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les loups à leur portePrésentation de l’éditeur : Une maison qui brûle à l’horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu’il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un dîner perdu en plein milieu de l’Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu’elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu’est-ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret les lie ? C’est à ce grand puzzle que nous convie ici Jérémy Fel, dans une atmosphère énigmatique et troublante entre Twin Peaks et les romans de Joyce Carol Oates.

Éditions Rivages – 435 pages

Depuis le 19 août 2015 en librairie.

Ma note : 5 / 5 mention Coup de cœur

Broché : 20 euros

Ebook : 14,99 euros

Rares sont les primo-romanciers de la rentrée littéraire 2015, et de toutes les rentrées littéraires en général, à bénéficier d’une couverture médiatique visant à les faire connaître. Il est tellement plus logique de rebattre les oreilles des lecteurs avec des noms d’auteurs qui n’ont même pas besoin d’être cités pour vendre leurs livres à la pelle… Quoi qu’il est soit, Jérémy Fel a eu la chance d’échapper à cette injustice. Hasard ? Peut-être un peu. Mais surtout talent. Son premier roman a de quoi faire des émules. Chroniqué dans Les Inrocks, France Culture, Télérama, L’Express, Livres Hebdo, L’Humanité, ainsi que sur de nombreux blogs et réseaux sociaux littéraires, Les loups à leur porte est qualifié de véritable révélation, croulant sous les éloges divers et variés.

Cet ancien libraire reconverti scénariste à force de passion pour la culture américaine en général et pour les séries en particulier mérite-t-il ces dithyrambes ?

Force est de constater qu’une fois la lecture amorcée, ce roman noir exerce son pouvoir de page turner. Le lecteur est catapulté dans le vif du sujet dès les premiers paragraphes, les tripes serrées, le souffle court. La tension, à son comble, ne retombe que rarement et même dans ces rares instants de répit, l’angoisse reste palpable, l’état d’alerte permanentComparé à Stephen King, David Lynch, Joyce Carole Oates, Laura Kasischke et autres experts du genre, Fel excelle dans la création d’une atmosphère trouble, angoissante, horrifiante, rurale autant qu’urbaine, de part et d’autre de l’Atlantique. Son roman, construit comme un recueil de nouvelles interdépendantes, est une vaste galerie de portraits qui sont autant de visages du Mal, véritables variations sur la noirceur de l’âme humaine en sa perversité.

Pour se faire l’avocat du diable, l’on pourrait reprocher au récit d’être une apologie gratuite de la violence sadique, sans profondeur, sans analyse, sans recul. Pourtant, même si l’horreur est incontestable, pesante, omniprésente, rien n’est laissé au hasard, tout compte et tout s’expliquesi ce n’est ce mal qui hante l’Homme. Et là est toute la réflexion de ce texte : l’on en revient à l’adage « l’homme est un loup pour l’homme ». De rebondissements en rebondissements, les personnages de ce roman sont tour à tour victimes ou coupables. Héros et psychopathes s’affrontent, tantôt prédateurs, tantôt traqués, et parfois la nuance est ténue… parce que les loups sont entrés dans nos vies, le mal est partout. L’auteur pousse d’ailleurs la symbolique à son comble puisque trois de ses personnages sont plus importants que les autres : l’une est érigé en véritable Piéta, le seul ou presque à en réchapper – presque ressusciter – porte un patronyme qui signifie « agneau » en français et enfin, pour compléter la trinité, le dernier est un méchant plus maléfique que les autres qui n’est pas sans rappeler Diable.

Serge Reggiani chantait Les loups sont entrés dans Paris. Pour Jérémy Fel, aucun doute, les prédateurs ont conquis le monde. Avec Les loups à leur porte, le Tarantino de la littérature s’impose comme un auteur à surveiller de près. Ce premier roman d’une surprenante maturité n’a rien à envier aux auteurs confirmés, y compris aux Américains. Entre terreur, violence et désenchantement sur la nature humaine, si ce n’est un inextinguible espoir en l’amour maternel et exceptionnellement entre deux êtres, ce livre extrêmement pessimiste, déjanté et trash n’est indubitablement pas à mettre entre toutes les mains. Âmes sensibles s’abstenir, certaines scènes sont effrayantes, écœurantes voire insoutenables selon le seuil de tolérance de chacun. Ce condensé des pires maux, des pires crimes, de la barbarie à l’état pur érige Jérémy Fel au rang de storyteller de l’horreur, de conteur du cauchemardesque, associant avec brio les forces du thriller américain et du roman noir français.

Pour un auteur qui affirme n’avoir jamais mis les pieds aux États-Unis, les codes de la société et du spectacle américains sont parfaitement maîtrisés. L’écriture plus cinématographique que littéraire prouve que Fel s’inscrit dans son époque, attentif aux attentes d’un grand public de plus en plus voyeur, se voulant toujours plus spectateur et donc moins lecteur, dommage pour les plus littéraires d’entre eux. Construction, style, suspens, finesse de la psychologie des personnages, mise en scène, atmosphère… tout y est ! D’une plume vive, féroce, piquante, bluffante… bref efficace, Les loups à leur porte est un livre fascinant, sombre et implacable. Ce jeu de massacres est une version contemporaine du roman d’épouvante. Le souffle du personnage central féminin et le final de l’œuvre évite la surenchère, l’overdose. C’est ce dosage savant et subtil qui confirme l’intelligence du néo-romancier qui en appelle à l’humanité de chacun dans ce texte virulent de bruit et de fureur.

Incontestablement un des immanquables premiers romans de cette rentrée littéraire et même un incontournable de tous les titres confondus.

Vous aimerez sûrement :

White trash de John King, Zora, un conte cruel de Philippe Arseneault, Avant d’aller dormir de S.J. Watson, À moi pour toujours & Les revenants de Laura Kasischke, 658 de John Verdon, Enfants de la paranoïa de Trevor Shane, Le livre sans nom d’Anonyme, Le dîner d’Herman Koch, Shutter Island de Denis Lehane, Blast de Manu Larcenet, Une âme à l’amer de Jean-Christophe Pol et Albertine Ralenti, En sautant dans le vide de Man, Ken games de J. Robledo et M. Toledano…

Un grand merci aux Éditions Rivages pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

3 réflexions sur “Les loups à leur porte de Jérémy Fel

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