans Les brasseurs de la ville, épopée à travers les quartiers pauvres de Port-au-Prince, chaque personnage invente ses propres pas pour danser avec sa croix. Evains Wêche signe un talentueux premier roman qui met en lumière la lutte du peuple haïtien contre la déchéance et la mort, un peuple qui brasse la ville entre les bruits et les fureurs où s’entremêlent des histoires de courage, d’amour et de folie.

Éditions Philippe Rey – 190 pages

Depuis le 7 janvier 2016 en librairie.

Ma note : 3,75 / 5

Broché : 17 euros

Ebook : 11,99 euros

De ce premier roman venu tout droit d’Haïti dont le titre Les brasseurs de la ville pourrait laisser accroire qu’il y sera question de bière, nulle ale, cervoise, porter ou stout à l’horizon ; piège au charme exotique de cette écriture duale chamarrée qui fait cohabiter langue française et créole.

– Brasseuse ? C’est quoi ce métier ?
– Je suis marchande ambulante de serviettes, parfois lessiveuse, parfois repasseuse. Je fais souvent la bonne à tout faire quand la rue ne donne rien. Cela dépend de la saison, vous voyez ce que je veux dire ? Je suis une débrouilleuse.

Des litres d’orge ou de houblon fermentés ne seraient pourtant pas malvenus pour noyer la tristesse sordide qui transpire de l’écriture d’Evains Wêche, bibliothécaire et dentiste à la ville, mais aussi nouvelliste, reconnu en 2013 par le Prix Henri Deschamps promouvant la littérature haïtienne pour son recueil de nouvelles Le trou du voyeur, et désormais primo-romancier.

Portée par ce réalisme merveilleux définit par Alejo Carpentier comme « alliance du baroque du mythe et du concret, goût des images violentes et d’une écriture virtuose, tropicale », sa plume sans fards relate concrètement, durement, parfois crûment, le quotidien cruel fait de survie de ceux nés du mauvais côté, et se pare de la dynamique du conte sauf qu’en l’occurrence, il était une fois une petite fille pauvre de Port-au-Prince qui deviendra riche, mais en lieu et place du jeune et beau prince charmant, elle écopera, poussée dans ses bras par une vénalité qui est davantage le cri de détresse de l’indigence, d’un vieux libidineux friqué qui fera d’elle une actrice porno.

Du monde enchanté au désenchantement du monde… Étrangement, l’on saura tout ou presque du parcours de cette jeune vierge sacrifiée, dite Babette, sur laquelle sa famille enferrée dans le dénuement fait reposer l’espoir d’une vie meilleure, sans jamais entendre sa voix. Un vrai vide même s’il est le parti pris par l’auteur de s’attacher à retracer le cheminement de parents écrasés par l’infortune, épuisés par l’incessante adversité, décidant de fermer les yeux sur l’enfer promis à leur fille pour le bien du reste de la famille – l’on regrettera l’approche, désespérément imprimée dans l’inconscient collectif, de l’éternelle responsabilité de la mère. Mais peut-on vraiment se construire sur une telle offrande ? Peut-on s’arranger avec un sentiment de faute aussi prégnant, des remords aussi indéfinissables ? Si l’on croit au destin, ne risque-t-il pas de faire payer en centuple un sacrifice aussi contraire à l’image du parent protecteur ?

Offrant à observer une facette d’une réalité sur laquelle le monde entier préfère ne pas porter le regard, ce roman rude ouvre une fenêtre édifiante sur une lutte perdue d’avance contre la mort. L’écrivain se fait le témoin mais pas à charge d’un peuple dans le questionnement, dans le séisme permanent, qui a tellement peu de repères, dont nul ne se soucie, obligé de se débrouiller avec ce qu’il n’a pas pour s’en sortir… Partant, comment rétablir l’amour ?

Ce constat social romancé sans concession ébranle férocement les certitudes en restituant la mémoire d’enfants sacrifiés sur l’autel de la pauvreté et de la perversité. Et, par extension, évoque la condition de la femme qui n’en finit pas, a fortiori dans la misère, d’être la victime de sa chair et des instincts les plus bas de l’homme.

