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la vie, la mort, la viePrésentation de l’éditeur : Treize années durant, chaque jeudi après-midi, l’Académie française m’a offert le privilège d’avoir comme voisin le Prix Nobel de médecine, François Jacob. Comme deux potaches, nous bavardions. Mon ignorance abyssale en biologie l’accablait. C’est lui qui m’a donné l’idée de ce livre : « Puisque, par on ne sait quel désolant hasard, tu occupes le fauteuil de Pasteur, plonge-toi dans son existence, tu seras bien obligé d’apprendre un peu ! » Voici, racontés par un ignorant qui se soigne, quelques-uns des principaux mécanismes de la vie. Voici mises à jour les manigances des microbes, voici dévoilés les sortilèges de la fermentation, voici l’aventure des vaccinations. Voici, bien sûr, la guerre victorieuse contre la rage. Voici Marie : plus qu’une épouse, une complice, une organisatrice, une alliée dans tous les combats. Voici un père qui a vu trois de ses filles emportées par la maladie à deux ans, neuf ans et douze ans. La mort ne lui aura jamais pardonné d’avoir tant fait progresser la vie. Dans ce XIXe siècle assoiffé de connaissances, voici LE savant.

Éditions Fayard – 184 pages

Depuis le 16 septembre 2015 en librairie.

Ma note : 4,5 / 5

Broché : 18 euros

Ebook : 12,99 euros

Vouloir en savoir plus sur un sujet, une personnalité ou encore un événement en particulier n’est pas forcément une quête d’exhaustivité. C’est souvent le problème des fastidieuses lectures que sont les essais en tout genre. Érik Orsenna a consacré une partie de son œuvre à vulgariser un certain nombre de thématiques pour permettre à tout un chacun d’apprendre et de les comprendre, sans pour autant prétendre valider une thèse. C’est dans cette optique qu’à l’occasion de la rentrée littéraire 2015 a paru son nouveau livre La vie, la mort, la vie.

Pas commun qu’un homme de lettres s’intéresse à un homme de science ! Cette biographie simplifiée de Louis Pasteur s’explique par le fait que son auteur, lauréat du Prix Goncourt et Goncourt des Lycéens 1988 pour L’exposition coloniale et célèbre membre de l’Académie française, a été élu à la prestigieuse institution en 1998 au 17e fauteuil justement occupé avant lui par le père du vaccin contre la rage (entre autres découvertes). Si l’on ajoute à cela que son voisin d’assemblée était François Jacob, chercheur en biologie, Prix Nobel 1965 de physiologie ou médecine et Chancelier de l’Ordre de la Libération de 2007 à 2011, qui ne manquait pas de le taquiner à propos de son ignorance concernant son prédécesseur, Orsenna se devait d’étoffer son savoir sur le savant à l’origine de certaines des plus importantes avancées médicales de la fin du XIXe siècle. Et de le partager.

Loin de verser dans l’hagiographie, ce petit ouvrage synthétise la vie professionnelle et personnelle du grand homme, dans ses qualités comme dans ses travers, ses succès comme ses échecs, ses joies, ses tragédies, etc. Tout à la fois portrait d’un homme et d’un siècle, La vie, la mort, la vie de Louis Pasteur est non seulement riche d’enseignements mais également un vrai plaisir de lecture. N’hésitant pas à digresser, l’Immortel ne manque pas une occasion de partager des anecdotes croustillantes, philosophiques, drôles ou encore poétiques, toujours en lien de près ou de loin avec Pasteur, mais dans le souci permanent d’étoffer la culture du lecteur.

Outre son contenu évidemment, le grand mérite de cet ouvrage simple qui se lit comme un roman est d’élargir les horizons de lecture et de rendre accessible à tous la bibliothèque des essais, trop souvent désertée par les lecteurs de fiction. Le terme de vulgarisation, trop souvent jugé péjoratif, est une vraie chance de diffuser les savoirs au plus grand nombre et Érik Orsenna s’y adonne avec un infini talent. Cette exploration élémentaire sans être dépouillée de l’existence et des découvertes du rare homme français à être connu dans le monde entier (mais aussi de nombreux autres scientifiques et autres membres du corps médical) est tout bonnement fascinante.

