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là où tombe la pluiePrésentation de l’éditeur : En quittant Londres pour la campagne, Ruth et son mari Mark Ardingly pensent pouvoir reconstruire leur vie à La Source, une propriété qui les séduit instantanément. Le rêve est de courte durée : une sécheresse hors du commun s’abat sur le monde mais épargne mystérieusement leur terre qui reste fertile et luxuriante. Le couple doit affronter la jalousie de ses voisins agriculteurs, l’intrusion du gouvernement et surtout le fanatisme d’une secte, La Rose de Jéricho. Ses membres s’insinuent dans la vie de Ruth et Mark, de leur fille, Angie, et de leur petit-fils, Lucien. Les relations s’enveniment entre les habitants de La Source ; la tension monte et culmine en un crime odieux. Accusée de meurtre, Ruth est assignée à résidence. Seule dans cette enclave, elle entreprend de reconstruire le puzzle de la tragédie qui a détruit son mariage et sa famille, et se décide à affronter ses plus grandes peurs pour comprendre ce qu’il s’est vraiment passé cette nuit-là à La Source. Un premier roman obsédant et hypnotique servi par une écriture saisissante.

Traduit de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc.

Éditions Les Escales – 464 pages

Depuis le 20 août 2015 en librairie.

Ma note : 4,25 / 5

Broché : 21,90 euros

Ebook : 14,99 euros

Écrire et parvenir à faire publier un premier roman est en soit une gageure. Que sa parution s’inscrive au calendrier en pleine rentrée littéraire ajoute à la difficulté. Réussir à émerger dans ce magma éditorial relève dès lors de l’impossible. C’est pourtant le miracle qu’a réussi à accomplir Catherine Chanter avec Là où tombe la pluie.

Sauf que. Le succès international de cette nouvelle voix de la littérature s’explique tout ce qu’il y a de plus rationnellement. International car le roman de Catherine Chanter, dont le nom n’a de français que l’allure puisqu’elle est une auteur anglaise, a paru tout au long de l’année 2015 dans plusieurs pays avant d’être édité en France et s’est rapidement imposé sur ces différentes scènes littéraires comme un best-seller.

Ce huis clos introspectif est l’histoire de gens ordinaires pris dans la spirale infernale de situations extraordinaires. Plus envoûtant qu’haletant, ce récit tragique raconte la transformation d’un éden en enfer, du fait de la sécheresse et d’un meurtre. Au fil des souvenirs de la narratrice, dont le lecteur se demandera jusqu’à la fin si elle est sainte, sorcière, meurtrière ou normale, la quête de vérité est engagée.

L’originalité de Là où tombe la pluie réside dans son mélange des genres qui le rend inclassable. Drame familial, polar, thriller psychologique, roman noirsuspensescience fiction, fable, anticipation, dystopiefantastique… Autant d’étiquettes qui peuvent être légitimement accolées à ce scénario dense et inventif.

À la fertilité de l’intrigue s’ajoute l’abondance et la profondeur des thématiques abordées : rapports familiaux et humains, emprise psychologique, fanatisme, féminisme, amour, rédemption, folie, deuilerreur judiciaire, écologie, bouleversement climatique, gestion gouvernementale de crise, etc… Des sujets variés captivants et parfaitement liés entre eux permettant d’explorer les troubles d’une âme humaine, individuelle ou collective, en perdition.

En plus d’une incontestable créativité, Chanter fait monte d’une qualité d’écriture remarquable pour une primo-romancière. Mais si l’on prend en considération qu’elle est une femme d’expérience, qu’elle a étudié la littérature à Oxford, est enseignante et a remporté plusieurs prix Outre-Manche pour ses nouvelles et poèmes, son mérite n’en est pas moindre mais s’explique en partie. Son style très littéraire et poétique est au service de personnages fascinants, fouillés et finement nuancés d’un point de vue psychologique, du cadre bucolique et des ambiances ciselées, souvent oppressantes. L’atmosphère est renforcée par un rythme parfois volontairement lent. La narration emplie de tension est maîtrisée de bout en bout, le mystère plane et tient en haleine par de parcimonieuses révélations qui entraînent à soupçonner tour à tour chacune des figures car, rien n’étant jamais tout noir ou tout blanc, toutes ont leur part d’ombre. Le lyrisme de l’auteur permet au lecteur de partager avec les protagonistes une large palette d’émotions et d’états d’âme (plénitude, incompréhension, tristesse, colère, étouffement, culpabilité, jalousie, préjugés…).

Autant de qualités réunies en une seule plume ne pouvaient qu’aboutir à un roman accompli et saisissant. Ce changement climatique scénarisé, d’autant plus glaçant que sombrement visionnaire, est une invite urgente faite à tout un chacun à repenser l’utilisation responsable des ressources naturelles et à devenir des gardiens efficaces de ce qui nous est confié : la planète, les enfants, la justice… Si du point de vue du thriller, toutes les réponses sont apportées, l’on reprochera toutefois à la fable écologique de laisser en suspens quelques interrogations dans l’esprit du lecteur et d’offrir une vision pastorale désillusionnée, faisant du retour à la nature une utopie. Qu’à cela ne tienne, il s’agit bel et bien d’une révélation littéraire.

Vous aimerez sûrement :

Amelia de Kimberly McCreight, Une constellation de phénomènes vitaux d’Anthony Marra, La voleuse de livres de Markus Zusak, La Vallée des masques de Tarun Tejpal, Un passé en noir et blanc de Michiel Heyns, La fille américaine de Monica Fagerholm, Le bonheur illicite des autres de Manu Joseph, L’amour sans le faire de Serge Joncour, Avant d’aller dormir de S.J. Watson, Le complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood, À moi pour toujours & Les revenants de Laura Kasischke, L’arbre au poison d’Erin Kelly…

Extraits :

Parce que j’éprouvais la sensation d’être reliée quand j’étais en ligne, ce qui était à la fois une affirmation et une addiction, indépendamment du débit de la connexion. C’est cela, la vérité. Les psychiatres évoquaient une troisième personne dans notre mariage. Parfois, je me dis que cette personne, c’était le Web.

– L’Ecclésiaste. Rien qui concerne une poignée de poussière. Quelque chose qui peut être bien utile de se rappeler dans la vie. J’y pense presque chaque fois que je gravis cette colline. « Il y a un moment pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel : un temps pour enfanter, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher le plant ; un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour détruire, et un temps pour bâtir ; un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour gémir, et un temps pour danser… »

Un grand merci aux Éditions Les Escales et à Netgalley pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

7 réflexions sur “Là où tombe la pluie de Catherine Chanter

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