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la vénus aux kakisPrésentation de l’éditeur : Quand Emma Berger croise Charles Mayer dans une librairie, elle n’imagine pas dans quelles aventures elle va être entraînée. Prisonnière d’une triste relation de couple, Emma découvre qu’elle est trompée. C’est à ce moment-là qu’elle se voit proposer, en tant que décoratrice, la rénovation d’une bastide à Aix-en-Provence. Son propriétaire n’est autre que le banquier Charles Mayer, homme aux yeux kakis et au charme fou, d’origine à la fois autrichienne et tzigane. Aux côtés de Charles, Emma redevient femme. Et, tout en rénovant la vieille bâtisse, déterre de lourds secrets familiaux. Y aurait-il encore des témoins de ce trouble passé ? Une enquête s’ensuit qui les mène à Vienne et à Prague… Emma décide enfin de tenter sa chance pour une nouvelle vie.

Éditions Serge Safran – 444 pages

Depuis le 3 septembre 2015 en librairie.

Ma note : 3,5 / 5

Broché : 23,90 euros

Ebook : 14,99 euros

Il est parfois des romans dont on se fait, pour une raison ou une autre, une fausse idée pouvant nuire à son appréciation. Ce fut exactement le cas en ce qui concerne ma rencontre avec La Vénus aux kakis, le premier roman d’Anna Druesne,

Présenté par la maison Serge Safran qui l’édite comme suit : « Entre Madame Bovary et La Vénus à la fourrure, Anna Druesne offre une nouvelle perspective romanesque » et repris çà et là comme un « bovarisme contemporain » par des critiques littéraires paresseux ou overbookés réduits à se fier aveuglément aux communiqués de presse, il y a de quoi s’attendre à une œuvre d’exception.

Chacun ayant à plus ou moins grand échelle une culture littéraire lacunaire – peut-on jamais tout lire ? -, je ne connaissais, pas même de réputation, le roman de Leopold von Sacher-Masoch. Mais décidant que mon amour pour l’héroïne de Flaubert était en soi suffisant, j’entamais ma lecture a priori certaine de découvrir un futur grand classique.

Quelle ne fut donc pas ma stupeur devant les scènes érotiques à répétition ! Passé l’effet de surprise, j’ai continué ma lecture en intégrant cette composante. Cela étant, les séquences torrides plus pornodisiaques que sensuelles sont des poncifs du genre résolument trop récurrents qui, loin de donner une valeur ajoutée au récit, deviennent des épisodes pesants qu’on lit en diagonale au mieux, que l’on zappe complètement au pire. Ne sachant pas ce qu’il en est de l’autofiction allemande de référence à laquelle se compare La Vénus aux kakis, je ne saurais dire si le rapprochement est surestimé. Tout ce que je peux dire est qu’à mon sens, la dimension voluptueuse n’est pas enrichissante, même si l’auteur parvient à éviter les deux écueils les plus pathétiques en la matière que sont la vulgarité et le ridicule. Disons que ces saynètes sauront satisfaire un public sage désireux de s’encanailler le temps d’une lecture, dans la droite lignée du mommy porn dont l’heure de gloire ne semble pas se tasser depuis le tristement célèbre Fifty shades of Grey de E. L. James.

En revanche, pour ce qui est de la comparaison d’avec la Bovary, ma réponse est catégorique : l’argument est clairement fallacieux ! En dehors du fait que les personnages principaux ont les mêmes prénoms – Emma et Charles – et que l’héroïne de Druesne est une femme peu épanouie dans sa vie comme dans son couple prête à s’enflammer comme une débutante au premier brun ténébreux, lequel répond évidemment à tous les clichés (beau, riche à millions, galant, altruiste, et caetera), l’écart est tout simplement colossal. Or, lorsqu’on ose la comparaison avec un immense classique, c’est avant tout au fond comme l’écriture que l’on pense et non à deux ou trois détails de formes.

Voilà pour la dent dure.

Maintenant, si l’on part avec en tête l’idée très claire de découvrir un feel good book grand public adulte, sans prétention, facile à lire, que l’on poser, oublier et reprendre sans en avoir perdu le fil, qui vide la tête plutôt que d’inviter à une réflexion intense, l’on peut accorder à la primo-romancière d’avoir honorablement transformé l’essai.

Un peu de sexe donc, beaucoup d’amour, mi-réaliste mi-conte de fée, un brin d’aventure matînée de chasse au trésor bien que sans grand suspens, une pincée de dépaysement de la Provence à l’Autriche en passant par la République tchèque, quelques secrets de famille, des personnages en quête d’eux-mêmes auxquels il est facile de s’identifier, un soupçon de culture grâce à un arrière plan historique (l’extermination des Tziganes) et artistique (histoire de l’art, peinture, déco…) qui apporte un peu de fond… Autant d’éléments qui font de La Vénus aux kakis une histoire sentimentale certes très entendue mais agréable à lire, digne d’une saga télévisée de l’été. L’on sent d’ailleurs, dans le plume de l’auteur et dans ses multiples références égrainées au fil de son texte, une véritable passion pour le cinéma. Il est quand même dommage pour une aspirante auteur, aussi cinéphile soit-elle, qu’elle évoque le Rebecca d’Hitchcock et non de Du Maurier…

L’on retiendra donc qu’un roman plaisant peut se révéler agaçant et détestable s’il est survendu et que le conditionnement préalable à ce qu’on va lire et un réajustement en cours de lecture sont parfois nécessaires pour apprécier pleinement un texte.

Vous aimerez sûrement :

L’Exception d’Auδur Ava Ólafsdóttir, Une Île de Tracey Garvis Graves, Un été de trop d’Isabelle Aeschlimann, Un mariage poids moyen de John Irving, Le jeu des ombres de Louise Erdrich, L’escapade sans retour de Sophie Parent de Mylène Gilbert-Dumas, Un été sans les hommes de Siri Hustvedt, La double vie d’Irina de Lionel Shriver, Rien ne va plus, La poursuite du bonheur & L’homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy, Les secrets de Summer street de Cathy Kelly, Vertiges de Lionel Duroy…

Extraits :

« Pourquoi rougis-tu d’entendre prononcer le nom d’une volupté, dont tu ne rougis pas d’éprouver l’attrait dans l’ombre de la nuit ? Ignores-tu quel est son but et ce que tu lui dois ? Crois-tu que ta mère eût exposer sa vie pour te la donner, si je n’avois pas attacher un charme inexprimable aux embrassemens de son époux ? Tais-toi, malheureux, et songe que c’est le plaisir qui t’a tiré du néant. »

Diderot, L’Encyclopédie

Étonnant, comme le charme d’une femme tient à l’image qu’elle se fait d’elle-même. Et comme elle tire trop souvent cette image du regard que les autres portent sur elle.

Un grand merci aux Éditions Serge Safran pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Une réflexion sur “La Vénus aux kakis d’Anna Druesne

  1. Pingback: Elle & lui de Marc Levy | Adepte du livre

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