Fresque du peuple haïtien mais également critique du gouvernement, des ONG et de la communauté internationale, Les brasseurs de la ville participe de la littérature naturaliste et militante qui évoque une île faite de misère, de souffrances, de corruption, de compromissions et de culpabilité. Une vérité accablante, comme l’analyse Evains Wêche :

« L’impossible serment des ancêtres nous guette encore pire que l’esclavage du colon. Nous redoutons encore les bottes terribles du yankee. Focalisés sur nos échecs et nos rendez-vous manqués, nous passons à côté de nous. L’indignation ne nous révolte plus, elle nous accable. Et triomphent les prophètes de malheur ! »

Si le régime Duvalier fut en son temps à l’origine d’un exode massif des intellectuels haïtiens, la diaspora doit désormais compter avec l’effervescence de l’inspiration intérieure, entre les frontières, notamment une scène littéraire féconde en nouveaux talents inspirés par l’histoire riche et douloureuse de la Perle des Antilles, terreau fertile à la création.

Vous aimerez sûrement :

Alaska de Melinda Moustakis, Les douze tribus d’Hattie d’Ayana Mathis, La vie sans fards de Maryse Condé, Une chanson pour Ada de Barbara Mutch, Barracuda de Christos Tsolkias, Fille de sang d’Arounwadi, La maison de terre de Woodie Guthrie, Dis que tu es des leurs d’Uwem Akpan, L’idiot du palais de Bruno Deniel-Laurent, Murambi, le livre des ossements de Boubacar Boris Diop, Dedans ce sont des loups de Stéphane Jolibert, Passager de la fin du jour de Rubens Figueiredo, L’ange de charbon de Dominique Batraville…

Extraits :

Je suis quelque part dans cette foule qui attend sur le boulevard. Une masse de couleurs composée d’uniformes : on dirait un enfant à ses premiers dessins : les chemises et corsages à carreaux correspondent aux écoliers ; les couleurs sombres vont au bureau ; les casques blancs, jaunes ou verts sont des ouvriers, maçons, camionneurs, électriciens, plombiers – les bleus, des militaires blancs ; les blue-jeans délavés, des étudiants ; les autres, la grande majorité multicolore, ont du blues dans les yeux. SDF. Sans destination fixe.
Tout ici est une question de couleur. Dis-moi quelle couleur tu portes, je te dirai qui tu es. Comme moi, les SDF tout couleur vont et viennent ici et là, brassant l’air de la ville.

Quand le bateau Hamilton barre le canal du Vent, le sexe est la voie la plus sûre pour quitter ce foutu pays. Les femmes et les hommes blancs qui nous font l’amour ne peuvent pas s’en passer puisque, là-bas, chez eux, ce n’est pas si simple, le plaisir ; les femmes et les hommes étrangers sont nos boat people. Alors, on se putanise.

« Seules les filles trouvent aisément du travail. Les femmes sont nées riches et diplômées. » Un vacarme s’en est suivi. Certains d’entre nous ne sont pas de cet avis. Nous comprenons très bien ce qu’il veut dire.

« Je te conseille de te secouer un peu, jeune homme. Le travail, il faut le prendre et non le chercher. »
– Comment ça ? s’étonne Duplessis.
– Tout le monde ici se débrouille, nous avons tous une famille à nourrir, des parents qui comptent sur nous, des proches dans la misère. Le soir, il faut rapporter un peu d’espoir, et ce n’est pas en passant son temps à déposer des CV qu’on y arrive. Fais travailler ton intelligence, prends d’assaut un bureau d’État, ouvre un commerce, trouve-toi une femme riche ou une diaspora, vends ton âme, mais merde, grouille-toi, arrête de te plaindre, offre-toi du travail !
– Il faut être sans scrupule pour faire ça ! » s’indigne Duplessis en grimaçant.
Les marchandes de la Croix-des-Bossales ne peuvent plus se retenir, elles laissent partir un long « Hé ! Heeey ! » en chœur pour se payer la tête du pauvre Duplessis. Tout le monde rigole.

