Home

etta et otto (et russell et james)Présentation de l’éditeur : Dans sa ferme du fin fond du Saskatchewan, Etta, 83 ans, n’a jamais vu l’océan. Un matin, elle enfile ses bottes, emporte un fusil et du chocolat et entame les 3 232 kilomètres qui la séparent de la mer. « J’essaierai de ne pas oublier de rentrer. » C’est le mot qu’elle laisse à Otto, son mari. Lui a déjà vu l’océan, il l’a même traversé des années plus tôt, pour prendre part à une guerre lointaine. Il comprend la décision de sa femme mais, maintenant qu’elle n’est plus là, ne sait plus comment vivre. Russell, l’ami d’enfance d’Otto, a passé sa vie à aimer Etta de loin. Il ne peut se résoudre à la laisser seule et part à sa suite. Et qui sait, peut-être pourra-t-il chasser le caribou en chemin. Bercé par le rythme des vagues, Etta et Otto (et Russell et James) vogue du souvenir à l’oubli. Un roman lumineux sur la mémoire, l’amour et la poésie des mots.

Traduit de l’anglais (Canada) par Carole Hanna.

Éditions Les Escales – 432 pages

Depuis le 22 octobre 2015 en librairie.

Ma note : 3,75 / 5

Broché : 21,90 euros

Ebook : 15,99 euros

Etta et Otto (et Russell et James) est le premier roman d’Emma Hooper. Edward Hopper était un célèbre représentant de la Scène américaine. En plus d’identiques initiales et de patronymes presque similaires, le grand peintre et la primo-romancière ont incontestablement en commun le naturalisme.

Derrière cette magnifique couverture se cache en effet un road trip pédestre aux travers des grands espaces canadiens. Une nature writing racontant une histoire toute simple, délicate et poignante, celle d’une vieille femme qui entreprend une longue marche en direction de la mer et de deux hommes qui l’aiment et attendent son retour chacun à leur façon. Et puis aussi celle d’un renard qui parle et chante comme un cowboy.

De sa prose épurée, Emma Hooper emmène le lecteur à la découverte de ses personnages, de leurs émotions et de leurs souvenirs. L’on découvre ce qui les uni et ce qui les a marqué au cours de leur vie. Au fil du récit, les mémoires se mélangent, les corps se délitent et la frontière entre réel et imaginaire est parfois mince, floue.

Mettant en scène ce trio au crépuscule de la vie, l’auteur entremêle savamment réalité et onirisme pour offrir une belle réflexion sur les liens qui se forgent au fil du temps et une exploration tristement objective du déclin physique et psychique de la vieillesse derrière laquelle on sent poindre l’angoisse d’une auteur pourtant jeune.

Ce trek dans les grandes prairies du Canada est une fresque nuancée, douce-amère de la vie rurale au cours de la première moitié du XXe siècle marquée de famine, d’épidémie, de crise économique ou encore de guerres, mais aussi d’amour et d’amitié. Autant d’événements, petits ou grands, traumatisants ou joyeux, sur lesquels se sont bâtis ces héros ordinaires. Parce que finalement, c’est un roman de la construction, une interprétation réaliste et poétique de l’existence, entre douceur et douleur.

S’il y a du mouvement dans ce roman, il y a toutefois peu d’action. Mais dans Etta et Otto (et Russell et James), tout est dans la contemplation et le ressenti, même si le suspense, dans une certaine mesure, est bien présent : comment va s’achever cette quête ? Si la gravité des sujets abordés est contrebalancée par des pointes d’humour et de fantastique, le récit reste cependant essentiellement réaliste. Le final est quant à lui infiniment poétique.

Il y a de la magie, du mystère et de la sagesse dans ce roman au charme et la lumière indéfinissables. Peut-être parce qu’au-delà d’une histoire délicate et brute, il s’agit d’une ode, d’un péan à la Nature et à la Vie ?

Vous aimerez sûrement :

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, La maison de terre de Woody Guthrie, Les Années Foch de Jean-Pierre Montal, Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig, La variante chilienne de Pierre Raufast, La Silencieuse d’Ariane Schréder, Les déferlantes de Claudie Gallay, Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois, Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent, Le Voltigeur de Marc Pondruel, Les lisières d’Olivier Adam, Petit art de la fuite d’Enrico Remmert, L’amour sans le faire de Serge Joncour

Extraits :

Otto avait grandi parmi quatorze frères et sœurs. Ils étaient quinze en tout, lui inclus. C’était l’époque où la grippe s’était installée et ne voulait plus partir, où le sol se desséchait plus que d’habitude, où les banques se vidaient, où les épouses des fermiers perdaient plus d’enfants qu’elles n’en gardaient. Alors les familles s’obstinaient et essayaient, pour cinq grossesses, trois bébés, et pour trois bébés, un enfant. La plupart des femmes de fermiers étaient enceintes la plupart du temps. La silhouette d’une belle femme était, à cette époque, une silhouette pleine de possibilités. La mère d’Otto n’échappait pas à la règle. Belle. Toujours pleine.

Pourtant les autres fermiers et leurs femmes la considéraient avec méfiance. Elle était maudite ou bénie ; surnaturelle, disaient-ils par-dessus leurs boîtes aux lettres. Parce que la mère d’Otto, Grace, n’avait perdu aucun de ses enfants. Pas un seul.

Vous n’auriez pas vu une femme âgée, voyageant seule, couverte de poussière, sans doute, qui serait passée par ici ou se serait même arrêtée… ? Attendez, j’ai une photo.

Russell sortit son portefeuille de sa poche arrière et en tira une photo noir et blanc usée coincée entre deux billets de cinq dollars.

C’est elle, dit-il. Ca date un peu bien sûr. Seulement la dame, pas le monsieur.

Sur la photo, Etta portait une sorte de robe tailleur couleur ivoire. Jupe crayon, chemisier et veste cintrée. Elle souriait. C’était sa photo de mariage. Russell l’avait prise lui-même.

Elle a environ soixante ans de plus. Mais c’est elle.

Un grand merci aux Éditions Les Escales et à Netgalley pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

7 réflexions sur “Etta et Otto (et Russell et James) d’Emma Hooper

    • J’étais en pleine réflexion à propos de mon système de notation que je pensais revoir et tu me confirmes que c’est nécessaire. Une appréciation sur cinq ne semble pas assez intelligible. Mais rassures-toi, si l’on convertit sur 20, j’attribue quand même un 15 à ce roman. Ce qui est plus qu’honorable ! Tu peux donc t’apprêter à lire un vrai bon roman, sans inquiétude.

      J'aime

      • Il est vrai que la notation est relative et difficile. Je prends intérêt à partir de 4/5 (il est vrai que tu n’en est pas loin) parce qu’il y a tant de livres à lire. Maintenant, je prends davantage en compte les chroniques des lecteurs que la notation.

        Aimé par 1 personne

        • Oui ce n’est pas vraiment représentatif au final. Je ne sais pas si je bascule sur vingt ou si je supprime la notation… En même temps, les mots aussi sont trompeurs. Parfois, je suis assez laudative et ma note est moyenne. Et d’autres fois, j’ai les mots durs et la note n’est pas mauvaise. Je crois que je vais garder les deux quand même…

          J'aime

  1. Pingback: Journal de la canicule de Thierry Beinstingel | Adepte du livre

Merci de partager vos avis, remarques, etc. Je vous répondrai toujours et avec plaisir !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s