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les indomptéesPrésentation de l’éditeur : Au bord de la ruine, deux sœurs, Noélie et Julienne, et leur cousine Gabrielle essaient désespérément de sauver le domaine familial. Leur âge avancé ne leur offrant pas beaucoup de chances d’y parvenir, Noélie décide d’écrire un roman sur sa famille, dans le fol et naïf espoir d’un succès. Entre présent et passé se déroule donc la saga des Randan, propriétaires terriens aveyronnais dont le destin épouse les circonvolutions du XXe siècle : le massacre de la Grande Guerre, la difficile reconstruction et la crise. Rêves de richesse, d’amour ou d’émancipation se réalisent chez les uns, échouent chez les autres. Alors que Noélie est à l’œuvre, les trois femmes acceptent d’héberger leur nièce Zoé, sans imaginer que cette fille de vingt-quatre ans, dépressive, alcoolique et un brin nymphomane, va bouleverser leur existence. D’une écriture ample, Nathalie Bauer raconte l’ascension et la chute d’une famille. Parmi toutes ces figures attachantes, émergent surtout les femmes qui, malgré les obstacles et les préjugés, sont les véritables piliers. Sans jamais renoncer à vivre libres et indomptées.

Éditions Philippe Rey – 494 pages

Depuis le 21 août 2014 en librairie.

Ma note : 5 / 5 mention Coup de cœur

Broché : 20 euros

Ebook : 14,99 euros

Les Indomptées de Nathalie Bauer est une saga familiale particulièrement réussie tirant sa force de l’inspiration par l’auteur de son histoire maternelle. Plus qu’un devoir de mémoire doublé d’un bel hommage à toute une dynastie, Nathalie Bauer a souhaité, au travers de cette traversée du XXe siècle, se pencher particulièrement sur la lignée de femmes de la famille Randan afin de recontextualiser leurs façons de vivre en fonction des pressions sociales, familiales et culturelles et de voir ainsi l’évolution de la condition féminine au fil du temps.

Si les hommes sont bien présents au fil du récit, détenteurs du nom et du patrimoine et si certaines des femmes en question restent soumises de gré ou de force aux conventions sociales et aux traditions familiales, ce sont bel et bien les insoumises, les rebelles, les indomptées qui, en tout temps, envers et contre tout, ont souhaité s’affranchir, vivre leur vie, réaliser leurs rêves et assouvir leurs ambitions, qui sont les héroïnes de ce roman.

C’est dans une demeure rurale bourgeoise aveyronnaise que l’on voit s’épanouir cet arbre généalogique fourni ; généalogie présente en première page et bien utile le temps de mettre en place chaque personnage et permettre au lecteur de se situer.

De cette fresque familiale sur plusieurs générations et sur fond d’Histoire se dégagent de magnifiques portraits, d’hommes mais surtout de femmes, fillettes ou vieilles dames. Des portraits renforcés par les photographies personnelles de l’auteur, essaimées au fil des pages, qui accroissent la proximité d’avec les personnages, au demeurant très attachants.

Ce roman de terroir qui rappelle les grandes heures de la bourgeoisie rurale à la Belle Époque, parle des racines, que chacun perçoit différemment au sein d’une même famille, de la première guerre mondiale et des problèmes de succession qui ont marqué l’éclatement et le déclin des grandes familles, mais surtout de cet attachement à la terre.

Si, à partir des histoires glanées çà et là, l’auteur forge une histoire idéale de sa famille destinée à transmettre et à s’affranchir, elle donne à contempler au lecteur un roman sensible, touchant, éblouissant, un voyage dans le temps étonnant et émouvant, une odyssée de la vie souvent heureuse, parfois moins, guidées par des femmes d’hier et d’aujourd’hui toutes plus surprenantes de forces et de fragilités mais toujours pleines d’amour. Ceux ayant déjà lu Des garçons plein d’avenir se réjouiront de retrouver le héros médecin dans les tranchées Raymond, ici pilier de cette famille narrée dans Les Indomptées. Une épopée familiale portée par une écriture simple à dévorer et à partager !

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Ce que je peux te dire d’elles d’Anne Icart, Les perles de la Moïka d’Annie Degroote, Les roses de Somerset de Leila Meacham, La tétralogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (Gabrielle, Adélaïde, Florent), Sashenka de Simon Montefiore, Les quatre Grâces de Patricia Gaffney, Le châle de cachemire de Rosie Thomas, La poursuite du bonheur de Douglas Kennedy, Le cercle des femmes de Sophie Brocas…

Extraits :

Telle est la substance du souvenir – la sensation, la vue, l’odorat : les muscles avec lesquels nous voyons, entendons, sentons – pas l’intelligence, pas la pensée ; la mémoire n’existe pas : le cerveau ne reproduit que ce que les muscles cherchent en tâtonnant, ni plus ni moins, et la somme qui en résulte est d’ordinaire incorrecte et fausse et ne mérite que le nom de rêve.

William Faulkner

Dans cette noirceur et ce fracas, Mme Carrère se déplaçait, impassible, tendant la main pour montrer chaque machine et expliquer le rôle qu’elle tenait dans la composition du livre ; ces presses aux noms formidables – Marioni, Phénix, Universelle, Express, Minerve -, apprit Noélie, tiraient des ouvrages aussi  différents que livres d’art, bulletins scientifiques, calendriers, cartes postales, revues et journaux, que d’autres machines pressaient, pliaient, perforaient, piquaient et cisaillaient, mâchant du papier et des centaines de kilos, des tonnes même, de caractères rangés dans des boîtes appelées casses et casseaux, non loin des châssis, des interlignes et des compositions gardées.

Tant de termes inconnus auraient pu rebuter la fillette, et tant de tâches matérielles précipiter le Livre – objet divin qui l’avait guérie de l’angoisse et de la solitude intérieure – au bas du piédestal sur lequel elle l’avait placé (…) ; or ils ne firent que le magnifier, ajoutant à l’étrange alchimie qui se développe entre l’auteur et son lecteur (et dans une autre mesure entre l’auteur et son œuvre) des arcanes moins savants et cependant tout aussi envoûtants, mystères d’engins furieux, bruyants, rapides, célébrés en une cérémonie solennelle au moyen du savoir, de la sueur et de la concentration.

Passer de la librairie à ces lieux équivalait un peu à quitter une douce vallée boisée que traverse un ruisseau pour l’antre rougeoyant où l’industrieux Vulcain forge non seulement les foudres de Jupiter ou les armes des héros, mais également les fauteuils de l’assemblée des dieux, capables de se mouvoir d’eux-mêmes, ou encore des joyaux, (…).

Et puis il n’y a pas que les êtres qu’on perd, il y a les illusions, les rêves, la fierté, la face, parfois même les principes, et ce sont autant de chagrins, autant de deuils (…).

Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

8 réflexions sur “Les Indomptées de Nathalie Bauer

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