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pas mieuxPrésentation de l’éditeurUn sac rose ou une valise ? Marié ou célibataire ? Amidonner ou blanchir ? Neverland ou Graceland ? Drogues dures ou drogues douces ? Impala ou Cayenne ? Fétichisme ou missionnaire ? Un chien ou un rat ? Dolce ou Gabbana ? Un imbécile ou un génie ? La ville ou la cambrousse ? La bourse ou la vie ? Des rires ou des larmes ? Billet vert ou billet doux ? Schizophrénie ou paranoïa ? Être ou ne pas être ? Pas mieux… Quinze ans après Sandpiper, un soir de Noël, Emma revient… avec le fiston !

Éditions Pocket – 317 pages

Depuis le 24 mai 2012 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 5 / 5

Broché : épuisé

Poche : 6,80 euros

E-book : 7,99 euros

Pas mieux, second roman d’Arnaud Le Guilcher, marque le retour, quinze ans après Sandpiper, de son loser magnifique. Quadra à l’existence tranquille – pour ne pas dire minable -, il a arrêté de picoler, gère le pressing de Mme Kurosawa et partage son existence avec un bouledogue alcoolique. Alors qu’il s’apprête à recevoir ses pitoyables mais fidèles amis pour fêter Noël, la sonnette retentit, il ouvre la porte : Emma. Et le gamin qu’ils ont eu ensemble, devenu adolescent gothique. Tous deux bien décidés à s’installer chez ce compagnon et père qu’ils ont plaqué depuis trois lustres…

Deuxième volet d’un diptyque dingue (les tomes peuvent se lire indépendamment même s’il est toujours préférable de respecter l’ordre). Qu’il s’agisse d’un livre ou d’un film, une suite est toujours un pari risqué ; a fortiori quand le premier volet est une réussite sur tous les plans comme le fut En moins bien. Mais même pas peur quand on s’appelle Arnaud Le Guilcher, c’est-à-dire qu’on est à la littérature ce qu’Audiard et Tarantino réunis sont au septième art ! Un livre époustouflant ! Correction : bordel, un bouquin comak, c’est vraiment bonard !

Arnaud Le Guilcher ne raconte pas une simple histoire. Il embarque le lecteur dans un road-movie déjanté, dans un univers désenchanté aussi glauque qu’hilarant, tout à la fois sordide et aérien. De sa plume « argoétique » virtuose, il joue sur les associations improbables, accumule les situations cocasses, bref, il en fait des tonnes, mais ça fonctionne ! L’auteur entrelace les situations sont jamais s’emmêler les pinceaux. Ainsi, l’anti-héros doit apprendre à être père, échapper à la faillite, devenir une célébrité tout en en côtoyant, gérer le potentiel du fiston, le tout dans une Amérique dont le président Barack Obama a été renvoyé de la Maison Blanche après avoir eu une liaison avec Lady Gaga. Le décor absurde et jubilatoire est planté. Ajoutant à cela un sens de la formule aussi original qu’extra-ordinaire et un réel talent pour dresser une galerie de personnages banals autant que singuliers mais immanquablement attachants, le cocktail explosif est assuré. Les multiples références culturelles distillées tout au long du récit sont autant de clins d’œil au lecteur qui ne peut qu’être subjugué par cette connivence délicieuse. Et les morceaux de choix se multiplient de pages en pages.

En cas de marasme littéraire ou de panne de lecture, ce livre est, dès les premiers mots, LE déclencheur recommandé pour une reprise en fanfare après une phase d’abstinence comme tous les lecteurs en connaissent à certains moments.

Ce formidable doublé littéraire appartient à ces livres qui font du bien à l’âme. Intelligence, humanité et humour sont les bonnes ondes qui se dégagent de ces textes magnifiques qui sont tout simplement des pépites littéraires. Comment pourrait-il en être autrement de la part d’un écrivain qui utilise une citation du roman Le livre de Joe de Jonathan Tropper en incipit de l’un de ses chapitres ? Avec cette deuxième performance et son style unique, Arnaud Le Guilcher s’inscrit comme un auteur singulier incontournable de la scène littéraire française qui n’a, consécration ultime très personnelle, rien à envier aux plus grands auteurs américains.

