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le complexe d'eden bellwetherPrésentation de l’éditeur : Cambridge, de nos jours. Au détour d’une allée de l’imposant campus, Oscar est irrésistiblement attiré par la puissance de l’orgue et des chants provenant d’une chapelle. Subjugué malgré lui, Oscar ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Premier rouage de l’engrenage. Dans l’assemblée, une jeune femme attire son attention. Iris n’est autre que la sœur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s’accompagne d’étranges conceptions sur son usage hypnotique… Bientôt intégré au petit groupe qui gravite autour d’Eden et Iris, mais de plus en plus perturbé par ce qui se trame dans la chapelle des Bellwether, Oscar en appelle à Herbert Crest, spécialiste incontesté des troubles de la personnalité. De manière inexorable, le célèbre professeur et l’étudiant manipulateur vont s’affronter dans une partie d’échecs en forme de duel, où chaque pièce avancée met en jeu l’équilibre mental de l’un et l’espérance de survie de l’autre. L’auteur du Complexe d’Eden Bellwether manifeste un don de conteur machiavélique qui suspend longtemps en nous tout jugement au bénéfice d’une intrigue à rebonds tenue de main de maître. Un premier roman magistral sur les frontières entre génie et folie, la manipulation et ses jeux pervers – qui peuvent conduire aux plus extravagantes affabulations, à la démence ou au meurtre.

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Renaud Morin.

Éditions Zulma – 496 pages

Depuis le 28 août 2014 en librairie.

Ma note : 5 / 5 mention Coup de cœur

Broché : 23,50 euros

Ebook : 12,99 euros

Le complexe d’Eden Bellwether est un livre dont on parle beaucoup ces derniers jours – malheureusement moins que celui de Valérie Trierweiler Merci pour ce moment… – et pour cause : son jeune auteur de 33 ans, l’anglais Benjamin Wood, vient de voir son premier roman couronné du Prix du Roman Fnac 2014.

Une réussite pour les Éditions Zulma dont on ne présente plus la qualité esthétique tant sur la forme (les couvertures magnifiques de David Pearson) que sur le fond (des littératures contemporaines du monde entier, des récompenses littéraires comme s’il en pleuvait). Cela dit, avec deux titres sur trois parmi les finalistes de la 13e édition du Prix du Roman Fnac, la victoire était déjà à moitié consommée.

Benjamin Wood, séduisant primoromancier (ce qui n’ajoute rien à la qualité du livre, mais beaucoup au fantasme de l’écrivain) dont le second roman est déjà annoncé pour mars 2015 en Angleterre (The Ecliptic, portrait d’une jeune peintre dans le milieu artistique londonien de la fin des années 1950), s’impose du premier coup sur la scène littéraire anglo-saxonne et internationale.

Amplement salué par la critique et finaliste de nombreux prix, Le complexe d’Eden Bellwether revisite avec fraîcheur et finesse la mince frontière entre génie et folie autour d’un trio fascinant : Oscar, jeune homme intelligent et rationnel issu d’un milieu modeste, Eden, organiste virtuose qui se targue de faire des miracles en usant de la dimension hypnotique de sa musique dans des mises en scènes étourdissantes et entre ces deux garçons, Iris, écartelée entre son amour pour Oscar et sa fidélité pour son frère Eden.

Entre amour, musique et psychiatrie, ce récit est ambitieux mais parfaitement maîtrisé. Dans cette romance coincée par un contexte oedipien quasi sado-masochiste, le drame psychologique et la tension hitchcokienne sont posés dès le prologue et l’intrigue est menée crescendo. Voulant faire de son roman de campus une sorte de huis-clos, Benjamin Wood met en scène ses personnages fouillés, mystérieux, charismatiques dans une atmosphère so british, étoffée de baroque, teintée de gothique, qui enveloppe jusqu’à l’étouffement. Prisonnier de l’engrenage infernal, le lecteur oscille en permanence entre le doute et la foi en ce pervers narcissique étrange et pénétrant qu’est Eden Bellwether, ne sait plus qui croire et surtout, se demande comment tout cela va finir…

Aucun doute, c’est bel et bien un page turner machiavélique qui consacre l’entrée en littérature du beau gosse des lettres anglaises. L’on ne peut qu’attendre avec impatience la traduction de son prochain roman et, en attendant, le lire et le relire absolument.

