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l'illusion délirante d'être aiméPrésentation de l’éditeur« Une évidence. Une évidence aussi tangible qu’une pierre au milieu d’un jardin : C. est persuadée que je l’aime, que je l’ai toujours aimée. Comment puis-je faire semblant d’avoir oublié ? » L’illusion délirante d’être aimé est une maladie, chronique, dangereuse, et parfois mortelle, nommée syndrome de Clérambault, car elle fut découverte par le célèbre psychiatre. C’est aussi un roman implacable, un thriller des sentiments : l’histoire d’une obsession et d’une dépossession. Un amour à perpétuité. Un amour qui ne peut que mal finir. Milan Kundera a dit de ce roman de Florence Noiville : « Ce que dévoile L’Illusion délirante d’être aimé, c’est la présence aussi forte qu’inexplicable de l’amour dans la haine. »

Éditions Stock – 184 pages

Depuis le 19 août 2015 en librairie.

Ma note : 4,75 / 5

Broché : 17,50 euros

Ebook : 12,99 euros

L’amour est violent. L’amour est une maladie. Ne dit-on pas « tomber » amoureux ? « Coup » de foudre ? Aimer à la « folie » ? C’est cet amour fou dans son acception propre et non dans la figure de style que la romancière Florence Noiville – journaliste au Monde des livres et Madame Hirsch à la ville – explore dans L’illusion délirante d’être aimé.

Plus connue sous le terme d’érotomanie, l’illusion délirante d’être aimé est la désignation poétique du syndrome de Clérambault, du nom du psychiatre français qu’il l’a identifié. Pathologie de l’ordre de la psychose paranoïaque, elle est une obsession qui se révèle brutalement et dont on ne peut détourner le malade. Névrose, folie, elle peut toucher n’importe qui, n’importe quand. Du jour au lendemain, sans signe précurseur, le fantasme tourne au drame, la personne se persuade qu’elle est aimée par le fruit de sa fixation et devient une personnalité toxique. Correspondance compulsive, avalanche de cadeaux, appels à répétition, menaces, excuses, usurpation d’identité, annexion ou détournement des cercles professionnels, familiaux ou amicaux, intrusion, omniprésence… Le harcèlement prend des formes variées, il n’existe aucun remède et ce mécanisme implacable est une tragédie annoncée dont l’épilogue peut aller jusqu’au suicide ou au meurtre. Le plus dramatique étant que ces désaxés ont l’air équilibrés et cultivent cette apparente normalité. Il est donc difficile pour la victime de prouver la traque et pire, de ne pas être accusée de délire de persécution. Cruelle ironie…

C’est donc le cheminement de cette idée folle, idée fixe, idée noire – l’acronyme de la maladie n’est-il pas IDEA ? -, que l’écrivain raconte par le biais d’un double littéraire, journaliste et romancière comme elle. Mise en abîme du roman d’investigation, sa narratrice mène l’enquête sur cette affection psychiatrique pour en saisir les rouages et les conséquences tant pour le malade que pour sa victime. Elle démontre comment ce délire psychotique vampirise l’existence et amorce une véritable descente aux enfers.

Approche fascinante des mystères du cerveau humain, l’auteur calque le lecteur sur la confusion de son héroïne. Cette définition glaçante de l’amour en tant que maladie déclenche un passage à la loupe en règle d’un entourage devenu soudainement suspect. Le lecteur s’interroge forcément sur sa propre réaction s’il était insidieusement dépossédé de son existence, du contrôle de sa vie. Et de se demander également si, à l’occasion, il n’a pas frôlé le syndrome à l’occasion d’un dépit amoureux. À quel moment l’amour cesse-t-il d’être normal pour basculer dans la passion destructrice dévorante, emprunte de rivalité, de jalousie, de manipulation, de narcissisme, d’emprise ?

Très hitchcockien, ce roman qui s’apparente à un thriller psychologique creuse dans la psyché, sonde l’amour dans ses états les plus dévastateurs. Alternant fictionexposés d’authentiques cas médicauxdécouvertes neuroscientifiques et éléments biographiques de Gaëtan Gatian de Clérambault, Florence Noiville trace brillamment l’infime limite entre amour et haine dans une partie à deux ravageuse, une prise en otage psychologique qui tient en haleine jusqu’à un dénouement surprenant purement romanesque. D’une écriture efficace, sensible, aiguisée, précise quoique économe, ce huis clos dans la tête d’une malade, troublant, dérangeant, malsain, étouffant, effrayantangoissant, émouvant, passionnant, parfaitement maîtrisé, est un des très bons titres de la rentrée littéraire 2015. Un roman court qui se lit d’une traite.

