Home

le printemps des barbaresPrésentation de l’éditeur : « Il y avait eu des signes avant-coureurs la veille au soir, mais durant la nuit la situation s’était encore aggravée. Pendant que Preising dormait, l’Angleterre sombrait. » Amateur de pantalons en velours et de mocassins rutilants, Preising n’a guère l’âme d’un aventurier. Dans un luxueux club au cœur du désert tunisien, le voici contraint de côtoyer une horde de traders londoniens venus célébrer un mariage dans une débauche d’alcool et d’argent. Au lendemain d’une nuit de fête, la panique se propage à la vitesse de l’éclair : la Grande-Bretagne aurait fait faillite. Soudain ruinés, les golden boys perdent toute retenue. Du maître-nageur aux dromadaires, nul n’échappe à leur folie destructrice. Conte philosophique, roman de la crise économique, comédie de mœurs, Le Printemps des barbares est avant tout une formidable satire de notre époque.

Éditions Autrement – 194 pages

Traduit de l’allemand (Suisse) par Tatjana Marwinski.

Depuis le 2 septembre 2015 en librairie.

Ma note : 2 / 5

Broché : 17,50 euros

Ebook : 11,99 euros

S’il a été couronné par le Prix Franz Hessel 2013, le premier roman de Jonas Lüscher, paru en France à l’occasion de la rentrée littéraire 2015, est décevant à bien des égards. Malgré un concept de départ intéressant et prometteur, l’auteur n’a pas réussi à exploiter son idée. Formé à la philosophie et fasciné par la paupérisation infligée à l’humanité par l’ultralibéralisme dominant, le primo-romancier ne pouvait pas choisir un sujet aussi proche de sa pensée et aussi facile à traiter a priori. Force est de constater que passion et érudition ne suffisent pas pour créer un chef-d’œuvre.

Dans la lignée de la Nouvelle Objectivité magico-réaliste allemande, Lüscher a tenté d’écrire un texte qui colle parfaitement à l’époque autour de la crise économique, prenant la forme d’un conte philosophique, d’une comédie de mœurs exploitant des faits d’actualité (la crise des subprimes de 2008).

Partant de la narration, par un vieil homme richissime à une connaissance dont on ne saura rien, de l’histoire dingue qu’il a vécue dans un palace kitch d’une Tunisie d’avant la révolution de Jasmin (contrairement à ce que titre et couverture laissent supposer, il n’est nullement question de printemps arabe), le lecteur est transformé en voyeur d’un mariage où se confrontent yuppies et beaufs, qui tourne au pugilat quand les golden boys de Wall Street, découvrant que leur Angleterre a fait faillite, se changent en une horde folle furieuse.

L’auteur transforme une crise imaginaire réaliste en étrange fable sanglante. Malheureusement, la ruine britannique en une nuit ne tient pas debout économiquement et la métamorphose des jeunes loups de la City relève de la caricature. Le scénario manque de crédibilité, tout simplement. Finalement, le seul personnage cohérent est le narrateur qui, par son caractère faussement candide et passif, est la parfaite métaphore du tout-venant qui couvre son désengagement face aux tragédies engendrées par un capitalisme débridé et son inaction face aux pires dérives derrière une impuissance arrangeante. Hélas, ce conteur assommant n’a de cesse de se perdre en digressions pesantes sans grand intérêt, dans un style ronflant qui enfonce un peu plus son récit ennuyeux.

Le problème de rythme est également dérangeant. La catastrophe annoncée, rapidement menée lorsqu’elle est attendue comme cœur de récit et censée déboucher sur on ne sait quoi, n’intervient que dans les quelque cinquante dernières pages. Finalement, le prière d’insérer pourrait presque être considérer comme un spoiler puisqu’en dehors du mariage, de l’annonce de l’effondrement de l’économie et du pétage de plombs des requins de la finance, le récit n’apporte rien d’autre.

On peut reconnaître à l’auteur le mérite de porter à l’attention du lecteur un sujet contemporain essentiel. On pourrait aussi l’accuser de surfer sur la tendance. Quoi qu’il en soit, son attaque de la haute finance et sa diabolisation déjà consommée des traders est moralisatrice sans être amusante et la morale, convenue, manque de finesse. Fâcheux pour une satire. Sans compter que cette sorte d’allégorie cruelle et grotesque sur le déclin des sociétés occidentales ne fait qu’observer sans vraiment analyser. Les mots de l’auteur, à la dernière page du livre, parlent d’eux-mêmes : « Et qu’avait-il prouvé par là ? Avec cette histoire triste et pleine de tragiques hasards ? Une histoire qui ne délivrait aucun enseignement. »

Dommage, notre monde violent et cynique méritait bien une mythologie eschatologique !

Vous aimerez sûrement :

L’idiot du palais de Bruno Deniel-Laurent, Six jours de Ryan Gattis, Là où tombe la pluie de Catherine Chanter, Ressources inhumaines de Frédéric Viguier, Debout-payé de Gauz, White trash de John King, Regarde les hommes mourir de Barry Graham, Travaux forcés de Mark SaFranko, Un génie ordinaire de M. Ann Jacoby, Rainbow warriors d’Ayerdhal…

Extraits :

« Les livres sont un excellent moyen pour engager la conversation. »

Le fait d’avoir vécu quelque chose ne veut pas forcément dire que l’on en mesure la signification.

Un grand merci aux Éditions Autrement pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Merci de partager vos avis, remarques, etc. Je vous répondrai toujours et avec plaisir !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s