Vous aimerez sûrement :

La Décision de Britta Böhler, Une constellation de phénomènes vitaux d’Anthony Marra, Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann, Roman de l’au-delà de Matthias Politycki, La déesse des petites victoires de Yannick Grannec, Madame Hemingway de Paula McLain, Beauvoir in love d’Irène Frain, Alabama Song de Gilles Leroy, Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald, Loving Frank de Nancy Horan, Ciseaux de Stéphane Michaka, L’aimer ou le fuir de Delphine de Malherbe…

Extraits :

Il avait toute une bibliothèque, des éditions reliées rangées par ordre alphabétique d’auteur sur des étagères en bois sombre. Il y avait plus de livres dans sa chambre que n’importe quoi d’autre, en fait ; plus de romans, de recueils de poésie et d’anthologies que de rayures sur le papier peint. Il défendait aux autres aides-soignants d’y toucher, mais autorisait Oscar à lire en sa compagnie et, depuis un an, il lui permettait même d’en rapporter chez lui, à raison d’un à la fois.

Ils se comprenaient. (…) Et il apprenait tellement de lui, rien qu’en liant les livres qu’il lui prêtait. Au cours des six derniers mois, il avait lu des romans de Graham Green, de Herman Hesse, toutes les nouvelles de Gianni Celati, Katherine Mansfield, Frank O’Connor, Alexandre Soljenitsyne, et des essais de George Orwell. Dire qu’il avait presque oublié combien il aimait lire, cette cadence particulière des mots quand les yeux passent dessus. Ses parents étaient du genre à avoir une bibliothèque, mais sans aucun livre. Ils ne comprenaient pas le plaisir de la lecture et n’avaient jamais considéré qu’il faille l’encourager. Pour eux, les livres étaient facultatifs, un truc que des professeurs de lettres débraillés imposaient aux enfants à l’école. Oscar avait été élevé dans l’idée que s’il restait dans sa chambre plongé dans des histoires et des mondes imaginaires, c’était qu’il n’appréciait pas la vie qui était la sienne, tout ce pour quoi ses parents avaient travaillé dur, comme la télé, le magnétoscope et le jardin fraîchement gazonné. Quand il le voyait lire, son père lui demandait si ça allait, s’il se sentait bien, et ce qu’était devenu cet ami venu un jour prendre le thé. Dans le lotissement de ses parents, à Watford, la vie était plus simple si on ne lisait pas. Alors il s’était efforcé de ne pas en avoir envie.

Mais depuis que le Dr Paulsen l’avait invité à piocher dans sa bibliothèque l’année précédente, – « Choisis-en un. N’importe lequel. Je ne te donnerai pas de conseil » -, Oscar avait peu à peu retrouvé les joies de la lecture. Il pouvait dévorer trois ou quatre livres pas mois quand Cedarbrook fonctionnait au ralenti, davantage encore quand il faisait les nuits. Certains soirs, quand tout le monde était couché et que les boutons d’appel du personnel avaient cessé de retentir, il passait de longues heures dans le salon vide à lire à la lueur d’une lampe, tournant les pages avec ses doigts tout secs qui sentaient le savon antibactérien. C’est dans ces moments-là qu’il était le plus heureux.

On garde parfois rancune à quelqu’un pendant si longtemps qu’on ne sait même plus pourquoi. Et soudain, la moitié d’une vie a passé et il ne vous reste plus qu’un poing vide et beaucoup de regrets.

J’emmerde l’ordre légitime des choses. S’il y a un dieu là-haut, c’est un vieux saligaud cruel et pitoyable.

Pour un homme voyageant par temps de brouillard, ceux qui se trouvent sur la route à une certaine distance devant lui sont enveloppés de brume, de même ceux qui sont derrière lui, ainsi que les gens dans les champs de chaque côté, mais près de lui tout paraît clair, bien qu’en vérité il soit autant dans le brouillard que les autres.

Benjamin Franklin

 

Un grand merci aux Éditions Zulma pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

9 réflexions sur “Le complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood

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  2. Bonjour, pour avoir d’autres romans sélectionnés pour le prix du roman Fnac, je suis moins enthousiaste que toi mais au moins, le prix récompense un premier roman d’un écrivain sympathique (je l’ai vu en vrai). Un second roman s’impose. Bonne après-midi.

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