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Extraits :

Il faut imaginer le petit Louis trottinant derrière son père et suivant, fasciné, ces manipulations.

Outre une admiration éperdue pour le tanneur, il en retirera la leçon que, même après la mort, les matières continuent de se métamorphoser, d’échanger entre elles et donc de vivre.

Mais l’honnêteté oblige à dire que cette activité pue. Pire, certaines pratiques, pour le moins désinvoltes, peuvent dégoûter les âmes sensibles.

Sur le bord du canal, juste en amont de la maison de Pasteur, se tenait la boucherie principale de Dole, celle-là même où les tanneurs se fournissaient en peaux. Le propriétaire des lieux ne s’embarrassait pas de scrupules. C’est dans l’eau, faisant confiance au courant, qu’il jetait les viscères des animaux morts.

Durant les deux premières années de sa vie, Pasteur vit donc passer sous son nez un flot continu d’entrailles, parfait logis de toutes les infections possibles.

Ceux qui s’étonnent de sa passion maladive pour l’hygiène, de sa détestation d’avoir à serrer des mains dont on ne sait sur quelles surfaces elles se sont promenées, ceux-là n’ont qu’à se rappeler son premier jardin d’enfant : un canal putride.

Il est envoyé à Paris, en pension, pour mieux u préparer son baccalauréat.

Bientôt, il se ferme, ne mange plus, dort à peine. Comment nommer ce mal dont il souffre ? Mal du pays ? Besoin de sa famille ? À peine un mois passe. Un homme se présente au concierge. Il veut voir le directeur.

« Je viens chercher mon fils.

– Et pourquoi donc ?

– Il est malheureux. »

On appelle Louis? Jean-Joseph ouvre les bras? Ensemble, ils reviennent chez eux. Dans le coche, durant les deux jours de route, à quoi servirait de se parler ? Tout est dit. Peut-être que Pasteur vient de là, de ces bras ouverts, un jour d’octobre 1838 ? On n’a encore jamais mesuré la force que nous donne, pour le reste de la vie, la tendresse d’un père.

Chaque fois qu’il revenait dans sa bonne ville d’Arbois, Pasteur demandait d’abord qu’on ouvre grand les fenêtres. Il voulait retrouver le fracas du courant? Ainsi agissent les médecins angiologues : pour savoir si rien n’obstrue le parcours du sang dans les artères, ils ne se contentent pas de scruter l’écran de l’échographe, ils tendent l’oreille. On ne scrute pas la vie seulement avec les yeux.

Douter de ses idées, c’est encore de la confiance en soi. C’est même la preuve la plus solide de cette confiance. Celui qui ne supporte pas d’avoir tort s’efforce de cacher ses fragilités.

Autre hypothèse : on dit volontiers que le rire est contagieux. Voilà pourquoi, sans doute, Pasteur ne riait jamais.

À peine son état stabilisé, il entreprend de se reconstruire.

« Je regrette de mourir, répète-t-il à ses visiteurs pendant la semaine critique. J’aurais voulu rendre plus de services à mon pays. »

Dès les premiers mieux, les projets reviennent. « J’ai tant à faire encore… Il y a tout un monde à découvrir. »

Fin novembre, il peut se relever, passer une heure dans son fauteuil.

Commence alors la lente reconquête de son corps. On se relaie à son chevet pour lui lire les livres dont, à ce moment, il a le plus besoin : des biographies. Ces exemples le soutiennent.

« De la vie des hommes qui on marqué leur passage d’une trait de lumière durable, recueillons pieusement, pour l’enseignement de la postérité, jusqu’aux moindres paroles, aux moindres actes propres à faire connaître les aiguillons de leur grande âme. »

Comme souvent dans ce domaine, Pasteur n’est pas le premier. D’autres avant lui se sont préoccupés d’asepsie (prévenir, par différentes méthodes, l’arrivée des agents infectieux dans l’organisme) et d’antisepsie (combattre les agents infectieux).

Lors que de la guerre de Crimée (1854-1855), l’infirmière Florence Nightingale (en français, Florence Rossignol) avait réduit fortement la mortalité des blessés en nettoyant les locaux, les linges et les draps.

