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bloody miamiPrésentation de l’éditeur : « Miami est la seule ville d’Amérique – et même du monde, à ma connaissance – ou une population venue d’un pays étranger a établi sa domination en l’espace d’une génération à peine. Je veux parler des Cubains de Miami. Ici, Nestor, un policier cubain, se retrouve exilé par son propre peuple pour avoir sauvé de la noyade un misérable émigrant clandestin de La Havane ; Magdalena, sa ravissante petite amie, le quitte pour des horizons plus glamour dans les bras d’un psy spécialiste de l’addiction à la pornographie ; un chef de la police noir décide qu’il en a assez de servir d’alibi à la politique raciale du maire cubain ; un journaliste WASP aux dents longues s’échine à traquer le scoop qui lui permettra de se faire une place à la hauteur de son ambition… et je n’évoque là que quelques-uns des personnages de Bloody Miami, qui couvre tout le spectre social de cette mégapole multiethnique. C’est un roman, mais je ne peux m’empêcher de me poser cette question : et si nous étions en train d’y contempler l’aurore de l’avenir de l’Amérique ? » Tom Wolfe

Traduit de l’américain par Odile Demange.

Éditions Robert Laffont – 610 pages

Depuis le 28 mars 2013 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 3 / 5

Broché : 24,50 euros

Po3che : 9,80 euros

Ebook : 12,99 euros

Le Bûcher des vanités est probablement LE livre de Tom Wolfe. Érigé au rang de classique de la littérature américaine, ses quelque 900 pages m’ont pourtant laissée de glace.

Si la jeunesse et son lot d’erreurs m’ont vue finir coûte que coûte chaque livre que j’entamais, l’âge, la prise de conscience de ma non-immortalité et l’évidence mise à jour de ne pouvoir tout lire m’ont définitivement résolue à ne plus perdre de temps avec les navets (à l’aune de ma subjectivité esthétique littéraire, s’entend). Paradoxalement à cette philosophie de lecture, je suis pourtant allée au bout du pavé wolfien sur New York. Parce qu’il faut bien reconnaître au dernier dandy de la littérature américaine, en dépit de sa fâcheuse tendance à en faire des tonnes et à rallonger la sauce pesamment et inutilement, un sens affirmé de l’intrigue. L’envie de connaître le fin mot de l’histoire l’emporte sur le too much de l’écrivain.

Cette première rencontre littéraire en absolue demi-teinte méritait un second coup d’œil pour avoir enfin un goût tranché pour (ou contre donc) l’écriture de Tow Wolfe. Occasion fut faite lorsque je me suis vue offrir (merci à qui de droit) Bloody Miami, le dernier pavé de cet admirateur et aspirant représentant du roman naturaliste (XIXe siècle ; Zola…).

Comme son nom l’indique, Bloody Miami se déroule au cœur de Magic City, Floride, réputée internationalement pour sa mer, ses cocotiers, son soleil à l’année, son multiculturalisme, son bling bling richissime… Un éden touristique qui, sorti du plan carte postale, a néanmoins ses ghettos, sa violence, sa corruption, ses dérives, son communautarisme raciste, dans une atmosphère obsessionnelle des dieux Dollar et Sexe.

Et ce roman choral de narrer la dichotomie de cette ville qui entremêle, dans un tourbillon de rebondissements ubuesques, des destins qui n’avaient a priori d’autre latitude que la longitude pour se rencontrer…

De la sphère politique, médiatique et financière new yorkaise des eighties (Le bûcher des vanités) aux luttes de pouvoir et conflits raciaux d’Atlanta (Un homme, un vrai), en passant par les campus universitaires et la jeunesse en perdition (Moi, Charlotte Simmons), Tom Wolfe continue donc à Miami son portrait réaliste des États-Unis, tel le « secrétaire » de son époque comme il se définit lui-même, usant des mots de Balzac.

Plutôt que l’observation objective, attentive et précise des mœurs contemporaines, cette représentation personnelle semble davantage, au regard de l’usage pour le moins exagéré de poncifs et autres caricatures, l’expression critique outrancière du jugement de l’auteur, assumé dans la présentation de l’éditeur… Sans toutefois pouvoir être taxé d’apologie anti-immigration, le texte dénonce l’inexorable échec du melting pot au prétexte que toutes les communautés se détestent. Un incontestable parfum conservateur qui a fait polémique dans le propre pays de celui qui se targue d’être « le seul écrivain américain à être républicain ».