Vous aimerez sûrement :

Amelia de Kimberly McCreight, Avant d’aller dormir de S. J. Watson, La vie d’une autre de Frédérique Deghelt, La fille américaine de Monica Fagerholm, À moi pour toujours & Les revenants de Laura Kasischke, 658 de John Verdon, L’arbre au poison d’Erin Kelly, Le dîner d’Herman Koch, Vengeances de Philippe Djian, Shutter Island de Denis Lehane…

Extraits :

De grands malades vivent parmi nous. Des psychotiques qui ne se contentent pas d’être fous mais feignent d’être normaux. Pour le commun des mortels, ceux qui n’en sont pas victimes, aucun symptôme n’est perceptible. Nous côtoyons ces désaxés sans y prendre garde. Il arrive même que nous les trouvions sympathiques. Jusqu’au jour où tout se détraque.

Mon père aussi était un taiseux. Avant de mourir, il m’avait cité cette phrase merveilleuse : « Ce n’est pas une preuve de bonne santé que d’être parfaitement à l’aise dans une société malade. » Il me voyait, souffrant des mêmes malentendus que lui, traînant partout mon hypersensibilité, paralysée par le regard des autres, baissant les yeux, rasant les murs, fuyant le contact et m’en voulant. Il m’aura fallu des années de travail sur moi-même pour surmonter cela. Sans doute est-ce difficile à comprendre pour qui n’est jamais passé par-là. Mais soutenir le regard de quelqu’un sans que mon cœur batte à tout rompre, accepter d’être moi sans faire semblant, telle quelle, pacifiée… Oui, il m’aura fallu des années pour parvenir à cet équilibre.

(…) les érotomanes ne sont pas fous. (…) Ils savent très bien qu’ils risquent gros. Ils n’ont nullement l’intention de finir en taule.

M’est revenue la formule géniale de Sartre : « On est ce que l’on fait de ce que l’on veut faire de nous. »

Je me dis soudain que cette certitude qu’on les croyants que quelqu’un les aime, quelqu’un qu’ils n’ont jamais vu, une abstraction qu’ils ont eux-même créée… le fait que cette certitude, aussi massive et solide que les pierres de cette chartreuse, oriente toute leur vie… tu ne trouves pas que cela ressemble à une vaste « illusion délirante d’être aimé » ? Un syndrome de Clérambault géant qui aurait duré des siècles et qui vous aurait conduits, vous les Européens, à nier, à harceler, à torturer, à brûler vif – notamment dans mon pays, le Mexique…  Et au nom de quoi, sinon d’une « orgueilleuse construction de votre imagination » ? Une construction collective devenue dominante à un point tel que nul, même aujourd’hui, ne s’en étonne plus… Tu vas dire qu’il est tard, que je m’égare. Tu as raison. Je me demande seulement s’il n’y aurait pas un parallèle un peu rigolo à tenter, dans ton foutu roman, entre les délires passionnels et les psychoses de masse auxquelles me font penser les religions quand elles nous montrent ce qu’elles ont de pire.

Voir l’Autre tel qu’il n’est pas, serait-ce notre lot à tous ?

Un grand merci aux Éditions Stock et à Netgalley pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre.

8 réflexions sur “L’illusion délirante d’être aimé de Florence Noiville

  1. Merci pour ce résumé littéraire! Il est vrai que le sentiment d amour est une véritable drogue pour notre cerveau!! Tout celà se resumerai à une simple réaction chimique! En tout cas ça m a donné envie de le lire ! Bonne journée à vous

    Aimé par 2 people

    • Bonjour Cathy,

      Je serais ravie de pouvoir le lire. Par contre, mon programme de lecture et de chroniques étant chargé, le retour demande un peu de patience… Si ça vous convient, vous trouverez mon mail sur ma page About ou sur Facebook. Merci pour votre intérêt et votre confiance. A bientôt ici ou là… Amitiés littéraires.

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