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ressources inhumainesPrésentation de l’éditeur : Elle attend et n’exige rien du destin. Elle laisse glisser les heures, elle ne participe pas, elle est là, peu influente, jamais déterminante et sans rancune. Elle est en parallèle, attentive, mais pas impliquée. « Elle », c’est cette jeune femme de 22 ans qui entre comme stagiaire au rayon textile d’un hypermarché, pour y devenir très vite chef de secteur. C’est cette « femme sans qualité » dénuée d’ambition, qui cherche juste à combler le vide abyssal de sa vie. En acquérant un statut, elle quitte les rives de son existence banale pour faire enfin partie d’un monde. Celui de la grande distribution. Univers absurde, construit sur le vide et les faux-semblants. Frédéric Viguier signe un premier roman implacable, glaçant et dérangeant sur l’inhumanité de l’entreprise et l’indifférence ambitieuse. Au vide moral, affectif et intellectuel de son héroïne, il répond d’une écriture sèche et minimaliste. D’une lucidité cruelle mais sans cynisme, Ressources inhumaines donne à voir avec subtilité et intelligence les mécanismes de notre société de consommation.

Éditions Albin Michel – 281 pages

À paraître le 19 août 2015.

Ma note : 2 / 5

Broché : 19 euros

Ebook : 12,99 euros

Ressources inhumaines compte probablement parmi les quelques premiers romans dont on parlera. Pourquoi ? Parce que Frédéric Viguier, avant d’être primo-romancier, est un metteur en scène et possède donc certainement un carnet d’adresses plus étoffé que n’importe quel nouvel auteur sorti de nul part. Parce que ceux qui glosent encore sur la supposée bourde de Fleur Pellerin à propos de Modiano ne manquent pas de scruter les lectures de la ministre et que le titre ici présenté trône dans sa valise estivale. Mais surtout parce l’auteur a judicieusement décidé de surfer sur une véritable tendance littéraire et même carrément sociale (à juste titre !) : la dénonciation de la cruauté du monde du travail.

Mais est-il vraiment avisé pour un premier pas en littérature de choisir l’univers impitoyable professionnel maintes fois revisité par des titres tels que Les tribulations d’une caissière d’Anna Sam, Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, Absolument dé-bor-dée ! ou le paradoxe du fonctionnaire de Zoé Shepard, Mémoires d’une femme de ménage d’Isaure, Confessions d’une taupe à Pôle Emploi de Gaël Guiselin & Aude Rossigneux, Moi vivant, vous n’aurez jamais de pauses de Leslie Plée… pour ne citer que quelques célèbres exemples ?

Pas forcément évident de passer après un titre tel que Debout-payé de Gauz, premier roman de la rentrée littéraire passée lauréat du Prix des libraires Gibert Joseph 2014 et consacré Meilleur premier roman français au classement annuel des meilleurs livres de l’année 2014 du magazine Lire ! Pas sûre que la critique s’intéresse deux fois de suite à des premiers romans très ressemblants… et pourtant fondamentalement différents… Quand, de surcroît, vous êtes un auteur de sexe masculin et que vous prenez comme personnage principal une jeune femme qui parvient à ses fins professionnelles en couchant

Facilité d’un sujet porteur mais lassant à force d’être exploité à toutes les vocations, stéréotype aux relents misogynes heureusement contrebalancé par une très belle réflexion sur la maternité (cf extraits ci-dessous)… L’équation de départ semble a priori compromise.

Si l’on ajoute a cela une protagoniste tantôt creuse, tantôt antipathique, à un point tel que ça en devient invraisemblable (je suis une carriériste arriviste prête à tout pour arriver à l’unique fin que je convoite qui est de devenir numéro deux mais surtout pas numéro un), un véritable manque de crédibilité dans certains aspects de l’histoire (je suis un prince charmant et je veux faire un enfant à la princesse dont je ne sais rien juste parce que je devine qu’il faut la sauver d’elle-même et de ses futurs regrets) ou encore une fresque de l’entreprise qui vire au caricatural (et pourtant l’on sait tous à quel point la réalité peut déjà être surréaliste !), le résultat est malheureusement à mon sens un raté.

