Home

la silencieusePrésentation de l’éditeur : « Je n’ai jamais été très douée avec les mots. Ceux qu’il faut prononcer, échanger. Les miens restens bloqués à l’intérieur, encombrés au moment de sortir, disparus. Ils me reviennent quand il n’y a plus personne pour les recevoir. » C’est dans une grande maison isolée au bord d’un fleuve que Clara vient se réfugier après une rupture amoureuse. Là, elle passes ses journées dans l’atelier à sculpter d’aériennes silhouettes, des mobiles qui touchent terre. Au contact de la nature et des gens du village, la jeune artiste va s’ouvrir peu à peu, reprendre pied. Jusqu’à ce qu’un nouvelle perte menace cet équilivre fragile… Dans ce roman délicat, Ariane Schréder dépeint une femme discrète sur le chemin qui la mènera des mots du silence à ceux de la vie.

Éditions Philippe Rey – 217 pages

Depuis le 7 février 2013 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 5 / 5

Broché : 17 euros

Poche : 8,50 euros

Ebook : 11,99 euros

Premier roman. Denrée trop rare au rayon des nourritures intellectuelles. Et pourtant si délicieuse ! Car vrai talent en devenir ou simple chance du débutant, le premier roman est souvent l’une des, si ce n’est la meilleure œuvre de nombres de bibliographies. Une savante alchimie entre une réelle maîtrise du verbe, du récit, de l’intrigue et une sorte de fraîcheur, de vérité, exclusives aux premières fois. Avec La Silencieuse, la primo-romancière Ariane Schréder livre un premier texte digne de figurer au panthéon contemporain des premières œuvres magistrales telles Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows, La déesse des petites victoires de Yannick Grannec, La couleur des sentiments de Kathryn Stockett ou encore Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia.

C’est une plongée infiniment délicate dans l’univers taiseux d’une jeune artiste exilée à la campagne après une déception amoureuse. Mais est-il possible de se reconstruire dans la fuite ? Le silence ? La solitude ? Et de se faufiler à la suite de la simple et fragile Clara, de la lire d’un regard bienveillant, en souhaitant fort que tout se passe bien.

D’une plume aérienne, poétique, quasi sensorielle, Ariane Schréder entraîne le lecteur dans un petit coin de campagne, ordinaire et atypique à la fois ; l’invite à observer, au rythme des saisons qui passent, la reconstruction, la renaissance, les liens naissants, se défaisant… Bref, tout ce qui fait le sel de la vie, avec ses jolis moments et ses inévitables épreuves.

Cet émouvant premier roman dégage, malgré une atmosphère parfois pesante, oppressante, une sérénité, une légèreté qui n’a d’égale qui la puissance des émotions provoquées. Il exhale une sorte de pureté, de véritéLa Silencieuse est de ces romans qui pointent du doigt quelque chose d’essentiel. D’authentique. Tout simplement parce qu’il touche à ce qu’il y a de plus profond, de plus viscéral en chacun de nous. Il évoque le réel, sans concession et cette quête menée par tous, tout ou partie de l’existence. Celle de Clara, au cœur d’un panorama bucolique, suit son cours plus qu’elle n’est dirigée. Contemplative plutôt qu’active. Subtile. Poignante. Au gré des petits riens où se joue le tout pour le tout, de relations interpersonnelles en introspections, l’on découvre à ces questionnements universels une réponse possible, sensible, bouleversante, violente. Vivante.

L’on voit immanquablement un peu d’Ariane dans Clara. Une chose est sûre, cette silencieuse-là a les mots. Ce roman qui remue est aussi bien écrit que pensé. La Silencieuse n’est pas un simple livre, c’est de la littérature. C’est beau, tout simplement.

Vous aimerez sûrement :

Les déferlantes de Claudie Gallay, Le secret de Frédéric Lenoir, Eux sur la photo d’Hélène Gestern, Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins, Juste avant de Fanny Saintenoy, Le premier été d’Anne Percin, Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois, La légende des fils de Laurent Seksik, La femme au miroir d’Éric-Emmanuel Schmitt…

Extraits :

Je n’ai jamais été très douée avec les mots. Ceux qu’il faut prononcer, échanger. Les miens restent bloqués à l’intérieur, encombrés au moment de sortir, disparus. Ils me reviennent quand il n’y a plus personne pour les recevoir.

Je ne sais pas quand j’ai commencé à m’enfoncer dans le silence.7

C’est ce que j’aime ici : ce sentiment de l’immense. Tous les soirs depuis que je suis arrivée, sauf les rares jours où il a plu, je m’installe sous la nuit blanche d’étoiles, dans le bruissement des feuilles et le chant des grillons. D’autres regardent la télé.

Je voudrais qu’il y ait encore moins de choses. C’est l’abondance qui me paraît épuisante.

La vie des autres m’est étrangère. Parfois il me semble que la mienne coule comme l’eau lente du fleuve. Je n’ai pas d’horaires, pas contraintes, pas de famille. Je ne regarde presque jamais l’heure. Je vis à mon rythme.

« Il paraît que vous avez décidé de vous retirer à la campagne. Pourquoi ? »

J’ai balbutié que j’avais besoin de prendre un peu de recul.

« C’est toujours ce qu’on dit quand on est malheureux. Et puis, à force de reculer, on se retrouve parfois à son point de départ. La terre est ronde, non ? Vous n’allez pas vous enterrer là-bas, quand même ? Ni épouser un paysan, j’espère ! »

Et il faut bien que je me désensauvageonne.

Il faut avoir des yeux de loupe pour aimer la campagne. Le regard à ras de terre, ou bien accroché aux étoiles.

– (…) J’ai juste un peu de mal avec les gens qui sont certains de quelque chose. (…)

« Un philosophe, qui s’appelait Nietzsche, a écrit : « Ce n’est pas le doute qui rend fou, ce sont les certitudes. »

C’est par amour, par deuil, qu’Arp a cessé de sculpter. Pour Giacometti, c’est autre chose. La conscience trop aiguë des limites de son art. Il écrit :

« Il m’est impossible de modeler, peindre ou dessiner une tête, par exemple, telle que je la vois et pourtant c’est la seule chose que j’essaie de faire. Tout ce que je pourrais faire ne sera jamais qu’un pâle image de ce que je vois et ma réussite toujours égale à l’échec. »

Parfois il me semble que Giacometti complique. Qu’il s’est de lui-même installé dans une contradiction. Comme tout le monde sans doute.

Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir cette oeuvre en avant-première.

 

Merci de partager vos avis, remarques, etc. Je vous répondrai toujours et avec plaisir !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s