« Une mutation s’est produite en nous depuis l’esclavage que l’indépendance n’a pas su corriger. Depuis 1804, nous pataugeons. Le limon de la misère s’est infiltré dans nos articulations et les méandres de notre cerveau. Sur tout le globe terrestre, il n’y a pas de peuple comme nous, vivant l’extrême misère sans lever le petit doigt et se réjouissant à chaque fête – se créant même des festivités ! – en attendant l’espoir. »

Élever cinq petits à Port-au-Prince, ce n’est pas un jeu d’enfant. La société ne comprend pas. Les voisins pensent que je laisse exprès mon dernier fils trimballer son zizi au grand air. Si mes filles sont mal coiffées et vont pieds nus, je n’en suis pas fière, mais me plaindre ne va rien changer. Il faut regarder la vie avec sérénité et, les yeux secs, on réussit à passer les jours.

Que vont-ils devenir ? Qu’ai-je à leur offrir ? Je suis une pauvre malheureuse. Je n’ai rien. Même pas une patrie. Mes enfants pousseront ici comme la mauvaise herbe dans les champs. Leur avenir est tout tracé. Rien à l’horizon que ce qu’on est, ce qu’on aura réussi à faire de nous. Homme, femme. Certaines fois, j’aurais aimé être un homme qui voit la vie avec les yeux d’une femme. Un homme aux inquiétudes féminines ou une femme avec l’assurance masculine. Il n’y a qu’au lit que je sais qui je suis et, là encore, j’obéis à tes caprices. Quand tu veux que je te prenne, je te reçois dans mon corps avare. Je suis toi et ton contraire. Je suis un être humain qui t’aime et qui lutte à tes côtés pour notre survie. C’est juste ce qu’on est ? C’est ça qu’on a à offrir à nos enfants ?

Demain, nous ne dînerons pas. Pas d’argent. Nous devons trop dans le voisinage pour qu’on nous fasse encore crédit. Sans la générosité de M. Verneau, qui espère qu’un jour Babette voudra bien venir habiter avec lui, nous aurions avalé du vent aujourd’hui. Il n’arrête pas de tourner autour de notre petite. J’ai accepté les quelques provisions qu’il nous a données et j’ai préparé à manger. Tu as cru avaler ma paye de repasseuse. Tu m’as remerciée et m’as aimée du regard. Au lit, quand tu as voulu te donner à moi, je n’ai pas pu. La mauvaise conscience a jeté l’ancre dans ma gorge. J’ai été glacée. J’ai failli t’expliquer que ta fille nous a nourris. Tu m’aurais tuée. Babette m’a dit que M. Verneau n’est plus un homme et qu’il ne fait que la chatouiller. Elle a juré de ne plus voir M. Verneau. Et moi, de ne plus te voir manger des mensonges. L’incident est clos. Encore un mensonge pour toi dans la famille.
Demain, nous ne mangerons pas, mais ça ira mieux.

Je t’aime, mon amour. Je sens mon cœur grand comme ça tandis que mes moyens ne sont qu’un poing contre la gueule de la vie dure. Elle est coriace, la vie, et elle fait mal.

Quand je descends en ville, je suis toujours impressionnée. On explique pas Port-au-Prince. On vit Port-au-Prince. Je n’ai jamais vu quelqu’un s’habituer à cette ville, elle impressionne toujours. Pour moi, Port-au-Prince est un cri de douleur. L’accouchement de la vie y est un film d’horreur où les acteurs croient que tout est normal. Comment dire Port-au-Prince ?
Cette ville est un piège. Cette ville est un examen. Pour avoir droit de cité, le nouveau venu doit y passer.

Les enfants sont notre bien. C’est l’avenir de la famille. On ne les donne pas comme ça. Une enfant comme Lizzie peut nous aider à sortir de la misère si elle a de l’instruction. Que ferions-nous sans Babette, par exemple ? Elle s’occupe de la famille, elle garde ses frères et sœurs. Elle fait la cuisine. Elle va vendre de l’eau au marché. Elle arrive à faire entrer un peu d’argent à la maison.

Le voisin dit que les femmes de ce pays sont de grandes entrepreneuses, il croit que nous avons appris le métier en trichant avec nos hommes. M. Verneau ne comprend rien à rien. C’est les problèmes qui rendent les femmes si débrouillardes. Il n’y a rien de plus inspirant que le besoin. Les préoccupations. Nécessité oblige.

