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une chanson pour adaPrésentation de l’éditeur1930. Au coeur de l’Afrique du Sud, chez les Harrington de Cradock House, naît Ada, fille illégitime de la domestique noire. Très tôt privée de mère, elle trouve en la douce Mrs Harrington une protectrice suffisamment généreuse pour lui enseigner ce qui deviendra la passion de sa vie : le piano. Mais les assiduités du maître de maison chassent bientôt la jeune fille de ce paradis. Ada a dix-huit ans et la politique de l’apartheid se répand comme une traînée de poudre sur l’ensemble du territoire. Son talent pour la musique et l’amitié de Mrs Harrington vont se révéler ses seuls alliés dans un monde ou elle semble n’avoir nulle part sa place…

Traduit de l’anglais (Afrique du sud) par François du Sorbier.

Éditions Pocket – 508 pages

Depuis le 16 avril 2015 en librairie.

Ma note : 5 / 5 mention Coup de cœur

Broché (2013) : 21,50 euros

Poche : 7,90 euros

Ebook : 12,99 euros

C’est au cœur d’une Afrique du sud divisée, rongée, salie par l’apartheid mais en marche pour les droits civils que le lecteur est plongé dans Une chanson pour Ada, tout premier roman de Barbara Mutch. Au travers des portraits et destins de femmes unies alors que tout les oppose, amies en dépit des barrières générationnelles, culturelles et raciales, la primo-romancière construit un roman fascinant réunissant le meilleur de la saga familiale et du roman historique.

De la noire Ada, fille illégitime et mère célibataire d’une enfant métisse fruit d’un viol par son maître, et de la blanche Mrs Harrington, maîtresse bienveillante de Cradock House en désaccord avec les inégalités et le sectarisme de son temps, les voix de cette impensable amitié bravant les différences, les préjugés, les interdits et les condamnations, s’entremêlent, entre récit de vie de la première et journal intime de la seconde. Un double point de vue nécessaire pour avoir une représentation la plus fidèle du contexte historique, social et politique de cette époque et souligner les contrastes entre deux mondes mitoyens, les clivages entre deux communautés qui se côtoyaient sans jamais vraiment se regarder ni chercher à se comprendre. Entre ces deux clans, les métisses. L’auteur explore avec beaucoup de justesse ce problème du métissage rejeté de toutes parts, ce dilemme identitaire qui perdure péniblement aujourd’hui encore, insoluble puisqu’on ne choisit ni ne change sa couleur, d’être considéré blanc par les Noirs et noir par les Blancs…

Sondant la situation des Noirs, Une chanson pour Ada s’attarde particulièrement sur la condition de la femme qui, de toutes les abjections et autres infamies possibles et imaginables, est toujours pire que celle de l’homme. Violences physique, psychologique et sexuelle, misère, faim, expulsion… sont autant des turpitudes et autres avanies endurées par le peuple de souche de la pointe australe du continent africain. L’histoire relate la vie dans les townships où l’indigence faisait coexister solidarité et déloyauté, espoir et désespérance… jusqu’à l’inexorable montée de la colère, l’éveil des consciences et la tant attendue révolte pour la liberté, la revendication des droits et la fin de l’oppression. Est évidemment évoquée l’incontournable figure légendaire que fut Nelson Mandela dans cette lutte légitime.

La romancière met en exergue l’éducation comme nerf de la guerre, seule voie possible et durable pour revendiquer, acquérir et conserver sa liberté. Elle célèbre, par l’engagement de son héroïne auprès des enfants pour lesquels l’école n’était pas une évidence, la beauté de l’enseignement.

Relatant les existences de la grand-mère à la petite-fille, le récit retrace l’évolution de la place des noirs dans la société et l’inévitable fossé creusé entre les générations, de ceux qui garde en mémoire l’esclavage ou l’apartheid aux plus jeunes n’ayant connu que la vie moderne facilitée malgré la persistance du racisme.

Les filiations sont aussi l’occasion d’évoquer la parentalité, la transmission, l’indépendance et la distinction parfois radicale d’avec sa famille, son fonctionnement et surtout sa pensée.

Également rapportée en filigrane, la Seconde Guerre mondiale, ses ravages et ses traumatismes sur les survivants.

L’écriture lumineuse et pittoresque de Barbara Mutch donne un relief sensoriel au texte, permettant au lecteur de voir les sublimes paysages de cette somptueuse Afrique dépeinte, de ce Karoo entre désert et montagne. D’en sentir la chaleur et les odeurs. Ou encore d’en entendre ses bruits et sonorités, imperceptibles ou assourdissants, évoqués entre autres par cette omniprésente déclaration d’amour à la musique, à l’harmonie et au rythme, passant essentiellement par le piano, célébrée au travers de descriptions sensibles, brillantes et mélodieusesdélicieuses partitions littéraires mélomanes.

Fiction d’autant plus dramatique qu’elle est réaliste, elle brosse la fresque avec force émotions et férocité des sombres années d’une histoire pas si lointaine par le biais d’une héroïne malmenée mais puissante parce que déterminée. Ce parallèle passionnant aussi bouleversant qu’enrichissant, entre l’apprentissage puis l’émancipation de cette femme de l’aube au soir de sa vie et l’évolution de l’Afrique du Sud, est une admirable leçon de vie, d’optimisme et de courage face à l’ignominieuse adversité. Ce texte rend un vibrant hommage à tous ceux qui ont été ou ce sont sacrifiés sur l’autel de cette révolte ayant fini par gronder suffisamment fort pour que l’indigne et ignoble condition dégradante de la communauté noire soit enfin révolue.

Loin du mélodrame pleurard, ce roman laisse parfois malgré tout le lecteur éploré à la lecture de ce passé glaçant, toujours aussi édifiant. Il offre cependant un beau moment d’évasion au cœur d’un pays magnifique et de destinées hors du commun qui, en dépit de la dureté de la vie, ne sont pas privées d’espoirs, d’amours et de bonheurs. Ce sujet maintes fois sillonné mais dont on ne dira jamais assez est d’autant plus indispensable à l’heure où l’équilibre fragile entre les peuples et les communautés appelle de toujours nécessaires leçons de tolérance. Typique du genre mais écrit avec talent, ce page turner emprunt de poésie et d’humanisme est une entrée en littérature parfaitement opérée. L’on ne peut qu’espérer une prochaine saga historique du même acabit que cette œuvre marquante qui est pour l’instant tout Mutch.

Vous aimerez sûrement :

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, La Plantation de Calixthe Beyala, Home de Toni Morrison, Les confessions de Nat Turner de William Styron, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee, Tant que je serai noire de Maya Angelou, Un fusil dans la main, un poème dans la poche d’Emmanuel Dongala, Debout-payé de Gauz, Mille femmes blanches de Jim Fergus, Barracuda de Christos Tsolkias…

Un grand merci aux Éditions Pocket pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre.

5 réflexions sur “Une chanson pour Ada de Barbara Mutch

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