Home

melville streetPrésentation de l’éditeur : Là-bas, aux antipodes, certaines personnes handicapées habitent en colocation de quatre ou cinq des maisons dispersées en ville, où des assistants se relaient pour les aider à appréhender la vie quotidienne. À Dunedin, Nouvelle-Zélande, nous partageons avec le narrateur – un Français – les jours et les nuits de Melville Street et de ses habitants : Tommy-dans-son-fauteuil et Tommy-debout, Chesley, Jon, Carolyn. Au rythme des rites journaliers et des péripéties déconcertantes, aux frontières de «normalité» et d’«anormalité», des vies se croisent, se chevauchent ou se heurtent, et tentent de s’accommoder de l’hypocrisie persistante de la société. Un humour tendre, ou plus corrosif, imprègne ce peu commun journal de bord de son parfum doux-amer. Et le cheminement du narrateur, qui découvre la complexité – et parfois la violence – de ses propres réactions, nous aide à décrypter le regard que nous portons sur la différence.

Éditions Sulliver – 177 pages

Depuis le 10 octobre 2015 en librairie.

Ma note : 2,75 / 5

Broché : 15 euros

Faire la recension d’un premier roman sur le thème du handicap n’est pas chose aisée. N’est-il pas dérangeant, inconvenant, de tirer sur l’ambulance d’un sujet que l’on se doit de défendre ? C’est sans doute pourquoi les rares critiques de Melville Street, titre passant complètement inaperçu, sont assez élogieuses. Tant mieux pour l’auteur Xavier Deville, tant mieux pour la cause. Est-ce parce que je suis moi-même en situation d’incapacité physique que je ne me sens pas obligée d’encenser ce livre ? Probablement. Je ne peux plus savoir comment j’aurais pensé en tant que valide…

Parce qu’on ne regarde que trop rarement autre chose que son nombril, j’ai cru que Melville Street parlait de handicap moteur. Le prière d’insérer laisse d’ailleurs planer le doute puisqu’on évoque seulement des fauteuils et des colocations assistées. Sauf que le cadre de la narration n’est pas un lieu de vie standard aménagé pour des personnes dites « normales » vivant une vie « conventionnelle » mais un centre de handicapés mentaux qui bien souvent se coltinent de surcroît des infirmités motrices. Non pas que le sujet soit moins intéressant. Mais la thématique est sensiblement différente.

Outre le fait que par conséquent l’identification espérée n’était pas du tout au rendez-vous, le texte ne m’a pas plus accrochée que ça. Le classement du récit au rayon littérature pose problème. L’auteur a travaillé en Nouvelle-Zélande dans un centre de séjour pour handi en tant que musher et pilote de parapente spécialisé en vol fauteuil. Son personnage, « un Français », est assistant de vie dans un centre néo-zélandais. Pourquoi ne pas choisir le témoignage ? D’autant que si l’on choisit l’autofiction, il faut… de la fiction ! Or en la matière, c’est un simple et unique journal de la routine en centre et des impressions du narrateur confronté à la différence. Pas de rebondissements inattendus ou de vie personnelle parallèle. Juste des portraits, certes délicats quoique précis, sans condescendance ainsi que des situations relativement et tristement répétitives.

Et pourquoi ce double littéraire dont le lecteur ne saura rien : ni ce qui l’a conduit et motivé à accepter ce travail, ni ce qu’il vient faire en Nouvelle-Zélande, ni pourquoi il en repartira, ni ce qu’il retiendra de cette expérience tant culturelle que professionnelle. Même pas son prénom ! Seulement ses sentiments à l’égard de son travail, des personnes qu’il gère au quotidien et de ses collègues.

Évidemment, si l’on écrit un livre sur le handicap, on le fait pour y mettre de l’humanité, de la tendresse et un savant dosage d’humour pour ne pas offusquer, pour mettre à l’aise et dédramatiser autant que faire se peut. Sinon, il y a peu de chance qu’il soit édité. Melville Street n’échappe pas à la règle et il y a quelques passages bien sentis, fait de mots sobres et justes. Mais rien de révolutionnaire, c’est en quelque sorte le minimum syndical. Le tout reste convenu. Le récit demeure anecdotique, tiède.

Le ton est certes honnête, sans langue de boisparfois cru. Avec beaucoup d’humilité, de recul et d’honnêteté, l’auteur n’hésite pas à confier qu’à certains moments, les pensionnaires lui tapaient sur le système à un point tel qu’il lui est arrivé d’être borderline, au seuil de la violence, avant de réaliser qu’il était temps de partir et de changer de boulot. Il dénonce également, un peu mollement et sans les combattre, tant l’attitude des autres soignants ou encadrants que les décisions des administrateurs, toujours aux détriments des patients. De quoi choquer et désespérer un peu plus les familles déjà meurtries… Mais dans l’ensemble, faute de réel brûlot, c’est ennuyeux.

