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juste avant le bonheurPrésentation de l’éditeur : Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Ému par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? Agnès Ledig, auteur de Marie d’en haut, Coup de cœur du Grand Prix des lectrices de Femme Actuelle, possède un talent singulier : celui de mêler aux épisodes les plus dramatiques de l’existence optimisme, humour et tendresse. Dans ce roman où l’émotion est présente à chaque page, elle nous fait passer avec une énergie communicative des larmes au rire, elle nous réconcilie avec la vie. Juste avant le bonheur fait partie de ces (trop) rares livres qu’on a envie de rouvrir à peine refermés, tout simplement parce qu’ils font du bien !

Éditions Albin Michel – 343 pages

Depuis le 2 mai 2013 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 4,5 / 5

Broché : 19,50 euros

Poche 6,80 euros

Ebook : 7,99 euros

Des quarante-trois romans français jusqu’alors couronnés par le Prix Maison de la Presse, je n’avais lu que Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol et Aux fruits de la passion de Daniel Pennac, sans même savoir qu’ils s’étaient vus décerner cette distinction littéraire. Notant toutefois a posteriori que ces primés l’avaient été à juste titre eu égard à leurs qualités respectives, c’est en connaissance de cause que je me suis lancée à l’assaut du quarante-quatrième vainqueur de ce prix, désavantage s’il en est puisque l’on attend toujours plus d’un livre salué par la critique…

Quels qu’aient été les concurrents en lice pour l’édition 2013 du Prix Maison de la Presse, Juste avant le bonheur est un lauréat tout ce qu’il y a de plus méritoire.

Prenant le contre-pied total de l’individualisme ambiant, Agnès Ledig articule sa narration autour du thème de la coalescence – « rapprochement de personnes sensibles et meurtries dont le contact entraîne une reconstruction solide de chaque élément à travers le tout qu’ils forment » -, induisant donc la présence de personnages écorchés qui s’accrochent les uns aux autres pour réapprendre à vivre. La vie n’étant pas avare de gifles et d’épreuves, c’est un cortège d’éclopés du quotidien en tous genres que l’on apprivoise et auxquels on s’attache dans ce roman.

Il y a dans cette touchante histoire d’amitié du lyrisme et des envolées dictées par les passions de l’auteur (nature, astronomie, médecine, navigation, randonnée…). Il y a du road trip et du journal intime dans ces tranches de vies. Il y a aussi des dialogues d’une rare vivacité, toujours touchants. Il y a surtout la vie, son lot de rebondissements, de joies et de tristesses, ce tourbillon d’émotions douces et amères, tendres et violentes.

Acculée par la maladie de son fils à trouver une première fois dans la plume son exutoire, Agnès Ledig offre les mots de son deuxième roman comme échappatoire au lecteur. Et c’est sans doute cette perte qui lui permet d’affirmer avec tant de justesse, de maturité et de sensibilité la préciosité de l’existence.

Elle enfonce peut-être des portes ouvertes, parfois avec facilité, quelques clichés et métaphores maladroites mais souligne avant tout avec intensité des évidences qui échappent trop souvent à la raison.

Tout d’abord – version humaniste de l’effet papillon – que la moindre petite attention peut bouleverser les destins de nombreuses personnes. Que l’avenir de l’homme est dans la solidarité et non dans son égoïsme, son individualisme, son repli sur lui, sa méfiance de l’autre. Que c’est au contact de son prochain que l’on retrouve goût à la vie, que l’on surmonte les épreuves.

Ensuite, qu’il faut cueillir dès aujourd’hui les roses de la vie. Hymne à l’espoir, le récit est marqué par la récurrence du proverbe arabe « Ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle ». L’auteur retient d’ailleurs elle-même cet adage comme LA phrase de son roman.

Entre apologie philosophico-poétique du petit bonheur, du non-renoncement et évocation mélancolique de l’inexorable tragédie existentielle, Agnès Ledig dicte l’urgence de vivre, clame l’indispensable générosité, hurle l’espérance et refuse d’accorder la victoire au malheur.

Juste avant le bonheur est donc un vrai feel good book dont on ne quitte qu’avec regret, non pas des protagonistes mais des amis, une famille. Loin du récit léger dégoulinant de bons sentiments, il a l’authentique parfum de la réalité entre tragédie et conte de fée. Aussi dur qu’optimiste, aussi désenchanté que porteur d’espoir, il malmène et dévaste autant qu’il réjouit. Il embarque avec force pour mieux réconcilier avec la vie.

