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enfants de la paranoïaPrésentation de l’éditeur : Règle un : on ne tue pas les innocents. Règle deux : on ne tue pas les ennemis de moins de 18 ans. Depuis des siècles une guerre clandestine, ignorée du commun des mortels, oppose deux anciens clans qui se déchirent au nom du Bien et du Mal. Des deux côtés : des assassins endoctrinés et entraînés dès leur plus tendre enfance à haïr et détruire le camp adverse. Joseph, vingt-trois ans, est l’un de ces tueurs d’élite. Il ne connaît qu’une réalité : tuer ou être tué. Mais alors qu’il retrouve ses deux plus proches amis pour quelques jours de vacances dans le New Jersey, il tombe dans une embuscade. Échappant de peu à ce piège mortel, il est envoyé en mission à Montréal où il rencontre Maria, une jeune innocente de dix-sept ans. Pour la première fois, Joseph découvre l’amour… et le doute. S’il veut protéger la femme qu’il aime, il doit abandonner la vie qu’il a toujours connue et trahir ses frères d’armes. Osera-t-il transgresser les règles ?

Éditions Michel Lafon – 363 pages

Depuis le 12 avril 2012 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 4,5 / 5

Broché : 19,95 euros

Enfants de la paranoïa, tout premier roman de Trevor Shane, est surprenant à plus d’un titre.

Primo, ne pas se fier à la couverture aux allures de roman jeunesse, il n’en est rien. Il n’est d’ailleurs pas conseillé à des lecteurs de moins de 16 ans. Young adult tout au plus.

Segundo, ne pas s’attendre à obtenir le fin mot de l’histoire. Aucune indication en jaquette, pas plus qu’en postface et pourtant, il s’agit bien du premier tome d’une trilogie poussant à l’extrême les dérives possibles de notre société ultra-violente – même s’il serait concevable que l’histoire s’en tienne là malgré les interrogations laissées en suspens.

Enfin et surtout, ne pas croire à un thriller manichéen s’appuyant sur le cliché de l’opposition entre le bien et le mal même si le choix des prénoms des protagonistes (Joseph, Maria, Christopher) laisse un peu à désirer. L’histoire n’est ni gentillette, ni banale.

Ces points étant éclaircis, le plus surprenant de ce roman est sans doute sa qualité.

Enfants de la paranoïa est un page turner oppressant et sombre qui prend aux tripes dès les premières pages. Écrit sous forme de journal, il retrace le parcours du « soldat » d’une guerre dont les tenants et les aboutissants sont obscurs tant pour le lecteur que pour ceux qui la mènent et la subissent. Tout au long de la lecture, se pose la question du bien-fondé de ce combat suivi au rythme angoissant du tueur. Grâce un subtil mélange de suspense, de violence et de romance, la chasse à l’homme prenante est parfaitement cadencée. La narration est servie par une écriture soignée et fluide, simple et efficace. Les personnages sont attachants même si l’ambiguïté demeure sur leur réelle bonté. L’atmosphère très noire, très fataliste, sans note d’humour pour alléger l’ambiance, permet de ressentir au plus prêt les doutes, les angoisses et la paranoïa des personnages. Les forts sentiments suscités font froid dans le dos et coupent le souffle. L’auteur relève ici le défi d’en dire assez pour impliquer avec force dans l’histoire sans en dire trop pour que les tomes suivants soient à la hauteur de ce premier opus. Ce qu’on ne peut qu’espérer…

Le plus de cette lecture entre polar et fantastique est d’offrir deux niveaux de lecture. L’on peut se contenter de l’aventure bourrée de suspense, de l’histoire palpitante de survie sanglante. Mais l’on peut également passer au-delà de l’intrigue et lire une véritable critique de la société. L’écrivain, par ses partis pris, fait de son roman une allégorie sartrienne selon laquelle l’enfer, c’est les autres. Il dénonce métaphoriquement avec beaucoup de justesse l’absurdité de la violence, le fait que les soldats de toutes les guerres, de tous les camps, sont persuadés de se battre pour la justice, sans trop savoir laquelle. Il met également en évidence la manipulation des gouvernements qui utilisent la paranoïa, la peur et le désir de vengeance pour conserver leur pouvoir et la paix intérieure. Il critique magistralement l’époque contemporaine avec ses guerres sans réelles valeurs, ses régimes manipulateurs et ses combattants fanatiques endoctrinés. Et surtout, il fait l’apologie du doute comme clé de la liberté – au moins morale.

Le crescendo brillamment opéré et le final explosif de cette dystopie prenante laissent abasourdi et donnent envie de dévorer la suite. Malheureusement, ce premier opus semble voué à rester un one shot pour les non lecteurs anglophones puisque les tomes suivants ne seront manifestement pas traduits et édités. Étonnant eu égard à l’accueil enthousiaste réservé par les lecteurs. Et surtout frustrant.

Extrait :

– J’ai envie de toi, ai-je dit en te relevant et en t’embrassant.

Puis je t’ai soulevée dans mes bras et je t’ai emportée dans la chambre. J’étais décidé à reprendre le dessus, mais tu l’étais encore plus à me conquérir. Nous sommes tombés sur le lit. J’ai essayé de me glisser entre tes jambes. Tu as déjoué ma manoeuvre, et tu m’as chevauché, les mains sur mon torse. J’ai saisi ta poitrine entre mes mains, passé mes lèvres et ma langue sur tes seins. Tu as étouffé un cri. Je voulais te regarder dans les yeux, mais je ne pouvais empêcher mon regard d’errer sur ton corps. Tu avais la peau pâle, mais sans défaut. Haletante, cambrée, tu étais là, nue devant moi. Si ton but était de me posséder, de me marquer à jamais comme ta propriété, il aurait été atteint, si je n’avais déjà été marqué à ton fer.

Un grand merci aux Éditions Michel Lafon de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre.

Une réflexion sur “Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

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