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la tectonique des plaquesPrésentation de l’éditeur : « Tout est sur le point de changer et rien ne pourra arrêter ça. C’est la nature, c’est la tectonique des plaques. »… Cuites, dérapages et autres séismes dans sa vie de mère célibataire… À 35 ans, Margaux Motin raconte les récents bouleversements qui ont secoué son existence. En magnitude 10 sur l’échelle de Richter, sa nouvelle histoire d’amour, pour qui elle change radicalement de vie. Et comme toute nana post-trentenaire qui prend des décisions rapides, le retour de flammes sera brutal.

Éditions Delcourt – 192 pages

Depuis le 8 mai 2013 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 5 / 5 mention Coup de cœur

Album cartonné : 22,95 euros

Est-il encore besoin de présenter l’une des plus illustres illustratrices ? Au fil des magazines, de son blog puis de ses livres (J’aurais adoré être ethnologue et La théorie de la contorsion), Margaux Motin s’est imposée ces dernières années dans le paysage dessiné par sa virtuosité graphique et ses textes uniques en leur genre. En se livrant sans complexe sur sa vie, elle est progressivement passée du statut d’artiste à celui de bonne pote. Si elle réédite pour la troisième fois dans la veine autobiographique, l’on sent dans ce nouvel opus une évolution tangible de toutes les personnes en elle. Et elle a beau faire à longueur de saynètes l’apologie du trip régressif ou se faire l’avocate de toutes les mauvaises mères, c’est bien la maturité que l’on détecte ici. L’on retrouve avec plaisir ce qui a fait son succès : humour potache, esprit mordant, excès en tous genres… Mais loin de tomber dans la caricature d’elle-même, elle franchit avec ce volet un cap et trouve un équilibre qui lui sied à merveille en alliant au rire, un peu de profondeur et beaucoup d’émotions.

Au-delà de la maestria de son coup de crayon parfois habilement mêlé de photo, à mi-chemin du style Sempé et de l’esquisse de mode, au trait précieux et gracieux offrant à ses personnages des postures et expressions précises et harmonieuses, au-delà donc de cette griffe somptueuse, Margaux Motin a le verbe précis et surtout un sens pointu de l’observation. Elle décrit ainsi avec acuité, esprit, fantaisie et sensibilité les épisodes de la vie, elle met les mots justes sur les petits comme les grands, les tristes comme les beaux moments, le tout dans un écrin esthétique absolu.

Dans La tectonique des plaques, elle aborde nombre d’aléas de l’existence. Et de montrer comme elle se dépatouille, comment elle galère, comment elle rebondit… faisant de sa BD un vrai coach de vie clamant haut et fort qu’avec la famille et les amis, la vie continue quoi qu’il arrive. Et elle a la good vibe tellement désopilante qu’elle à l’optimisme contagieux, Margaux.

Parce qu’elle est cash et qu’elle te vend de la vraie vie même si elle y met quelques paillettes de princesse parce qu’il faut bien rêver un peu bordel, la plus tendance des dessinatrices te brosse un autoportrait sans fausse pudeur ni mensonge éhonté par souci de légende personnelle. Elle se montre sous un jour pas toujours très flatteur, offrant ainsi à toutes les femmes une voix authentique à laquelle s’identifier (à un point parfois tel que s’en est presque aussi flippant que rassurant…). Elle déculpabilise de n’être pas parfaite, elle permet d’être faillible, elle autorise à être multiple (drôle, sexy, vulgaire, sensible, gamine, naïve, romantique, fragile, battante, parano, rêveuse…), elle décomplexe sur les films que l’on se fait, les histoires que l’on se raconte.

Bref, on se sent moins seule en la lisant comme l’on se mire. Et gageons que plus d’un lecteur comprend un peu mieux sa nana ou ses copines a posteriori. Entre rire gras et poésie, jubilation et mélancolie, tendresse et folie douce, Motin prouve que l’on peut faire cohabiter ensemble les multiples personnalités enfermées dans nos têtes. Que l’on peut être girly et avoir des cojones, être trasho-cynique et poétique, subversive et bien ancrée dans le système. Bref, être une femme naturelle et ultra contemporaine. D’aucuns trouvant l’ensemble autocentré, parisiano-branchouille et vulgaire seraient en plein déni de regarder dans sa réalité la fine peinture de la femme moderne, droite dans ses bottes, authentique, assumée voire revendiquée.

Aussi loufoque que dans ses précédents opus, l’auteur parvient avec ce titre à tirer la larmiche. Ce n’est déjà pas facile avec un roman, c’est une vraie gageure dans le neuvième art, c’est dire le talent de la donzelle ! En apportant une note intimiste à son récit, elle n’est pas moins désopilante mais gagne en perspective, en intensité, en sensibilité. Elle est à la fois fidèle à elle-même et surprenante ; cocktail idéal pour faire de cet album, quasi intégralement inédit, un vrai bon morceau de BD.

La seule mauvaise nouvelle relative à ce livre étant qu’en raison de délais de bouclage incompatibles, Margaux Motin a choisi le livre plutôt que l’agenda annuel (et l’on ne saurait lui tenir rigueur de ces quelque deux cents pages de pur bonheur). Les aficionados de ce super carnet de rendez-vous dont je suis devront patienter sagement jusqu’en 2015, en espérant qu’il y aura les petits autocollants comme dans la version 2013…

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Extraits :

Life is what happens to you when you’re busy making others plans.

John Lennon

Démons et merveilles

Vents et marées

Au loin déjà la mer s’est retirée

Mais dans tes yeux entrouverts

Deux petites vagues sont restées

Démons et merveilles

Vents et marées

Deux petites vagues pour me noyer.

Jacques Prévert – Sables mouvants

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