Dommage, le sujet était porteur. Ce type de démarche, littéraire ou autre, reste fondamental. Ne serait-ce que pour rappeler l’existence des handicapés qu’on préfère ignorer, oublier, cacher. Pour apprendre aux valides qu’on ne les détecte pas forcément au premier coup d’œil : 80 % des handicaps sont invisibles. Pour souligner que, quelle que soit la déficience, il est toujours question d’êtres humains respectables et que la différence ne doit pas conduire à l’exclusion. Qu’il faut oser en parler pour comprendre et ne pas s’isoler les uns des autres. Surtout quand les problèmes d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite sont aujourd’hui encore légion et que le projet de loi est sans cesse retardé, loin d’être une priorité. Par dessus-tout pour dénoncer les dérives de maltraitance, tant dans ce genre d’établissements que dans ceux qui accueillent des personnages âgées ou même en prison, qu’il s’agisse de négligence, de violence physique ou psychologique et autres abominations, au détriment de l’intégrité et de la dignité de la personne.

Vous aimerez sûrement :

Hors de moi de Claire Marin, Les mots qu’on ne me dit pas de Véronique Poulain, L’Agrément de Laure Mézarigue, Fugue d’Anne Delaflotte Mehdevi Du bleu sur les veines de Tony O’Neill, Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel, Juste avant de Fanny Saintenoy, Vous ne connaîtrez ni le jour ni l’heure de Pierre Béguin, Journal d’un corps de Daniel Pennac, Les Affreux de Chloé Schmitt, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie d’Hervé Guibert

Un grand merci aux Éditions Sulliver pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

9 réflexions sur “Melville Street de Xavier Deville

  1. Bonjour,
    J’ai pour ma part beaucoup aimé le récit de Xavier Deville, qui n’est en effet pas un témoignage mais un texte littéraire nourri d’une expérience mais pas seulement. J’ai trouvé votre commentaire souvent injuste et contradictoire : ainsi vous estimez que ce livre relève exclusivement du témoignage, du vécu… et plus loin vous regrettez qu’on n’ait aucune anecdote sur l’avant, l’après, les motivations, etc. Précisément, il s’agit plutôt de rendre compte d’une expérience humaine singulière, décrite avec sobriété, à travers notamment cinq forts portraits des locataires de Melville Street. Ce n’est pas appuyé, et cela en a pour moi d’autant plus de force.
    Rien à voir donc avec un manifeste, un plaidoyer… Mais un texte très travaillé, qui, en écartant le plus possible l’anecdotique, renvoie à des réflexions universelles sur l’incompréhenion entre les êtres, la difficulté à entendre, comprendre, accepter l’autre.
    DM

    Aimé par 1 personne

    • Mais tant mieux pour l’auteur. Heureusement que pour tous les artistes, tous les goûts sont dans la nature ! Je ne vois pas pourquoi mon opinion serait injuste sous prétexte qu’elle n’est pas la vôtre ou tout simplement hypocrite sous couvert de dire ce que l’un ou l’autre veut entendre. Ensuite, je ne vois pas ce qu’il y a de contradictoire dans mon propos. Oui je pense que c’est un témoignage. Et oui, je regrette qu’il ne soit que partiel. Et oui, rien à voir avec un plaidoyer, un manifeste ou un brûlot, c’est bien ce que je dis si vous lisez bien. Là encore, c’est ce que je trouve dommage. Il aurait pu (dû ?) être plus radical dans son appel à la tolérance. Tout ceci n’est que mon avis. On ne peut pas plaire à tout le monde. Ça vaut pour cette critique. Ça vaut pour le livre.

      J'aime

      • Injuste car elle refuse de voir le parti pris littéraire de l’auteur et que vous voulez à tout prix tirer le texte vers ce que vous auriez aimé qu’il soit. C’est méconnaître la liberté et l’originalité de l’artiste. Dire d’un artiste ce qu’il « aurait pu / dû » faire, je trouve ça un peu étonnant. Xavier Deville n’a pas choisi la radicalité, et sa retenue, sa façon de suggérer sans insister n’en est pas moins pertinente.

        J'aime

        • Finalement, ce que vous me reprochez de faire à l’encontre de ce texte est ce que vous faites à l’égard de ma chronique. C’est amusant… Je ne vois pas très bien comment on peut refuser un parti-pris. Ce qui est sûr, c’est que je ne l’apprécie pas, c’est mon goût, c’est mon droit et il n’y a pas mort d’homme. L’auteur (et ses proches dont vous pourriez être) est libre de ses choix créatifs et moi des mes opinions, qu’il demande indirectement en se produisant publiquement. Croire à l’approbation de tous serait de la naïveté bien orgueilleuse…

          J'aime

          • Précisément, je ne crois pas que la chronique (ou critique) soit seulement affaire d’opinion ou de goût. Elle relève d’une subjectivité objective. Et ce qui la fonde, c’est – entre autres – l’intention et le projet de l’artiste. Bien cordialement.

            J'aime

            • D’un point de vue professionnel, c’est l’idée. Mais je ne suis ni experte ni payée pour. Et je pense être plus soft que ceux dont c’est le métier et qui, par conviction forcément personnelle puisque l’objectivité est davantage un concept qu’une réalité, démollissent autrement plus violemment certains livres que moi. Concernant mon blog, qui est un hobbie, mon intention, mon projet, est de dire précisément ce que je pense de ma lecture. Je n’affirme pas l’universalité de mon avis. C’est ma mémoire de lectrice, disponible à la consultation. Je ne cherche pas à convaincre. Je ne souhaite pas être convaincue. Merci quand même pour votre visite.

              J'aime

  2. Pingback: Anomalie des zones profondes du cerveau de Laure Limongi | Adepte du livre

Merci de partager vos avis, remarques, etc. Je vous répondrai toujours et avec plaisir !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s