À Vienne, le docteur Philippe Ignace Semmelweis recommande aux médecins de se laver les mains entre une autopsie et un accouchement? Et, s’ils pouvaient aussi nettoyer leurs pinces et bistouris, leurs malades auraient plus de chance de survivre.

À Paris, un Trousseau, un Villemin se battent pour imposer la propreté dans leurs services, et l’isolement des malades pour éviter le contamination.

À Glasgow, le chirurgien Joseph Lister est convaincu que la gangrène, source de l’hécatombe, commence à naître dès l’opération. Voilà pourquoi il instaure des méthodes radicales : à grand renfort d’étuves, de blanchisseries et surtout d’acide phénique, il désinfecte TOUT ce qui sert à ses opérations.

Ces pionniers devinent que des germes se transmettent de malade en malade. Mais ils ne savent pas lesquels ni de quelle manière. Et la seule défense qu’ils peuvent opposer à leurs adversaires est statistique : on meurt moins chez moi que chez vous !

Dans leur immense majorité, les médecins ricanent, dédaignent et continuent de tuer.

Il ne fait pas bon être malade dans la première moitié du XIXe siècle. Aucune chance ou presque de sortir vivant d’un hôpital. C’est sans doute le pire moment de l’histoire de la médecine, en tout cas de la chirurgie. Les bonnes vieilles méthodes ont été abandonnées : fini les cautérisations ! Oublié, cette manie de plonger dans l’eau bouillante linges et instruments ! Mais rien n’a remplacé ces pratiques jugées d’un autre âge.

Les résultats s’ensuivent? Ablation d’un ovaire : 80 % de décès ; trépanation : 95 % ; sans oublier la gangrène, la septicémie…

En fait, les médecins ne supportent pas cette idées d’animalcules circulant partout pour inoculer les maladies. Ils préfèrent prendre de la hauteur, évoquer le destin en arborant un air fataliste et profond. Ils évoquent un enchevêtrement de causes plus larges, plus nobles, et surtout plus obscures. Personne n’en percera jamais les mystères. Et c’est bien ainsi ! Ils vous posent la main sur l’épaule : « Serrez les dents, voyons, soyez courageux, mon vieux ! » Les médecins se veulent encore prêtres, officiers de Dieu.

Mais, surtout, au fond d’eux-mêmes, ils n’admettent pas que la Médecine ait à frayer et à se fourvoyer avec les autres sciences. La Médecine – pour qui la prenez-vous ? – doit se suffire à elle-même !

Voilà pourquoi les médecins traitent Pasteur, qui n’est pas médecin, de « chimiâtre ».

On raconte son émotion quand il devenait nécessaire d’avoir recours à des animaux. Toujours il imposait l’usage du chloroforme pour les endormir. Jamais il n’opérait lui-même. Comment l’aurait-il pu ? Proche de l’évanouissement, il se bouchait les oreilles pour ne pas entendre hurler. Touchant tableau. On ne demande qu’à y croire. Le meilleur argument du dossier est ailleurs.

Pasteur fut d’abord un fabuleux vétérinaire. Si le Créateur avait jugé bon de les doter d’un langage compréhensible par nous, quelle émotion nous saisirait si des foules de poules célébraient le savant d’Arbois pour les avoir délivrées de la malédiction du choléra, si des armées de moutons, de vaches et de chevaux bêlaient, meuglaient, hennissaient leur gratitude d’échapper enfin, grâce au vaccin, à l’horreur du charbon, si un concert grognant de porcs disait leur satisfaction de n’avoir plus à craindre la terrible maladie du rouget.

Même s’il faudrait tendre l’oreille pour distinguer leurs voix ténues, les vers à soie eux-mêmes, qui ont de la mémoire et se souviennent des ravages causés dans leurs rangs par la pébrine et la flacherie, se joindraient à la louange. Bienfaiteur de l’humanité, certes ! Mais aussi grand ami des bêtes.

Un grand merci aux Éditions Fayard et à MyBoox pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

2 réflexions sur “La vie, la mort, la vie Louis Pasteur 1822-1895 d’Érik Orsenna

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