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la fille de l'eauPrésentation de l’éditeur : Un matin d’automne, une jeune femme travestie en homme arrive au pied d’une magnifique villa moderne. Elle espère découvrir, incognito, cette famille à qui son père a jugé nécessaire de cacher son existence.

Éditions Dargaud – 182 pages

Depuis le 19 janvier 2012 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 4,25 / 5

Album : 18 euros

La Fille de l’Eau, production helvète de Sacha Goerg, l’un des membres du collectif d’auteurs du premier feuilleton BD diffusé sur le web puis édité Les autres gens, est un récit délicat et subtil à double titre.

En premier lieu, ce roman graphique est une esthétique à contempler. Sacha Goerg offre un one shot artistique mêlant encre de Chine et aquarelle, choix particulièrement judicieux pour mettre en valeur le décor végétal et minéral omniprésent. Ce cadre naturel éthéré est relevé par des aplats monochromes de couleurs tranchées, qui s’inscrivent notamment dans l’architecture de l’espace où se tient le huis clos ; architecture fondamentale quasi anthropomorphique dans l’histoire. L’originalité se retrouve, outre le trait, dans la construction qui sort du schéma classique de l’art séquentiel. L’absence de cases qui ont tendance à enfermer et limiter les possibilités permet de faire la part belle aux couleurs pour un ensemble résolument contemporain.

Mais au-delà de la remarquable performance graphique, La Fille de l’Eau est également un récit étrange très abouti, ponctué de touches oniriques et fantastiques. Cette introspection complexe aborde de nombreux sujets psychologiques de manière franche quoique tout en pudeur, ce qui tranche incroyablement avec le caractère explicite et parfois cru mais toujours sensuel du dessin.

Si le thème initial de cet album intimiste est la quête identitaire d’une fille naturelle par le prisme de son père décédé, l’on découvre au fil du récit le large éventail de thèmes abordés : quête de soi, homosexualité, deuil mais aussi environnement ou encore art contemporain. La densité des thématiques est totalement maîtrisée. À aucun moment l’on ne se perd dans cette galerie de personnages ambigus, intenses et très différents qui ont pourtant un point commun, celui d’être enferrés dans des faux-semblants, des apparences trompeuses, des masques sensés les protéger, dissimuler leurs secrets, leurs faiblesses, leur mal-être, mais qui doivent immanquablement se fissurer pour mieux se révéler et se reconstruire.

Sacha Goerg, fondateur des éditions L’employé du moi, comble savamment les non-dits de ses personnages par des dessins expressifs. Il utilise de manière récurrente la métaphore pour ses démonstrations. Ainsi, la dualité entre le moi des protagonistes et ce qu’ils veulent bien laisser paraître est parfaitement représenté par la mise en scène passant continuellement de l’intérieur à l’extérieur de la maison. Et l’idée de la fêlure et de l’effondrement nécessaire pour repartir sur de bonnes bases est elle aussi représentée dans la fin dramatique, quasi apocalyptique, aussi surprenante qu’annoncée.

Loin d’être inaccessible ou prise de tête, La Fille de l’Eau est une histoire singulière aux accents psychologisant indéniables, mais c’est surtout un morceau de beauté et de poésie tout ce qu’il y a de plus agréable et rafraîchissant. Bref, une belle et intelligente bande dessinée.

L’interview de Sacha Goerg à propos de La Fille de l’Eau.

2 réflexions sur “La Fille de l’Eau de Sacha Goerg

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