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la servante du seigneurPrésentation de l’éditeur : Ma fille était belle, ma fille était intelligente, ma fille était drôle… Mais elle a rencontré Monseigneur. Il a des bottines qui brillent et des oreilles pointues comme Belzébuth. Il lui a fait rencontrer Jésus. Depuis, ma fille n’est plus la même. Elle veut être sainte. Rose comme un bonbon, bleue comme le ciel.

Éditions Stock – 149 pages

Depuis le 21 août 2013 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 5 / 5 mention Coup de cœur

Broché : 14 euros

Poche : 5,60 euros

Ebook : 9,99 euros

Faut-il le confesser ? Je n’avais jamais encore lu aucun Jean-Louis Fournier. N’en ayant cependant entendu – presque – que du bien, c’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai trouvé son dernier opus La servante du seigneur dans le colis des Lecteurs VIP de la rentrée littéraire d’Entrée livre dont j’ai la chance et l’honneur de faire partie pour le cru 2013.

Culture générale oblige, je savais de l’auteur qu’il s’illustrait particulièrement dans la narration autobiographique des épreuves existentielles sans toutefois tomber dans le pathos dérangeant, l’impudeur déplacée ; les plus connus étant peut-être :Où on va papa ? (Femina 2008) dans lequel il évoque la vie avec puis la perte de ses deux fils handicapés, ou encore Veuf relatant la disparition de la femme de sa vie. C’est donc sans réelle surprise que j’ai découvert dès les premières lignes que sa nouvelle production littéraire n’avait rien de romanesque mais qu’il s’agissait du cri intime public bien réel d’un père en détresse à destination de sa fille égarée, recluse obtuse entrée en religion d’un pseudo gourou catholique ayant raté sa vocation.

Deux enfants handicapés, trois deuils et une fille en rupture de lien… Dis comme ça, rien de très engageant ! Ce serait sans compter l’écriture délicieusement impertinente de celui qui a fait sienne la maxime de son défunt compère Desproges : « l’humour est la politesse du désespoir ».

Véritable épître au nom du père à sa fille Marie – si bien nommée – auprès de laquelle il n’est plus en odeur de sainteté, Fournier revêt une fois encore sa plume de papa désemparé, tantôt touchante, tantôt enragée, pour partager son affliction, son incompréhension, sa nostalgie, son amour à sens unique. L’alternance des « tu » et des « elle » qu’il adresse à sa fille symbolise avec ostentation cette dé-connaissance de sa chair. Sans jamais se dérober de l’indispensable auto-critique, il pique où ça fait mal et détourne à maintes reprises la terminologie religieuse comme pour mieux se rapprocher du nouvel univers de sa dernière enfant vivante mais comme morte intérieurement. Si jamais il ne se défait de sa tendresse facétieuse et de son écriture légère même quand il peste, qu’il enrage, il enfonce malgré tout le clou de la gravité, du drame, dans son dernier chapitre et surtout la dernière phrase, qui tombent comme un couperet.

Un récit intime bouleversant évoquant, malgré sa singularité, l’universalité de la complexité de la relation père-fille et dénonçant les sectarismes de tous poils. D’aucuns pourront reprocher à l’auteur de ne cesser de laver son linge sale en public. Moi qui suis particulièrement réticente aux grands déballages, je ne vois ici « qu’un » texte hautement littéraire, poignant, drôle et surtout d’une extrême justesse, d’une infinie authenticité.

Ne reste plus qu’à souhaiter à l’auteur que sa fille reçoive, entende, cette missive du cœur…

Nous vous saluons Marie.

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Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel, Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto, Le café de l’Excelsior de Philippe Claudel, La silencieuse d’Ariane Schréder, Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig, Petit art de la fuite d’Enrico Remmert, Les arbres voyagent la nuit d’Aude Le Corff, La nuit ne dure pas d’Olivier Martinelli, Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine De Vigan…

Extraits :

Douter, c’est vivre ; être bercé par la certitude, c’est mourir.

Oscar Wilde

Tu sais bien que je ne suis pas anticlérical, ni agnostique, ni athée. Peut-être panthéiste, tendance iconoclaste.

Je n’aime pas qu’on se moque des curés, je préfère le faire moi-même.

Quand tu seras sainte, tu auras droit à une statue. Méfie-toi, choisis bien le sculpteur. On fait tellement d’horreurs dans le style saint-sulpicien.

La statue de la Sainte Vierge, dans mon école, était si laide qu’un jour je l’ai mise dans les chiottes. Par respect pour la Sainte Vierge. Ça t’avait fait bien rire quand je te l’avais raconté.