« Les gens pour lesquels nous votons sont nos représentants. Ce qu’ils font, c’est nous qui le faisons. Nos votes sont la plus grande arme contre les politiciens malhonnêtes. Malheureusement, nous élisons toujours les pires candidats au détriment de ceux qui ont un vrai projet. Le jour où le peuple aura compris le poids de ses votes et le rôle des élections, l’espoir reviendra.
– Les votes, c’est de la merde, dit la dame à qui j’avais cédé ma place. On élit jamais les candidats qui ont reçu nos votes. Nous ne sommes pas solidaires d’un gouvernement forgé de toutes pièces par les bailleurs de fonds, les brasseurs de fonds, qui font toujours en sorte que les fonds reviennent dans leurs poches comme dans la blague de Jesifra, où sur la table de la salle à manger les plats tournent et reviennent à leurs places, à l’image de la rotation de la Terre. Rien ne bouge. Rien ne bougera. C’est le système. »

Il lui a acheté des cadeaux. Téléphone cellulaire. Comment une fille comme elle avait-elle pu vivre sans téléphone jusqu’ici ? Des bijoux en bois sur la place du Champ-de-Mars, qui font ressortir un peu plus sa beauté de reine créole sauvage. De la crème glacée. Des fleurs. Les premières de sa vie. Sur la route de Martissant, il lui a reproché de vivre à Carrefour. Le Route Rails, que nous préférons à la boue de Cité Soleil, n’est pas un quartier pour Babette, elle mérite mieux que cela, a-t-il dit, elle est trop jolie pour vivre ainsi, parmi la racaille, la crasse, la poussière. Avec sa beauté, elle pourrait être une princesse. La Reine de Port-au-Prince. Elle pourrait faire le tour du monde, vivre dans des villas, rouler de belles voitures, vivre le luxe qu’elle mérite, etc. Babette a été très impressionnée. M. Erickson lui a tout promis. Elle était confuse. Jamais personne n’a été aussi gentil avec elle. Il lui a donné de l’argent américain, de vrais dollars, hein, pour s’acheter une robe. Il viendra la chercher ce vendredi.
Babette était aux anges. Elle m’a supplié d’accepter.
J’étais jalouse de son bonheur.
Quand j’en ai parlé avec toi, tu as été furieux. Bien sûr qu’on ne connaît rien de cet Erickson, bien sûr qu’il lui a dit des choses pas très catholiques, mais pourrait-on rêver mieux pour notre fille ? Si ça se trouve, c’est peut-être le diaspora que l’on cherchait.

J’en ai assez de vivre dans la saleté. J’aspire à une vie heureuse, à une villa à flanc de colline, dans une cour boisée avec un parterre comme dans les magazines ; une vue à couper le souffle loin de la pollution, de la misère, des pauvres en guenilles. C’est pas humain que tu sois obligé de porter le monde sur ton dos ou de le faire marcher au moulin de tes reins. C’est pas humain que je sois obligée d’arpenter le monde comme une folle couverte de morceaux de serviettes délavées ou de sachets d’eau, vendant un tas de mensonges aux gens pour ne pas mourir de faim. Nous ne méritons pas ça. Nous n’avons rien fait. Tu ne saurais tuer une mouche, tu es tellement doux. Je ne suis pas méchante malgré mes airs de Marie-Jeanne. C’est la misère qui m’acariâtre. C’est la souffrance qui inflige des plis à mon front. Je suis bien bonne. Les commères au marché peuvent en témoigner. Pourquoi devrions-nous toujours bouffer de la merde quand d’autres jettent des cuisses d’oies dans leurs poubelles ?

