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nous les enfants sauvagesPrésentation de l’éditeur : Une fois la drôle de bête glissée dans son sac, Linka songea qu’elle allait peut-être s’attirer de gros ennuis. L’article 1 était explicite : toute personne en contact avec une vie non humaine devait l’éliminer. C’était ainsi depuis que l’épidémie de PIK3 avait décimé la population et provoqué l’abattage de tous les animaux du pays. Non humaine, la bête l’était assurément, mais de quel animal s’agissait-il ? Même dans les vieux documentaires animaliers qu’on leur montrait à l’orphelinat, Linka n’avait jamais croisé ce drôle de poisson aérien qui changeait de forme à volonté. Elle l’avait appelée «Vive » et, malgré la surveillance constante dont elle faisait l’objet, la jeune fille était parvenue à la cacher. Avec Vive à ses côtés, Linka se sentait étrangement plus forte et capable d’affronter les menaces qui l’entouraient : Mme Loubia et le professeur Singre, prêts à« reconditionner » Linka au moindre faux pas ; les Brigades vertes et les Fantassins, toujours à l’affût des déserteurs et des rebelles ; et ce mystérieux Docteur Fury, un vagabond qui cherchait à récupérer Vive…

Éditions l’école des loisirs – 408 pages

Depuis le 2 septembre 2015 en librairie.

Ma note : 4 / 5

Broché : 19,50 euros

Si la tendance en littérature jeunesse, young adult, new adult ou quel que soit le nom qu’on lui préfère s’oriente désormais davantage vers le réalisme contemporain que vers le roman de genre (fantastique, paranormal, science fiction, thriller), l’engouement massif pour la dystopie n’a pas dit son dernier mot ; la sagacité et potentiel gage de succès résidant sans doute dans le syncrétisme, comme le propose Alice de Poncheville dans son nouveau livre Nous, les enfants sauvages.

Le présent mélange des genres réunit des éléments classiques monde futuriste sombre, société disciplinaire contrôlée, protagonistes orphelins, lutte pour la survie, révolte contre le système… – mais se démarque aussi avec une belle originalité. La grande différence d’avec les contre-utopies les plus célèbres est sans doute le fait qu’à aucun moment il n’y a lieu ni n’est même question de violence. Le soulèvement contre le totalitarisme décrit n’est en l’occurrence jamais qu’un combat idéologique et pacifique. De quoi rassurer les lecteurs les plus sensibles et réjouir les parents les plus réticents au registre.

Le grand point fort de Nous, les enfants sauvages est sans conteste sa thématique rarement traitée et pourtant nécessaire autour de la protection de l’environnement et des animaux. En imaginant les conséquences directement liées à certaines pratiques du monde actuel (élevage intensif pour la consommation, maltraitance des animaux, pollution par les pesticides, OGM, mensonge des autorités…), le roman s’érige en véritable fable philosophique d’anticipation. Il inculque l’expérience à l’échelle du temps qui consiste à apprendre du passé et à observer le présent pour mieux préparer l’avenir.

En utilisant le thème des animaux cher au public jeunesse, y ajoutant un soupçon de dimension fantastique avec la présence d’une créature extraordinaire et en imaginant un monde où toutes les espèces sont traquées et vouées à être éliminées, le texte génère une large palette d’émotions. Si le rythme de l’histoire n’est pas trépidant, le suspense est bien présent. Le seul bémol étant le dénouement un peu rapidement mené en comparaison du temps de mise en place de l’univers du récit, mais rien de rédhibitoire.

Entre hymne à la nature, au retour à la terre et manifeste révolutionnaire démontrant la légitimité de la résistance contre l’autorité quand celle-ci est mauvaise et qu’elle dicte des lois injustes, le texte d’Alice de Poncheville fait figure de pendant jeunesse de la philosophie naturaliste d’Henry David Thoreau, d’hybride parfait de Walden ou la vie dans les bois et de La désobéissance civile. Par le biais de personnages attachants, ce roman initiatique explore des notions fondamentales telles que l’amitié, le respect, la liberté, la vérité, la générosité, l’engagement

Recommandé pour les 12-16 ans – ce qui n’empêche nullement les bons lecteurs précoces ou les kidults de le lire –, ce texte émouvant servi par une belle et enrichissante écriture est une invite intelligente et poétique à la réflexion, à l’éveil de la conscience politique, civique et humaniste. Parce que permettre aux jeunes lecteurs d’avoir un angle de vue différent sur le monde qui les entoure et leur donner l’occasion d’avoir un regard critique et de se construire des opinions, c’est aussi ça, le rôle de la littérature jeunesse. Et parce que penser l’écologie, l’impact des humains sur la planète, la responsabilité des hommes pour la préservation de la faune et de la flore est plus que jamais une priorité. C’est en formant les générations d’aujourd’hui qu’on peut espérer avoir encore un monde, demain. Alice de Poncheville y contribue à sa mesure talentueusement avec un conte moderne prenant et éclairé, riche d’enseignements en tous genres.

Vous aimerez sûrement :

Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi, #8PM Effets secondaires de Jeff Sampson, Hunger Games de Suzanne Collins, Enfants de la paranoïa de Trevor Shane, Lunerr de Frédéric Faragorn, Chaque soir à 11 heures de Malika Ferdjoukh, Hier tu comprendras de Rebecca Stead, Les coeurs fêlés de Gayle Forman, Seuls de Gazotti et Vehlmann…

Extraits :

Sans imagination, nous ne pourrions pas avancer car nous serions incapables de nous projeter dans l’avenir.

Le regard des oiseaux, c’est… c’est comme si mille questions te tombaient dessus en même temps. Et mille réponses aussi ! Et pas forcément les réponses qui vont avec les questions !

– Une bête qui vous regarde, c’est comme si l’espace vous dévisageait. Tout l’espace condensé en un seul point, répondit Horste.

On hait avec plus de force ceux qu’on a aimés et qui vous ont déçu.

Un grand merci aux Éditions l’école des loisirs et à Babelio pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre

4 réflexions sur “Nous, les enfants sauvages d’Alice de Poncheville

  1. Bonjour j’adore ce livre. Il semble que vous ayez pris la mauvaise couverture. La bonne image de couverture se trouve sur le site de l’école des loisirs. Je connais Alice et sais qu’elle aime beaucoup Walden. Bravo pour votre texte et bien à vous, charles

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour votre visite et votre attention. Je n’avais absolument pas remarqué pour la couv’, je fais le changement dès demain. Et ravie de découvrir ce détail sur l’auteur, c’est toujours rassurant quand on pratique la recension amateure de savoir qu’on est un tant soit peu cohérent dans son analyse. Amitiés littéraires.

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  2. Pingback: Alice de Poncheville — Nous, les enfants sauvages – Anna de Sandre

  3. Excellent! Comment ne pas être touché par ce genre de « fiction » alors qu’autour de nous, loups, renards, ours, requins…sont sacrifiés, éradiqués, massacrés sous tous les prétextes?
    Merci pour votre analyse pleine de sens et d’humanité.

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