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dolce agoniaPrésentation de l’éditeur : « Tout ce que je peux dire, c’est qu’une foule de menues coïncidences et de convergences inattendues ont fait de cette soirée un poème. Brusquement la beauté. Brusquement le drame. Des cœurs qui prennent feu, des rires qui fusent. » Pour Thanksgiving, Sean Farrell invite ses amis de longue date à dîner. Dans la chaleur des verres d’alcool, les souvenirs reviennent au galop. On parle, on boit, on est amer, on espère encore, alors que le temps a marqué les visages et les vies. Bloqués par la neige, les convives passent la nuit chez Sean. Un narrateur invisible orchestre le récit : c’est Dieu, qui ne peut se retenir de nous conter comment, un beau jour, Il ôtera la vie à chacun des convives. Mais le vrai sujet du roman, comprend-on peu à peu, n’est pas la finitude de l’homme : c’est le miracle de l’amitié.

Traduit de l’anglais (Canada) par Nancy Huston.

Éditions Actes Sud – 298 pages

Depuis août 2002 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 4,5 / 5

Broché :  21,50 euros

Poche : 6,90 euros

Quel délicieux huis clos ! Oscillant entre dialogues, moments d’introspection et prophéties divines, le dîner est le prétexte à un formidable moment d’amitiés et de rancœurs entre les différents convives. L’on apprend à les connaître très subtilement au passé, au présent et au futur par l’entremise de leurs relations, de leurs pensées et de Dieu lui-même, treizième des douze invités, invisible mais bien présent. Toute une mise en cène

Cette soirée bouleversante à plus d’un titre entraîne le lecteur à son insu à revenir sur le chemin parcouru, sur celui, non quantifiable, qui reste et à s’interroger sur ce qu’il aimerait en faire, si tant est qu’il ait le choix. Car là aussi est l’originalité de l’œuvre : la conception très spécifique d’un Dieu qui gouverne ses petites marionnettes

Une atmosphère exquise, des présages et une approche de la vie quelque peu glaçante, là est toute l’ambivalence du récit, parfaitement résumée dans le titre qui n’aurait pu être plus adéquat. Une œuvre incontestablement maîtrisée de bout en bout.

Dans une certaine mesure, cette histoire n’est pas sans rappeller le magnifique film Les amis de Peter de Kenneth Branagh.

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Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu, Roman de l’au-delà de Matthias Politycki, Les cinq personnes que j’ai rencontrées là-haut de Mitch Albom, Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto, Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert, N’oublie pas mes petits souliers de Joseph Connolly…

Extraits :

Quand je rencontre les créateurs des autres univers, je m’efforce toujours d’être modeste. Plutôt que de me vanter de l’excellence de mon oeuvre, je les félicite pour la beauté et la complexité de la leur… Mais, à part moi, je ne puis m’empêcher de trouver que la mienne est supérieure, car je suis le seul à avoir inventé une chose aussi imprévisible que l’homme.

Quelle espèce ! Souvent, à regarder les êtres humains accomplir leur destinée sur Terre, je me laisse emporter presque au point de croire en eux. Ils me donnent l’impression singulière d’être dotés de libre arbitre, d’autonomie, d’une volonté propre… Je sais bien que c’est une illusion, une notion saugrenue. Moi seul suis libre ! Chaque tour et détour de leur destin a été planifié d’avance par mes soins ; je connais le but vers lequel ils se dirigent et le chemin qu’ils emprunteront pour y parvenir ; je connais leurs effrois et leurs espoirs les plus secrets, leur constitution génétique, les rouages les plus intimes de leur conscience… Et pourtant, et pourtant… ils ne cessent de m’étonner.

Ah, mes chers humains… Comme cela m’enchante de les voir patiner et patauger ! Aveugles, aveugles… toujours là à espérer, à tâtonner… Voulant à tout prix croire en ma bonté, comprendre leur destin, deviner quels sont mes projets pour eux… Oui, les pauvres, ils ne peuvent s’empêcher de chercher le sens de tout cela ! Il suffit que je leur ménage une petite rencontre avec la naissance ou la mort et, aussitôt, ils sont convaincus d’avoir saisi quelque chose. Bouleversés chaque fois. Secoués jusqu’à la moelle.

Il a mal, il a mal, ses lombaires le martyrisent, le tirent vers le bas : quand on souffre, c’est vraiment soi qui est dans la souffrance et non l’inverse, se dit-il, contemplant avec envie le fauteuil confortable près de la cheminée.

Elle ne sait pas ce que c’est de vivre entouré de fantômes, de voir ses parents et amis glisser dans l’abîme les uns après les autres et de rester là, ébahi, impuissant… Non, pas toi ! Pas toi aussi ! Chaque fois, on est persuadé que la douleur sera trop grande, que la Terre cessera de tourner ou qu’à tout le moins on deviendra fou… Mais non, tout continue comme avant. On encaisse les pertes comme autant de coups de pied au ventre ; elles vous coupent le souffle mais vous n’osez pas broncher, alors vous vaquez à vos occupations, honteux de la force d’inertie qui vous fait vivre encore, malgré la disparition de tous ceux dont, croyiez-vous, l’amour vous faisait vivre…

13 réflexions sur “Dolce agonia de Nancy Huston

  1. J’ai eu une première expérience assez décevante avec Nancy Huston avec son essai L’espèce fabulatrice. En revanche, on m’a d’avantage recommandé ses romans. Je ne me suis pas encore lancée, mais je tenterais bien celui-ci après avoir lu ton billet. Merci pour le partage de lecture. ;)

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