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ciseauxPrésentation de l’éditeur : À quinze ans, Raymond décide qu’il sera Hemingway ou rien. Et la nouvelle, avec ses silences têtus et ses fins en lame de rasoir, son genre de prédilection. Il a des envies d’ailleurs et la vie devant lui. On est à Yakima, dans le nord-ouest des États-Unis. Autant dire nulle part. Son ambition donne le tournis à Marianne, la petite serveuse de la boutique de donuts. « C’était le truc le plus excitant que j’avais jamais entendu. Pleine d assurance, je lui ai dit : Tu peux compter sur moi, Ray. » Les deux adolescents se marient quelques mois plus tard. Marianne est enceinte. Raymond n’a pas commencé à boire. Douglas, lui, vient d’obtenir le job de ses rêves : directeur littéraire d un magazine prestigieux. Les nouvelles qu’il reçoit l’irritent comme un vilain psoriasis. Pour calmer ses démangeaisons, il coupe, réécrit, sculpte avec ses ciseaux. « C’est leur voix. Leur voix, tu m’entends ? Mais c’est ma signature. » Quand il le rencontre, Ray peaufine son art dans l’alcool depuis près de dix ans et Marianne subvient aux besoins du ménage. Douglas va changer leur vie. Raymond Carver, Maryann Burk-Carver, Gordon Lish et la poétesse Tess Gallagher qui attend son heure en coulisses… Ciseaux raconte leur histoire : dans l’Amérique des années soixante à quatre-vingt, l’accomplissement de deux hommes en proie à une dépendance réciproque, un écrivain et son éditeur qui coupe ses textes au point de les dénaturer.

Éditions Fayard – 263 pages

Depuis le 22 août 2012 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 5 / 5 mention Coup de cœur

Broché : 19 euros

Poche : 6,80 euros

Ebook : 6,99 euros

É-pous-tou-flant ! Scotchant, Ciseaux de Stéphane Michaka est littéralement envoûtant.

Pourtant, ce n’est pas gagné d’avance. Primo, parce que la quatrième de couv’ (qui n’est pas la présentation ci-dessus) n’est pas plus alléchante que ça. Segundo, parce qu’il est difficile d’entrer dans le livre et que la tentation d’abandon est grande. Mais ! S’il ne faut pas insister coûte que coûte quand on n’accroche pas, il faut savoir laisser sa chance au produit. Il faut donc surmonter les quelque premières cinquante pages pour passer en l’occurrence de la circonspection à la fascination.

Malgré l’avertissement en début d’ouvrage précisant le caractère imaginaire de l’œuvre et des propos tenus par les personnages, une lecture rapide de la biographie de Raymond Carver met en évidence que les grandes lignes de la réalité sont respectées dans la fiction. Puisque les arrangements d’avec la vérité sont dans les détails, le pas est vite franchi pour se laisser croire que l’on a une biographie entre les mains. C’est pourtant bel et bien une biographie romancée ou un roman biographique selon et cette biografiction incite sérieusement à se lancer à l’assaut de la vraie vie et de l’œuvre véritable de Carver.

Le texte, splendide comme suggéré en introduction, entremêle les points de vue de Raymond Carver (dans son propre rôle), Marianne (alias Maryann Burk-Carver, l’épouse), Douglas (Gordon Lish, l’éditeur) et Joanne (Tess Gallagher, la seconde femme). Entre ces voix, des nouvelles (fictionnelles) de l’écrivain (système de mise en abîme qui rappelle Le Monde selon Garp de John Irving). Les relations de l’homme à ses femmes mais surtout de l’auteur à son éditeurcouple à part entière – sont formidablement décortiquées et mettent en évidence la différence ténue entre amour et haine. L’influence de la vie réelle sur l’œuvre est également retranscrite de façon passionnante.

Ce roman est tout simplement une traversée envoûtante d’une existence d’écrivain. Une performance brillante de Stéphane Michaka à ajouter à toutes les wish-lists qui se respectent !

Petite cerise sur le gâteau : la jaquette, extrait tout ce qu’il y a de plus authentique des « coupes de Gordon Lish sur la nouvelle Débutants, de Raymond Carver ».

Extraits :

L’hortensia étouffait sous les orties. La facilité avec laquelle il les sépara, rendant à la fleur sa liberté première, le surprit. Lui qui se refusait à couper dans ses écrits, gardant des phrases bancales au détriment de l’ensemble, découvrait les lois non négociables de la nature. Soit on arrachait, soit le fleur mourrait tout entière.

Robert comprit que le jardinage pouvait faire de lui un meilleur écrivain. Mais il n’écrivait plus. Ses journées, il les passait dans le jardin.

Je parie que vous lisez Kerouac, la nuit. Moi aussi, vous savez. Moi aussi, je laisse les livres vivre la vie à ma place.

A vrai dire, ce n’était pas aussi réfléchi. Je trouve toujours, après coup, des raisons à mes intuitions. Je leur passe une couche de glue pour qu’elles tiennent. Je suis, si on veut, une cérébrale post-sensuelle.

« La vie a cette façon curieuse de se moquer de nous. Mais tu sais quoi ? Je ne lui en veux pas. » Il a regardé à travers le hublot. « Non, je ne lui en veux même pas. »

J’aurais dû prendre un appareil photo de meilleure qualité. Ces trucs jetables, on ne sait jamais ce que ça va donner. Ils disent « jetables » sans préciser que c’est les photos que vous allez devoir jeter.

Un grand merci aux Éditions Fayard pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

5 réflexions sur “Ciseaux de Stéphane Michaka

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