Travailler, c’est ma liberté. Je ne veux pas de l’argent du bourreau de ma fille. Je ne saurais me nourrir du sang de mon enfant. Je veux continuer à travailler, c’est ce que je sais faire, ce que j’ai toujours fait. Travailler pour mériter le respect de mes fils, pour sentir que je suis encore un homme et non un légume, un irresponsable qui vend sa fille au diable pour son confort.
Je suis très content pour ses frères et sœurs, qui, pour une fois, iront tous à l’école sans souci, comme tu dis. Je suis très content pour toi qui as pu t’arranger avec M. Erickson et trouver ce deal. Je te suivrais où tu voudras. Mais ne me demande pas plus. J’ai trop mal. J’ai mal à l’âme quand je pense à ce corps lourd, ce souffle épais, cette odeur de cigarette, le poids des 50 ans de cet homme sur les 17 ans de ma fille. J’enrage. Je n’ai pas été un père comme il faut. J’ai failli.

Ils racontaient des anecdotes sur les petites combines entre les ONG et le gouvernement. L’un d’eux à comparé Haïti à une putain que les membres de la communauté internationale se passeraient à tour de rôle.

Pourquoi enfanter nous condamne à la misère ? Un acte qui procure autant de joie aux parents. Pourquoi nos enfants doivent souffrir ? Pourquoi le monde n’est pas partout pareil ? Pourquoi Dieu a-t-Il mis cet Erickson sur notre chemin ? Pourquoi utilise-t-Il ce moyen atroce pour sauver ma famille du péché ? J’ai mal au monde. J’ai envie de faire un crime. D’attaquer les gros bonnets qui nous sucent la moelle, de lancer des gros mots au visage des cons de politiciens, des universitaires débiles, des intellectuels de parade qui trempent dans les manigances de cet État cannibale. Je me hais de vivre dans un pays où la naissance d’un enfant est un crime contre ses frères et sœurs.  Je déteste ce monde où les familles sont obligées de vendre leurs filles pour entretenir la famille.
Je me sens conte. Conte qui ? Contre quoi ? Je m’en fous. Contre tout.
(…) Je suis surtout contre moi.

Tu te souviens de l’histoire de ce père qui voulait encourager ses enfants à bien travailler à l’école. Il leur a montré des gens comme moi, des portefaix qui soulevaient des boîtes et des sacs énormes. Puis il leur a dit :
« Mes enfants, ces gens ont fuit l’école et ont refusé de travailler pour avoir de bonnes notes. C’est pourquoi aujourd’hui ils ne peuvent pas subvenir à leurs besoins, ils sont obligés de vendre leur force physique et de souffrir dans leur chair pour ne pas mourir de faim. »
Ensuite, il est allé avec eux dans des banques, il leur a montré des gens bien mis, des directeurs en complet veston dans des bureaux climatisés, des patrons et des filles secrétaires belles comme l’aurore. Ensuite il leur a dit que tout ceci est pour ceux qui travaillent dur à l’école, qui s’instruisent et qui ont profité de la chance qu’ils ont d’avoir des parents intéressés à leur avenir.
(…) Ce que ce père leur a caché, c’est que les lauréats en classe ne sont pas toujours les lauréats de la vie. Il y a toujours la naissance. De quel côté de la vie as-tu poussé ton premier cri ? Voilà la différence.

La malchance s’abat sur nous ? La vie s’acharne contre nous ? Eh bien, ripostons, les yeux secs. Étonnons-nous de voir puissants nos bras et, nous battant, forgeons-nous meilleurs qu’hier dès aujourd’hui.

Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

9 réflexions sur “Les brasseurs de la ville d’Evains Wêche

  1. Pingback: Les brasseurs de la ville d’Evains Wêche | musnadjia423wordpress

    • Merci beaucoup ! Effectivement, c’est une peinture littéraire intéressante mais à l’atmosphère pesante. Je n’ai pas beaucoup d’expérience de la littérature haïtienne, mais pour l’instant, dans ce registre naturaliste le plus comparable, j’accroche quand même davantage avec les auteurs du reste des Grandes Antilles ou Africains que j’ai pu lire.

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  5. Oui, je renchéris: excellente chronique sur un premier roman saisissant. De l’univers bariolé de Port-au-Prince, l’auteur va nous faire plonger dans le noir le plus implacable sur les pas d’une famille de sept personnes qui essaie de survivre dans ce monde où les perspectives sont dramatiquement limitées. Un premier roman aussi étonnant que dur! http://urlz.fr/3rDI

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