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fille de sangPrésentation de l’éditeurUne jeune provinciale d’à peine vingt ans paie le prix d’une enfance et d’une adolescence misérables. Pour se venger des sévices, privations et humiliations qu’elle a subis ; pour implorer des bribes de tendresse de la part de parents qui rejettent son amour – son père militaire qui la répudie ou, au mieux, la brutalise ; sa mère, qui change d’homme comme de sarong et se défoule sur elle de ses frustrations – ; par esprit d’autodestruction et en se calquant sur la cruauté ordinaire du monde rural qui l’entoure envers les animaux domestiques : de dope en perf, de fil en aiguille, cette provinciale joue avec son sang. Un récit peuplé de types humains criants de vérité ; un texte dérangeant, au style musclé, au verbe dru, qui donne de la Thaïlande de tous les jours une image authentique à mille lieues des clichés touristiques.

Traduit du thaï par Marcel Barang.

Éditions Gope – 228 pages

Depuis le 20 août 2015 en librairie.

Ma note : 1 / 5

Broché : 19 euros

Fille de sang, tout premier roman d’Arounwadi, est une occasion rare donnée en cette rentrée littéraire 2015 de découvrir la littérature venue de Thaïlande. Assez peu connue hors de ses frontières et très peu traduite, la littérature thaïe souffre du désintérêt de la population pour la lecture en général et la littérature en particulier. Malgré un taux d’alphabétisation de près de 100 %, seule une personne sur 20 000 lit des romans littéraires contre une personne sur 1 000 lisant des romans à l’eau de rose, d’action ou d’épouvante. Si l’on ajoute à ce constat un quart de siècle de dictature ayant interdit toute critique sociale, rares sont les titres à présenter un réel intérêt de traduction. Dans ce contexte, Fille de sang, en lice pour le SEA Write Award – sorte de Goncourt local – à l’occasion de sa sortie en 1997 et réimprimé douze fois depuis, fait figure d’exception et de livre culte.

« Basé sur une histoire vraie, mais la réalité pas tout entière dans ce livre », cette autofiction écrite par la primo-romancière alors qu’elle n’avait pas vingt ans est le récit sans fards d’une enfance dévastée, l’exposé cru des relations abominables d’une famille dysfonctionnelle au plus haut point. Reniée par un père féroce et abandonnée à répétitions par une mère croqueuse d’hommes et brutale, la narratrice, double littéraire de l’auteur, répond à son ordinaire fait de violences et de sévices par le masochisme, l’autodestruction : scarification, drogue et excès en tous genres.

Dans une culture taiseuse, de non-dit, de retenue et d’apparence où l’on ne doit exprimer ni ses sentiments, ni ses échecs, cette mise à nu, cette dissection des émotions, est étonnante. Loin des représentations touristiques, le pays du sourire apparaît comme celui du sourire forcé. Pourtant, présenté comme « l’image authentique à mille lieues des clichés », ce témoignage sordide peut-il être considéré comme vraiment représentatif ?

Entre maltraitante sous toutes ses formes d’une enfant et torture ou mise à mort d’animaux, cette narration de la souffrance et de la folie est une accumulation de scènes insoutenables qui prennent le lecteur en otage. Plus glauque et dérangeante qu’intense et bouleversante, cette autobiographie romancée âpre et cruelle au cœur d’une société en transition, fragile, contradictoire retrace un mal-être qui dépasse les barrières culturelles, a valeur universelle.

La permanence de l’horreur dans ce texte, enrobée d’un langage cru par trop répétitif, laisse à voir davantage la complaisance d’un déballage écœurant qu’un exercice littéraire où le style prime sur la confession et où la créativité transcende l’expérience aussi malheureuse soit-elle. Les souvenirs atroces et les détails immondes s’entassent jusqu’à la nauséeUne fille de sang aurait plus sa place au rayon témoignage, un registre qu’on adore ou qu’on déteste. Pour ma part, abandon en page 72.

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Un grand merci aux Éditions Gope pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Une réflexion sur “Fille de sang d’Arounwadi

  1. Pingback: Les brasseurs de la ville d’Evains Wêche | Adepte du livre

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