Au-delà de ce parti-pris discutable et malgré un sens de l’intrigue accrocheur et des personnages consistants – bien que légèrement parodiques dans leur ambition symbolique -, Tom Wolfe affirme ses travers d’écriture. À l’instar du Bûcher des vanités, cent voire deux cents pages sont clairement superflues ; sans compter les effets de ponctuation et de répétition aussi lassants qu’inutiles ainsi que des descriptions si ce n’est insipides du moins loin du charme des naturalistes dont l’écrivain s’inspire.

Décrit comme sociétal, à mi-chemin du roman et de l’essaiBloody Miami tient du miroir plus déformant que grossissant de la société moderne en général et américaine en particulier. Tom Wolfe est une voix littéraire certaine de l’Amérique. Mais il est surtout la voix d’une certaine Amérique. À mille lieues du regard qui me plaît tant dans la littérature américaine ; celui de James Frey par exemple. La nation états-unienne est certes « comme un grand corps en train de se déglinguer », mais la vision de Wolfe en forme de condamnation ressemble un petit peu trop à un système judiciaire sudiste réputé pour ses verdicts à la tête du client

Et, malgré tout, Bloody Miami tient en haleine.

Schizophrénie américaine, quand tu nous tiens !

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Extraits :

Miami Basel n’ouvrirait ses portes au public que le surlendemain… mais pour les gens branchés, pour les initiés, cela faisait déjà près de trois jours que Miami Basel était une débauche de cocktails, de dîners, d’afters, de soirées coke discrètes en petit comité, de baise à tout va. Presque partout, ils avaient de bonne chance de voir leur prestige amplifié par la présence de people – des grands noms du cinéma, de la musique, de la télé, de la mode, et même du sport – qui ne connaissaient strictement rien à l’art et n’avaient pas le temps de s’y intéresser. Tout ce qu’ils voulaient, c’était être… là où ça se passait. Pour eux et pour les initiés, Miami Basel s’achèverait à l’instant où le premier pied du premier paumé du grand public foulerait le hall d’exposition.

Ils se trouvaient dans le couloir d’entrée de ce qui ressemblait à une vieille maison particulière, confortable, mais sans rien de fastueux… près, mais pas au bord de l’océan… et certainement pas ce que Magdalena s’attendait à trouver dans l’un des restaurants les plus chics de Miami. Juste devant eux, un escalier, mais sans grandiose envolée incurvée de rampes et de balustrades. De part et d’autre, une porte en arcade… en arcade, mais une arcade que tout le monde aurait oubliée dix secondes plus tard… et pourtant, de l’une d’elles se déversait ce brouhaha bruyant de babillages et de bavardages, de cris perçants et de bassos profundissimos de rire, cet irrationnel ravissement des mortels qui savent être arrivés là où ça se passe. Tous ceux qui l’avaient déjà entendu, comme Magdalena à Art Basel Miami, reconnaîtraient désormais ce bruit à jamais.

Ils se trouvaient désormais, Norman et elle, à l’intérieur de la salle du ravissement. Des hommes et des femmes gesticulaient en tous sens pour souligner leur propos ou levaient les yeux au ciel sur le mode Je n’avais encore jamais entendu parler d’une chose pareille ou Mon Dieu, comment est-ce possible ?… et, surtout, riaient si fort que le monde entier ne pouvait ignorer que chacun d’entre eux sans exception faisait partie intégrante de cette assemblée exaltée de demi-dieux. Magdalena était entrée Chez Toi jurant à Vénus, Déesse de la Séduction, qu’elle resterait parfaitement détachée, et même distante, comme si elle pouvait, selon son bon plaisir, prendre ou laisser tous les hommes qui se trouvaient là. Et pourtant, malgré toutes ses bonnes résolutions, elle fut gagnée par l’irrésistible délire élitiste du lieu.

6 réflexions sur “Bloody Miami de Tom Wolfe

    • Je n’ai lu que ces deux-là de Wolfe et je préfère sans hésitation Bloody Miami aux Bûcher des vanités. Quand je relis mon billet, je me trouve sévère. Il y a certes des défauts mais ça reste un bon livre. Cela étant, il est quand même vachement réac comme auteur…

      Aimé par 1 personne

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