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cosima, femme électriquePrésentation de l’éditeur : Incarnation de l’héroïne moderne, Cosima fut tout à la fois femme adultère, épouse attentionnée, mère de famille hantée par la mort, femme d’intérieur et femme de tête. À l’étroit dans sa vie domestique, mais allant au bout de sa passion, elle fut la plus proche confidente de son mari, Richard Wagner, et dirigea avec poigne de Festival de Bayreuth jusqu’en 1930, année de son décès. Ainsi alla son destin, qui se mêle au destin artistique, intellectuel et politique de l’Europe dans son versant le plus flamboyant comme le plus tragique. L’histoire de Cosima s’achève sur l’avenir crépusculaire de la famille Wagner pendant la Seconde Guerre mondiale et l’effondrement du IIIe Reich. Ni autofiction, ni roman, ni essai historique, ce livre est un hommage à l’énergie des femmes et un portrait de biais de cette personnalité ambiguë, touchante ou détestable. Fidèle à son univers de fascination et de relecture critique des grands mythes du XXe siècle, Christophe Fiat signe là, dans son style incomparable, une reconstitution historique traversée du souffle épique qui emprunte à la vie artistique de l’Europe moderne autant qu’à la littérature ou au cinéma.

Éditions Philippe Rey – 171 pages

Depuis le 4 avril 2013 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 4,5 / 5

Broché : 16 euros

Ebook : 11,99 euros

Si l’éclectisme comme philosophie de vie se retrouve aussi dans ma bibliothèque, j’affiche malgré tout quelques préférences ; évolutives non parce que l’on se renie mais que l’on devient davantage soi avec le temps comme le disait justement Joyce Carol Oates. J’affiche ainsi un penchant maintes fois revendiqué pour les premières œuvres – auxquelles j’ai même consacré une catégorie. Moins affiché – encore que – parce que cet attachement croissant est relativement récent, mon goût prononcé pour les romans biographiques ou biographies romancées, romans extrêmement bien documentés mettant en scène des personnages plus ou moins célèbres, s’inspirant largement des faits réels tout en s’autorisant des libertés narratives et permettant d’aborder histoire et culture générale de manière moins rigide, moins factuelle. Cosima, femme électrique est de ceux-là.

Après un ouvrage intitulé Héroines (actuellement indisponible) consacré à Courtney Love, Sissi, Wanda de Sacher-Masoch, Isadora Duncan et Madame Mao, femmes puissantes et provocantes chacunes à leur manière, Christophe Fiat profite de l’Année Wagner (2013 marque le bicentenaire de la naissance du compositeur allemand) pour rendre hommage à une autre femme d’envergure, Cosima, faisant un peu revivre, par le prisme de celle qui fut sa maîtresse avant d’être sa femme, l’un des plus grands génies de la musique classique européenne.

Parce que Cosima écrivit pendant la plus grande partie de sa vie des dizaines de cahiers personnels, l’auteur a naturellement choisi la forme du journal intime pour plonger le lecteur au cœur de l’existence, des pensées et des émotions de Madame Wagner.

Quelle femme ! Fille de Marie d’Agoult et de Franz Liszt (autre monstre sacré de la période romantique), d’abord , c’est aux côtés de Richard, envers et contre tous, que Cosima prit toute sa mesure. Couple fusionnel et passionné, protégés et financés par Louis II de Bavière, ils entretinrent des amitiés aussi prestigieuses que celle d’avec Nietzsche et fondèrent ensemble, non sans mal, l’immense festival lyrique de Bayreuth.

Entière et ardente, Cosima aima inconditionnellement Richard, de ses vertes années jusqu’à sa mort ; elle fut pour lui maîtresse, femme, amie, amante, confidente, un peu mère, surtout muse. Fervente et indéfectible admiratrice du génie de son mari adulé, elle donna à leurs enfants le nom des héros de ses œuvres musicales. Bien que dévouée corps et âme à Wagner, elle se révéla mère attentive et protectrice à l’esprit de clan mais loin de se satisfaire de la place de fille de, femme de, mère modèle et au foyer, cette rebelle ambitieuse et intellectuelle se révéla déterminée et avisée pour mener à bien le grand projet de sa vie : Bayreuth.

Comme toute médaille, Cosima avait son revers : un caractère bien trempé que certains n’hésitaient pas à qualifier d’odieux, des fragilités nées de sa relation à ses parents et de sa dévotion à Richard qui, tout génie qu’il fut, n’était qu’un homme… et surtout une haine de la France et un antisémitisme virulent qu’il faut, sans les excuser, replacer dans leur contexte.

Dans un style simple et direct, Christophe Fiat dresse, sur le ton de la confidence, un portrait fascinant de cette femme méconnue en dehors du cercle mélomane. Ce texte se lit avec un plaisir aussi intense que l’était cette femme atypique, évidemment accru par un fond musical que tout un chacun saura deviner sans qu’il soit besoin de le préciser…

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Madame Hemingway de Paula McLain, Beauvoir in love d’Irène Frain, Alabama Song de Gilles Leroy, Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald, La déesse des petites victoires de Yannick Grannec, Loving Frank de Nancy Horan, Ciseaux de Stéphane Michaka, L’aimer ou le fuir de Delphine de Malherbe, Souvenirs d’un pas grand-chose de Charles Bukowski…

Extraits :

Je me dis que, si les femmes sont infidèles, c’est parce qu’on les contraint à être fidèles, sinon, elles aimeraient leurs maris passionnément.

Dans un essai qu’il consacre au même moment à Beethoven, il dépeint la France comme un pays où les ravages de la mode et la décadence morale esthétique détruisent tout. La mode : il écrit que les classes supérieures ont cessé de donner le ton et laisse ce soin à la nouvelle classe des parvenus qui sont très important en nombre. La morale : il dénonce la démocratisation du goût artistique et prétexte que le peuple n’a rien à y gagner parce que le goût s’émousse. Il conclut que, si la mode a pris la place de la culture, le Français est certainement moderne car il domine la mode. Sur ce point, il rejoint Nietzsche, si ce n’est que le philosophe aime la pensée française, ce qui me pose problème.

Ça y est, la France capitule et j’exulte. Quel soulagement ! Richard parle de la suprême vertu virile qui manque aux Français : l’obéissance.

« Nous partons pour la place Saint-Marc où nous avons le plaisir d’un magnifique coucher de soleil ; le retour est merveilleux parmi les lueurs d’étoiles et le son des cloches. Et le soir R. conclut cette journée en nous lisant plusieurs scènes de Roméo et Juliette (scène du balcon, mort de Tybalt, le mariage, les adieux), nous sommes extrêmement émus, lui-même est en larmes. Mais qui pourrait jamais le décrire ou même le peindre quand il fait de telles lectures ? Son visage rayonne, ses yeux sont absents et brillent pourtant comme des étoiles, sa main est magique, au repos, en mouvement, sa voix a la douceur de l’être comme au travers des déserts.

Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

3 réflexions sur “Cosima, femme électrique de Christophe Fiat

  1. Pingback: La vie, la mort, la vie Louis Pasteur 1822-1895 d’Érik Orsenna | Adepte du livre

  2. Pingback: Vers la nuit d’Isabelle Bunisset | Adepte du livre

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