Vous aimerez sûrement :

Les livres de Jonathan Tropper : Une dernière chose avant de partirLe livre de Joe, Perte et fracas, C’est ici que l’on se quitte, Tout peut arriverles livres de John Irving : Je te retrouverai, Un mariage poids moyen…, La nuit de dure pas d’Olivier Martinelli, les livres de Douglas Kennedy : Rien ne va plus, La poursuite du bonheur…, Freedom de Jonathan Franzen, Le dernier testament de Ben Zion Avrohom et L.A. Story de James Frey, Peste de Chuck Palahniuk, Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert, D’amour et d’eau fraîche de T.C. Boyle…

Extraits :

On peut imaginer un avenir noir. Pourquoi ne pas en imaginer un qui soit riant ? Modifier son vocabulaire, ses pensées et ses convictions peut transformer santé, bien-être, émotivité, vie relationnelle, carrière, finances et évolution spirituelle.
Libérez-vous de la pensée positive.

David Lawson

Meilleur copain à la con.
Meilleur copain roi des foireux.
Meilleur copain quand même.

Ne jamais oublier ça.
Éviter de charrier si ça plante.
Rester digne dans la victoire comme dans l’échec.

En ce magnifique 24 décembre 2013, mon appart dégueulait un plein container de guirlandes bariolées, de boules bling-bling, et de peluches rouges et blanches. Ça clignotait sec du côté décoration. Sans tout à fait me ruiner, j’avais quand même clairement tapé au-dessus de mes moyens. Mais bon, on crève seul et à petit feu tous les jours ; quand on est accompagné – même mal – on peut sortir quelques lampions pour marquer le coup.

On dit que quand la roue tourne on ne sait jamais où elle s’arrête. Chez moi je sais : toujours sur zéro.

Depuis le naufrage de Sandpiper et le départ d’Emma, j’étais devenu le locataire de mon existence. Ma vie se dessinait en pastel, s’épanouissait indolemment au printemps ou en automne, et s’éteignait en été ou en hiver… Pour faire joli, je dirais que mon ambition était un souffle atone qui ne faisait rien bruire. En parlant cru, j’évoquerais un pet sur une toile cirée.
Les jours s’étaient amassés sur mon envie de vivre comme s’entassent les pellicules sur les épaules des vieux : par petits paquets floconneux. Les nuits sans sexe, qui s’agglutinent sur un lit de canettes ; les journées fades qui s’éteignent sans amour, sans but et sans ami (ou presque)… Un micro-événement de temps à autre pour juger de ma capacité à réagir. Une infime douleur ou une mini joie, et mon existence reprenait sa marche arthritique.

On a la tête boulonnée aux endosses ?
C’est entendu.
On tient la baraque contre tornade et tsunami ?
On a des balloches grosses comme des citernes de flotte ?
OK.
Mais au fond, tout au fond de nous, face à une femme nue et en position d’étoile, nous autres, les hommes du XXIe siècle, restons bien peu de chose.

Mettre au monde un gamin exige un certain sens de l’irresponsabilité. Si on résume la situation actuelle, point par point, on a envie de mettre un pistolet sur la tempe de nos gamètes.

Le groom m’était familier : c’était le cliché du groom décati et cacochyme comme on en croise dans les romans de Chandler. Son nez luisant était couvert de petits cratères, il avait du poil blanc qui sortait par touffes du tarbouif et des étiquettes, il puait la vinasse, et il avait une bonne centaine d’années. Ses dents et ses yeux étaient ton sur ton, dans un subtil camaïeu de jaune et d’orange.
Ce brave homme devait être l’arrière-arrière-arrière-grand-père alcoolo de Spirou.

4 réflexions sur “Pas mieux d’Arnaud Le Guilcher

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