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plus loin, plus prèsPrésentation de l’éditeur : Aujourd’hui, ma grande sœur a décidé de mourir. C’est moi qui l’ai trouvée et depuis je ne tourne pas rond. June avait une vie parfaite, bien plus belle que la mienne, alors pourquoi ? Je croyais la connaître par cœur et je me suis trompée… Pourtant, il y a une chose dont je suis tout à fait sûre : June n’a pas pu m’abandonner. Elle m’a forcément laissé un signe, quelque chose, elle me tend la main quelque part. Peut-être en Californie où elle rêvait d’aller vivre. Ma meilleure amie est de mon avis et Jake, ce confident secret de June, est d’accord aussi. Alors, même si pour trouver ce que je cherche on doit traverser tout le pays et aller jusqu’en Californie, on va le faire. Ensemble.

Éditions Mosaïc – 288 pages

Depuis le 27 mai 2015 en librairie.

Ma note : 4,25 / 5

Broché : 12,90 euros

Ebook : 8,99 euros

Quel que soit le degré de noblesse que l’on attribue à la littérature, cet art n’en répond pas moins aux basses logiques mercatiques. Suivant le principe de l’offre et de la demande, un best-seller n’est ni plus ni moins qu’un contenu rédactionnel ayant répondu avec pertinence aux attentes le plus souvent émotionnelles d’un lectorat massif. Le raisonnement purement financier, qui tend à prévaloir malheureusement également dans le milieu éditorial, conduit à réduire un blockbuster à son plus simple appareil et à décliner ce fil conducteur érigé en recette à toutes les sauces. L’on assiste ainsi à la naissance d’une véritable mode emplissant les étagères des librairies de produits relativement identiques, au détriment le plus souvent de la qualité de création. Ces mainstream littéraires s’observent chez tous les publics, mais le plus souvent au rayon young adult / new adult.

Après le mommy porn (Cinquante nuances de Grey, Beautiful bastard, After…) et la bit-lit (Twilight, Journal d’un vampire, Night world…), c’est au tour de la sick-lit de devenir un véritable symptôme des publications notamment jeunesse, initié par l’immense succès de Nos étoiles contraires de John Green. Un phénomène à double tranchant. Si les livres évoquant des sujets réalistes tels que la maladie physique (cancer, sida…), psychique (anorexie, dépression…) ou le deuil (mort naturelle, suicide) peuvent se révéler de formidables outils pédagogiques, la surenchère risque de conférer à des sujets tristes et graves un caractère romantique, de les rendre glamour dans l’esprit d’un public immature et fragile. L’idéal pour l’équilibre étant, comme pour l’alimentation, de varier les plaisirs ; ne parle-t-on d’ailleurs pas de nourriture spirituelle ?

Cette longue introduction, une fois n’est pas coutume, pour dire que si le premier roman de Hannah Harrington appartient à ce genre tendance, il fait partie du haut du panier et n’est donc nullement déconseillé, bien au contraire.

Plus loin, plus près est, à la différence de ce que peut laisser entendre la présentation du livre, davantage axé sur le deuil que sur le suicide adolescent. Ouvrant sur l’enterrement de la sœur de l’héroïne, le récit ne cherche pas à justifier un acte qu’il est souvent difficile d’expliquer rationnellement mais appréhende avec finesse et intelligence le deuil des vivants, le conflit d’émotions telles que la tristesse évidemment mais aussi la colère et la culpabilité qui découle souvent d’une telle tragédie, ainsi que les étapes de la reconstruction.

Histoire d’alléger un peu un sujet plombant, d’éviter l’écueil du larmoyant et d’enseigner que pendant et après la mort des uns, la vie des autres continue malgré tout, la primo-romancière fait s’évader en douceur son drame vers un peu plus de frivolité et beaucoup d’énergie positive en incorporant de la chick-lit ou romance dans son acception qualitative.

Métaphore parfaite du cheminement intérieur, c’est un road trip en direction de San Francisco sur fond de playlist rock’n’roll très oldies but goodies en compagnie d’un trio détonant qui est le prétexte à ce roman d’apprentissage complet. Il explore de nombreuses étapes de la structuration vers l’âge adulte et permet d’appréhender les ensembles contraires de l’existence, entre joie et peine, espoirs et regretsresponsabilités et lâcher-prise, vie et trépas

Les délicates et pertinentes réflexions sont nombreuses et étonnantes de maturité pour une auteur d’à peine un quart de siècle. C’est sans doute aussi grâce à cette fraîcheur qu’elle colle si bien à son lectorat en créant des personnages attachants, justes et complexes tant du point de vue de leur psychologie que de leur tonalité, qui se font le miroir réaliste du mal-être et des incertitudes propres à l’adolescence (difficulté à exprimer ses émotions, à communiquer, à s’entendre avec les adultes en général et les parents en particulier…) mais aussi de son infatigable enthousiasme et de ses folies.

Autour des thèmes aussi vastes qu’inépuisables de la vie, de la mort, de l’amitié et de l’amour, l’auteur bâtit un roman émouvant, à la fois léger et sérieuxultra contemporain et intemporel. Entre autres jolies choses à retenir de son texte, cette leçon d’évidence qu’on s’acharne à oublier : la vie ne tenant qu’à un fil, il est important de ne jamais se coucher fâché avec les gens qu’on aime. Hannah Harrington démontre également que l’on peut apprendre à mieux connaître une personne même après sa disparition, que les apparences sont souvent trompeuses ou encore que l’intelligence passe par l’acceptation de la différence… Et bien plus encore !

A priori déprimant, Plus loin, plus près est finalement un feel good book en bonne et due forme. Écriture, rythme, intrigue, tout est parfaitement mesuré pour tourner les pages sans s’arrêter. Un premier pas concluant chez les Éditions Mosaïc qui prouve que l’éditeur culte Harlequin a su évoluer avec son temps, élargir sa cible et se départir d’un registre décrié entre mièvrerie et sensiblerie.

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Amelia de Kimberly McCreight, Muette d’Éric Pessan, Le roman de Boddah d’Héloïse Guay de Bellissen, Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig, Casting mortel de Thierry Crifo, Les coeurs fêlés de Gayle Forman, Entre Dieu et moi, c’est fini de Katarina Mazetti, Les ensembles contraires de Kris, Éric T. & Nicoby…

Un grand merci aux Éditions Mosaïc et à Netgalley pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre.

7 réflexions sur “Plus loin, plus près de Hannah Harrington

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