Je ne voudrais pas qu’il t’arrive la même aventure.

C’est un contrat entre eux, j’alimente ton ego, tu alimentes le mien. On se conforte dans l’idée qu’on est les mieux, d’ailleurs on est les mieux.

On médite et on médit des autres.

Je t’ai toujours dit qu’il fallait douter.

Maintenant elle ne doute de rien.

Oscar Wilde a écrit que le cerveau de celui qui n’a que des certitudes arrête de fonctionner, « croire est tellement médiocre ».

« Qu’est-ce qu’elle fait, ta fille, dans la vie ? »

Difficile à dire.

Pour les garçons, la réponse était simple, c’était rien. Pour elle, maintenant, c’est plus difficile.

Je ne sais plus ce qu’elle fait, je sais ce qu’elle ne fait pas.

Elle ne travaille plus, elle ne vient plus nous voir, elle ne gagne plus sa vie.

Elle est dans les ordres ou elle est aux ordres ?

Elle est tombée dans la layette mystique.

L’humour bleu ciel et rose bonbon, ça n’existe pas.

L’humour, c’est noir.

L’humour, c’est une parade, un baroud d’honneur devant la cruauté, la désolation, la difficulté de l’existence.

L’existence, ce n’est pas un grand lac de lait tiède dans lequel une humanité rose barbote en échangeant des gentillesses, des confiseries et en chantant des cantiques. C’est plein de sang, de boue noire, du bruit et de fureur.

Je me méfie des gentillesses sucrées, ça fout le diabète.

Je pense à toi ma fille, et mes yeux fuient.

Et la tolérance, l’ouverture d’esprit ?

Même Monseigneur, à son propos, parle du zèle du néophyte, péché de jeunesse.

La néophyte a quand même quarante ans bien sonnés.

Sonnez les matines, sonnez les matines, ding ding dong…

Ne trouvent grâce à ses yeux que les Vierges saint-sulpiciennes pimpantes avec du vernis rouge sur leurs ongles de pieds et leur sourire niais.

Ne réduis pas ton champ d’admiration. Ce champ doit rester infini. Les grandes œuvres sont rarement guillerettes.

Je ne la retrouve plus. Elle n’est plus la même. Je ne la reconnais pas.

Je voulais qu’elle garde sa fantaisie, je voulais qu’elle garde son goût pour les arts, sa curiosité, je voulais qu’elle continue à s’habiller avec des couleurs vives, qu’elle ait plein d’amis rigolos avec des cheveux longs. Qu’on continue à rire ensemble. Qu’elle se couche tard.

(…) Je voulais, je voulais…

Je n’ai pas à vouloir.

On s’entendait bien avant.

Pourquoi maintenant c’est si difficile ?

Peut-être qu’à la différence de piles, les sentiments s’usent quand on ne s’en sert pas.

Pourquoi, depuis que tu es à Dieu, tu es odieuse ?

Être heureux ne devrait être conjugué qu’à la première personne du singulier et par le principal intéressé. Il n’y a que lui qui sait s’il est heureux ou pas.

Conclure que quelqu’un est heureux est toujours très risqué. On peut avoir tout pour être heureux sauf le bonheur.

Elle n’oublie pas les dates. Elle oublie seulement les gens.

Crois-tu que je sois attiré par le Dieu qui t’a éblouie ?

Il me fait peur.

Je pensais qu’il était bon, indulgent, qu’il pardonnait toujours. Il laissait venir à lui les petits enfants qui font beaucoup de bêtises.

Je croyais que la religion catholique était une école de charité, d’humilité, de tolérance et d’amour, avec comme refrain « Aimez-vous les uns les autres »…

Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m’avoir, dans le cadre de l’opération « Coups de cœur des lecteurs », offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

14 réflexions sur “La servante du Seigneur de Jean-Louis Fournier

  1. Pour moi aussi c’est un coup de coeur!!!
    Le premier livre que j’ai lu de cet auteur, j’ai trouvé l’écriture sublime et émouvante. Ce père qui essaye de comprendre sa fille mais qui reste démuni face à ses choix. Roman très touchant et qui vaut le détour.

    Aimé par 1 personne

    • C’est effectivement bluffant de voir comment l’auteur transcende son désespoir pour en faire un texte certes profond et grave mais tellement plein d’humour. Loin de certains déballages dérangeants, il fait un témoignage éclairant, sans langue de vois et pourtant loin de toute impudeur. C’est ça le génie littéraire !

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