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les années fochPrésentation de l’éditeur1995. Pierre, 20 ans, débarque à Paris pour retrouver la trace d’Anne, son amie d’enfance disparue depuis plus d’un an. Ses recherches le conduisent Avenue Foch. Il découvre l’envers nocturne de cette luxueuse adresse : les prostituées, les « aventuriers » du Bois de Boulogne, les riverains fortunés, les fêtards égarés les policiers du Club de tir en sous-sol, les gardiens d’ambassades et même Gérard de Villiers ou le musicien Prince… Tous se croisent dans cet univers parallèle que dessinent les contre-allées, fait de recoins sombres et de secrets. Pierre rencontre ainsi Hélène, une prostituée, et Michel Damborre, dandy fatigué et charismatique. Tous deux ont bien connu Anne et s’efforcent de le cacher au jeune homme. Un drame lui permettra de découvrir la vérité sur son amie et de comprendre son parcours. Celui d’une enfant perdue des années 1990, comme lui.

Éditions Pierre-Guillaume de Roux – 192 pages

Depuis le 20 août 2015 en librairie.

Ma note : 3,5 / 5

Broché : 20,90 euros

Pour son premier roman Les Années Foch, le co-fondateur des Éditions Fromentin Jean-Pierre Montal s’attaque à une thématique temporelle négligée par la littérature : les années 1990. Coincées entre des années 2000 – Y2K – qui ont été rêvées et anticipées à toutes les sauces, surtout les plus futuristes, et des années 1980 – eighties – culturellement marquées, ringardisées ou adulées, que l’on ne finit pas de recréer sous le signe de la nostalgie façon vintage kitch ou trip régressif, difficile pour cette décade d’exister en tant que telle. Ces nineties ont pourtant été, par exemple, le théâtre d’un mouvement social (manifestations, grèves) contre le plan Juppé de 1995 d’une ampleur inédite depuis Mai 1968. Loin de toute vacuité, l’auteur s’y engouffre, le lecteur à sa suite et il y est forcément question de souvenirs.

En contrepoint d’une époque délaissée, s’ajoute un lieu mythique : l’avenue Foch. Véritable microcosme duel, entre bourgeoisie et pègre, luxe et misère, élégance et vulgarité, légalité et clandestinité, ombre et lumière… la célèbre chaussée parisienne du non moins illustre jeu de société Monopoly, peuplée de résidents BCBG, clients du Bois de Boulogne, simples passants, flics, mafieux, employés d’ambassades, escorts et autres fêtards, est une fresque qui ne demandait qu’à être brossée.

Partout comparé à Modiano, Montal, dans mon ignorance Fleur-Pellerinesque, n’est que Montal et c’est déjà pas mal. Le charme discret de son roman tient moins aux destins croisés selon les bonnes recettes littéraires (mélange générationnel, quête identitaire, aventure, sexe, sang, amour, amitié, mort…) de ses personnages évanescents qu’à l’évolution de ce quartier symbolique aux univers parallèles dont on observe la mutation à un quart de siècle de distance. Du passé prestigieux à l’anticipation de proches lendemains qui font froid dans le dos, l’auteur évoque le temps qui passe et formule une critique à peine déguisée d’un monde moderne aliéné. Entre jolies tournures et belles descriptions, c’est toute l’atmosphère d’un endroit et d’un temps, finissants si ce n’est révolus, où l’on pouvait croiser des Boni de Castellane en son Palais rose, des Gérard de Villiers entre deux SAS à écrire ou des Prince entre deux concerts, qui est capturée avec délicatesse et mélancolie. Un premier roman feutré sur un passé dépassé mais pas suranné, un travail de mémoire au parfum doux-amer entre reliques de jeunesse et stigmates d’un monde en perdition.

Vous aimerez sûrement :

Muette d’Éric Pessan, La variante chilienne de Pierre Raufast, La Silencieuse d’Ariane Schréder, Les déferlantes de Claudie Gallay, Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois, Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent, Le Voltigeur de Marc Pondruel, Les mots qu’on ne me dit pas de Véronique Poulain, La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, Quatre mursLes Séparées de Kéthévane Davrichewy, La mauvaise rencontre de Philippe Grimbert, Un buisson d’amarante d’Adrien Sarrault, Les lisières d’Olivier Adam, Petit art de la fuite d’Enrico Remmert…

Extraits :

Les hommes ne se séparent de rien sans regret, et même les lieux, les choses et les gens qui les rendirent les plus malheureux, ils ne les abandonnent point sans douleur.

Guillaume Apollinaire

– (…) C’est la grande affaire de ma génération, ça… (…) Les maisons de campagne. Une vraie folie. Il fallait aller s’ennuyer dans un autre endroit. Une autre messe du dimanche, en plus long.

– Et personne n’a pensé à classer le Palais rose, comme monument historique ?

– Il y a eu des projets. Mais c’est mieux comme ça, non ? Il faut s’y faire : un monde plus juste est un monde plus laid. On ne peut pas gagner sur tous les tableaux.

– Plus juste, avenue Foch…

– Pourtant, on loge ici plus de monde que la seule famille Castellane. C’est un progrès, non ?

J’avais l’accent, l’humour et les manières de la petite bourgeoisie britannique qui voulait découvrir Paris en bus. Je savais être polie, propre sur moi puis graveleuse quand il le fallait. Ça ne s’apprend pas sur le tard, ça. Rien ne réjouit plus un Anglais qu’une blague salace au bon moment. Mais si le rythme n’est pas le bon, il vous regarde de haut et vous pouvez toujours rêver pour prendre le thé avec lui.

Il faut avoir très peu vécu pour se croire original.

Mon père lisait Le Point par choix mais s’abonnait aussi en Nouvel Observateur « pour équilibrer les points de vues ». « Il ne faut pas trop se faire remarquer », « nous ne sommes pas à plaindre mais pas riches non plus », « les mots dépassent vite les pensées »… son arsenal semblait infini. La modération poussait à cet extrême est plus dévastatrice que l’éducation à la schlague. Elle donne des envies de catastrophe.

« Il faut fuir les modestes et les empathiques patentés. Ce sont les deux plaies de la fin de ce siècle »

La liberté ne convient pas aux gens comme moi. Nous n’en faisons rien de bon.

Annie, elle aussi, m’avait confié que, déjà toute petite, elle adorait la distance que crée le coaltar avec le reste du monde. Nous avions, quelque part, tapi dans les gènes, le goût de l’excès. Plus exactement, nous savions en apprécier les vertus. Ce n’est pas donné à tout le monde. « Pousse le bouchon trop loin, il t’en ramènera toujours quelque chose »

Il existe plusieurs façons d’être prisonnière, la plus désespérante consiste à se croire encore libre.

« Je m’en fous d’avoir une vie merdique. Ce qui m’ennuie, c’est de l’avoir toujours su. »

Voilà révélé le secret de l’enfance et par un ricochet plus douloureux celui de l’âge adulte : l’être humain de plus de quarante ans ne recycle plus rien en soif d’existence. Quand la vie déborde de son cours quotidien, il regarde, attend, s’en remet à la décrue.

Un grand merci aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

2 réflexions sur “Les années Foch de Jean-Pierre Montal

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