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les fruits de l'arrière-saisonPrésentation de l’éditeurLorsqu’une nuit de septembre 1935, Martin se noie dans la Grosne, à Cluny, tout le monde croit à une mort accidentelle. Seule Marie, sa femme, sait qu il s’est suicidé. Afin de comprendre les raisons de ce geste désespéré, elle choisit de briser le silence qui entoure la folie de Martin et de jeter un regard lucide sur leur vie de couple. Surtout, la jeune femme doit gérer le quotidien à la ferme et bâtir son avenir et celui de sa fille, entre utopie et réalisme, détermination et renoncement. Elle est secondée dans cette reconstruction par sa famille, notamment par sa sœur Emma, aux fortes convictions féministes, et par son frère Pierre, tout juste marié, qui accepte de bouleverser sa vie pour venir en aide à son aînée.

Éditions Marivole – 285 pages

Depuis le 12 septembre 2014 en librairie.

Ma note : 4 / 5

Broché : 20 euros

Ebook : 7,99 euros

Le roman régionaliste, appelé également roman de terroir, n’a pas bonne presse alors même que les titres de ce registre caracolent souvent en tête des ventes ou assurent, à tout le moins, une partie importante du chiffre d’affaires des maisons d’éditions qui les incorporent à leurs catalogues (l’on pense notamment à la collection Terres de France aux Presses de la Cité). Un paradoxe semblable à celui de la romance traduisant la contagion du germanopratisme aux esprits des lecteurs qui adorent ces livres mais n’osent le revendiquer de peur d’être jugés. Pourquoi serait-il honteux d’apprécier les feel good books ou les romans provinciaux ? Parce que cela fait fleur bleue, bluette, nunuche d’une part et bouseux et vieillot d’autre part ? Faut-il vraiment être cynique, que le marasme de la réalité s’étende aux loisirs, que la sinistrose soit généralisée ? Le jeune et l’urbain sont-ils les seuls à avoir de la valeur, à intéresser, à mériter d’être montrés ?

Alors certes, le roman régional n’est pas toujours gage de qualité. Comme pour tous les courants en vogue (même pas assumée), le texte calibré pointe son nez. Sans compter le manque de crédibilité de certains récits qui ont tendance à sacraliser une époque et un milieu qui pourtant n’étaient pas plus roses qu’aujourd’hui, juste différents.

Faisant fi de ces stupides a priori, Aurory Py a choisi d’ancrer son premier roman dans la lignée des Christian Signol, Michel Peyramaure, Claude Michelet, Gilles Bordes, Jean-Guy Soumy, Denis Tillinac, Henri Vincenot, Christian Bobin, Françoise Bourdin et bien d’autres – ah oui, quand même, excusez du peu.

Les fruits de l’arrière-saison est donc un roman typiquement de région mettant en scène une saga familiale dans la région de Cluny, au cœur de la Bourgogne des années 1930.

Au travers des joies et des peines de personnages réalistes et attachants, au fil des saisons, c’est toute une époque, tout le milieu de la France rurale avec sa vie de village, son attachement à la terre et ses vieux métiers, que fait revivre la primo-romancière. En confrontant les classes sociales et les caractères, Aurore Py explore la complexité et la subtilité des rapports humains en général, familiaux en particulier, avec finesse et sensibilité. Le suicide qui ouvre l’intrigue lui permet également d’évoquer avec délicatesse la psychose maniaco-dépressive. Construite autour de personnages féminins forts, l’histoire se fait le reflet de la condition de la femme au début du XXe siècle et de la cause féministe qui était à ce moment embrassée par un nombre croissant de figures féminines mais aussi masculines. Sans être un roman historique, les enjeux sociaux de l’époque (avènement du Front populaire, grèves…) sont parfaitement resitués et intégrés dans la trame.

Plus qu’une belle histoire dont on tourne les pages inlassablement dès le premier chapitre, Les fruits de l’arrière-saison est l’occasion de retrouver les saveurs et traditions d’antan et pour certains, d’aller à la rencontre de leurs plus ou moins lointaines racines. Un coup d’essai transformé pour Aurore Py qui prouve que cette branche de la littérature n’a nul besoin d’être dépoussiérée. Un beau moment de lecture à s’offrir et une auteur à suivre.

Vous aimerez sûrement :

Ce que je peux te dire d’elles d’Anne Icart, Les perles de la Moïka d’Annie Degroote, Les Indomptées de Nathalie Bauer, Les roses de Somerset de Leila Meacham, la tétralogie Les sœurs Deblois de Louise Tremblay d’Essiambre (Charlotte, Émilie, Anne, Le demi-frère), la tétralogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (GabrielleAdélaïde,Florent),

Extraits :

Les hommes tiennent le monde, les mères tiennent l’éternel qui tient le monde et les hommes.

Christian Bobin

Celle-ci s’aperçut rapidement que François Longueville possédait une large culture littéraire. Il connaissait de nombreux poètes par cœur, et tous deux prirent bientôt grand plaisir à déclamer des vers? Ils dissertèrent bien évidemment sur Lamartine, dont la famille était originaire de Cluny, mais François avouait surtout un net penchant pour Hugo, alors qu’Emma se délectait des écrits torturés de Baudelaire. Il lui fit découvrir Apollinaire qu’elle n’avait jamais approfondi, et ensemble ils déchiffrèrent les Calligrammes que le médecin disposait en version originale. Emma s’épanouissait de ces conversations, car elle n’avait à ce jour jamais rencontré d’interlocuteur capable de soutenir un tel niveau d’échange intellectuel et artistique. S’il lui arrivait parfois d’avoir une élève un peu plus douée, un peu plus ouverte à son enseignement, aucune d’elles n’avait la maturité et l’expérience suffisantes pour considérer que la littérature pouvait avoir une influence quelconque sur sa propre vie.

Un grand merci aux Éditions Marivole et à l’auteur pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre.

9 réflexions sur “Les fruits de l’arrière-saison d’Aurore Py

      • il y en a quelques uns, des auteurs de ce coin, j’en ai lu certains, mais là, c’est un peu parce que tu en dis du bien, je ne suis guère régionaliste, ni spécialement attachée à le territoire où je vis. Mais Cluny, et ce début de Bourgogne c’est très beau ( je suis plus au sud, val de Saône, plat et ordinaire ), mais c’est plutôt pour voir comment sont dépeints les lieux, curiosité. Et encore une fois parce que tu dis que c’est un livre plaisant

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