Bref, il arrache les sourires, les larmes, les tripes, comme rarement. L’on ne sort que profondément bouleversé mais aussi grandi de ce très beau roman.

Avertissement : spoiling massif dans de nombreuses chroniques ainsi que dans les résumés et avis des sites de vente en ligne. À éviter !

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Extraits :

Les gens que nous avons aimés ne serons plus jamais où ils étaient, mais ils seront partout où nous sommes.

Alexandre Dumas

Coalescence : n.f. 4. HUM. Rapprochement de personnes sensibles et meurtries dont le contact entraîne une reconstruction solide de chaque élément à travers le tout qu’ils forment.

Elle fait partie de ces gens que le destin épargne peu. Il y en a comme ça…

Ça fait une éternité qu’un homme n’a pas été gentil avec elle. Pour une fois que c’est dans ce sens ! Pourtant, à vingt ans, Julie n’a déjà plus l’habitude de ce genre d’attentions. L’insouciance a rejoint la dignité au cimetière des illusions perdues.

Aider une personne en difficulté à traverser la rue met du baume au coeur pour l’heure qui suit.

Il est parfois des impressions que l’on n’explique pas.

Ce n’est pas de géographie dont il est question dans ce voyage. Plutôt des profondeurs humaines et de leurs forêts impénétrables.

Julie est presque vulgaire, un peu garçonne et affirmée. Mais il y a chez elle ce truc en plus qu’ont certaines personnes. L’incandescence. Cette chose qui réchauffe et fait vibrer à la fois.

– Ce n’est pas la vie qui est belle, c’est nous qui la voyons belle ou moins belle. Ne cherchez pas à vouloir atteindre un bonheur parfait, mais contentez-vous des petites choses de la vie, qui, mises bout à bout, permettent de tenir la distance.

– Qu’appelez-vous les petites choses de la vie ?

– Les tout petits riens du quotidien, dont on ne se rend même plus compte mais qui font que, selon la façon dont on les vit, le moment peut être plaisant et donne envie de sourire. Nous avons tous nos petits riens à nous. Réfléchissez, je suis sûr que vous en trouverez à la pelle.

Rien ne sert de s’opposer, le destin trace le chemin. On le suit ou pas. Mais si on ne marche pas dans ses pas, on finit par se perdre.

De croire peut déplace des montagnes, mais parfois, cela ne suffit pas. Les montagnes s’écroulent et on est dessous.

Le silence a cette vertu de laisser parler le regard, miroir de l’âme. On entend mieux les profondeurs quand on se tait.

– (…) Et puis, elle prend le temps. Pas comme tous ces médecins qui te font un grand sourire en faisant semblant de t’écouter, mais qui, pendant que tu leur expliques que tu te pisses dessus, pensent à leurs prochaines vacances au ski que le dépassement pharaonique que tu vas leur allouer aidera à payer, et qui, en prime, te font comprendre qu’il serait préférable que tu remettes tes chaussures dans le couloir, pour enchaîner avec les patientes suivantes, rentabilité oblige, parce que le ski, ça coûte bonbon, vu les stations dans lesquelles ils ont l’habitude d’aller…

– « Tu ne sais pas à quel point tu es fort jusqu’au jour où être fort reste la seule option. » C’est Bob Marley qui a dit ça.

(…) – Tu sais qu’il n’y a pas que Bob Marley qui dise des choses vraies ?

– Ah ? répond-elle amusée.

– Albert Einstein aussi.

– On va parler de relativité ?

– Exactement. Mais pas celle que tu connais. « Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez-vous auprès d’une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C’est ça la relativité. »

Le commun des mortels s’imagine que plus le temps passe, et mieux ça va, mais ces émotions-là ne suivent pas une ligne droite ascendante, mais une sinusoïde, avec des sommets et des creux de vague.

Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre.

13 réflexions sur “Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig

  1. J’ai passé un bon moment durant cette lecture mais j’ai été franchement agacée par les clichés (surtout au sujet de l’héroïne) et les quelques passages un peu « gnan-gnan » à mon goût. Mais j’en garde un beau souvenir ceci dit :)

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