Mais qu’importe, le potentiel succès de cette œuvre reposera certainement sur sa seule thématique – parfaitement synthétisée par un titre accrocheur – qui malgré tous ses défauts pousse à l’identification et ouvre le débat sur la multiplication pour ne pas dire généralisation dans le monde du travail des micro-systèmes où se déchaînent les plus bas instincts de l’homo-salarius. Et tout le reste est littérature… (Sauf que le débat est ouvert depuis des années et qu’il serait temps de penser aux solutions, mais là n’est pas le sujet.)

Vous aimerez sûrement :

Debout-payé de Gauz, L’idiot du palais de Bruno Deniel-Laurent, White trash de John King, La lamentation du prépuce de Shalom Auslander, Le Libraire de Regis de Sa Moreira, La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, 99 Francs de Frédéric Beigbeder, Les Lisières d’Olivier Adam, Travaux forcés de Mark SaFranko…

Extraits :

Pour se surpasser, il aurait fallu qu’elle connaisse sa vraie valeur, mais c’était une question sans réponse, ou plutôt, la question n’avait jamais existé, et c’était peut-être là son vrai malheur : qu’elle ne suscite pas de questionnement.

Si elle avait été ambitieuse, pour elle-même, elle aurait peut-être éprouvé le besoin de se mettre au monde, pour tout recommencer. Oublier l’ennui, qui ne l’ennuyait pas, et s’extirper de soi, s’expulser, comme un accouchement, sortir de ses propres entrailles, en finir avec cette torpeur qui gelait son âme, et faire naître de ces décombres une autre qu’elle, celle qu’elle était.

Mais elle n’était pas ambitieuse, elle s’admettait et continuait d’attendre, sans rien désirer.

(…) le monde des chefs, les seuls qui ont le droit de tutoyer ceux qui ont l’obligation de vouvoyer.

La vie d’un hypermarché bat au rythme de l’humanité manipulée. Et cela fait vingt ans qu’elle participe à cette manipulation.

J’aimerais être fière de moi.

Je ne sais pas si, un jour de ma vie, j’ai été vraiment fière de moi. Je suis parfois satisfaite de ce que les autres pensent de moi, mais suis-je fière d’être reconnue ou simplement soulagée d’être acceptée ?

« On ne va nulle part quand on n’a pas le courage de rester avec soi. On ne va nulle part en s’interdisant de montrer ses faiblesses. Nos fragilités deviennent une force quand on n’a plus le souci de prouver aux autres ce que l’on est pas… »

Je n’ai pas d’enfants, et alors ?

On ne peut donc pas vivre, tranquillement, quand on est une femme, et que l’on n’a pas d’enfants, sans que l’on nous pose la question de savoir pourquoi on n’a pas d’enfants ?

Et si j’avais été malade ? Et si c’était grave ?

On ne devrait jamais demander à une femme pourquoi elle n’a pas fait d’enfants.

Je n’oserais jamais demander à une femme sans enfants, pourquoi elle n’a pas d’enfants.

J’aurais trop peur de la réponse.

Merci aux Editions Albin Michel pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

6 réflexions sur “Ressources inhumaines de Frédéric Viguier

  1. Je suis en cours de lecture et je partage ton avis…je n’avais lu que des chroniques très positives et le sujet m’intéresse énormément et m’est sensible. je ne crois pas que la multiplication d’œuvres sur ce sujet soit un souci, en revanche clairement la manière dont il est traité me dérange. je suis en entreprise depuis plus de dix ans, je perçois ce que veut dire l’auteur mais beaucoup trop cliché pour moi et franchement l’héroïne j’ai bcp de mal. Je vais aller au bout mais je suis clairement moi aussi déçue pour le moment.

    Aimé par 1 personne

    • En fait, c’est moins l’effet de mode du sujet que l’utilisation d’un sujet pas très original qui me dérange pour faire une entrée en littérature. Ça ne donne pas une image d’un auteur qui va se démarquer, à mon sens.
      Comme toi, je suis assez étonnée de l’enthousiasme des critiques. Essentiellement du, je pense, au fait que le livre chatouille une corde très sensible chez nombres de travailleurs/ses. Mais je suis effarée de n’avoir trouvé nulle part une autre femme qui ne soit pas dérangée que l’homme écrivain utilise le ressort navrant sur bien des aspects de la femme qui couche pour parvenir à ses fins !
      Effectivement, si Ressources humaines se révèle ne pas être à la hauteur de nos attentes, il est quand même de ces livres que l’on finit une fois commencé, malgré tout.

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