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le voltigeurPrésentation de l’éditeur : Dans une paisible maison d’hôtes en Bulgarie, un homme revient sur son passé et raconte tout à celle qu’il aime. Vingt ans plus tôt, c’était Lille, l’Institut, la jeunesse, l’insouciance. C’était Witold, le voltigeur, et la bande, quatre amis à l’âme vaste comme le monde, peur de rien sauf du temps qui passe et arrondit les angles. Mais la vie finit toujours par vous rattraper. Il faudra trois ans d’errance à notre narrateur, trois ans d’errance à travers le monde – pour oublier Witold, qui le fascine au-delà du raisonnable. Pour survivre à Nina, qui a failli causer sa perte. Pour finalement trouver sa place, au détour d’une auberge et des nuits d’Istanbul, dans l’odeur de musc et le fouillis des cheveux de Merve. Des rues pavées de Lille aux grandes avenues de San Francisco, de la place Rouge aux rives de la mer Noire, tout est affaire de voltige : être assez malin pour réinventer les choses, s’autoriser un pas de côté. Une voltige intérieure qui, à vingt ans de distance, montre toute la beauté du chemin parcouru. Le voltigeur, c’est aussi le nom du soldat dans l’armée de Napoléon, celui qui cavale sans cesse sur le champ de bataille, très légèrement armé pour aller plus vite.

Éditions JC Lattès – 331 pages

Depuis le 27 août 2014 en librairie.

Ma note : 3,75 / 5

Broché : 18 euros

Ebook : 12,99 euros

Entre autres éléments, le talent d’un auteur se mesure à l’aune de sa capacité à créer et se mettre dans la peau de personnages bien différents de ce qu’il est. Une faculté qui induit un grand sens de l’observation du monde qui l’entoure et une finesse d’analyse psychologique.

Dans son premier roman, Marc Pondruel investit avec beaucoup de réalisme, du haut de ses vingt-sept années, la mélancolie de la jeunesse envolée et la fébrilité face au temps qui passe d’un quadragénaire.

Après vingt années de stabilité aux côtés de sa compagne dans leur maison d’hôtes en Bulgarie, le personnage principal et narrateur, confronté à la résurgence d’une boîte à cigares emplie de souvenirs, se trouve catapulté émotionnellement dans sa jeunesse. Et de livrer à sa concubine et à deux jeunes femmes en villégiature les pans de son autobiographie jusqu’alors passés sous silence. Une jeunesse insouciante, exaltée, insolente, marquée par l’amour, l’amitié, l’aventure, la drogue, la trahison, les voyages… Autant d’éléments constitutifs de sa personne qui offrent, plus largement, un regard sur toute une génération.

Véritable roman confession, Le Voltigeur est le regard nostalgique d’un homme dans la force de l’âge sur sa vie, ses années perdues, ses espoirs et ses rêves anciens, son parcours fait de réussites, d’échecs, de désillusions et sur son but ultime : tenter d’être heureux.

L’auteur, dont on peut supposer qu’il n’a pas encore traversé cette expérience, traduit avec une grande justesse par le biais de son personnage la tendance naturelle de tout un chacun à cristalliser ses vertes années et l’idée selon laquelle « tout homme est ce qu’il fait des grandes rencontres de sa jeunesse, et ce qu’elles font de lui« . En définitive, nul ne change jamais vraiment au fond, l’on avance, certes, mais ce sont surtout les années qui passent et par-dessus tout, il faut tenter d’être heureux, « ne serait-ce que pour donner l’exemple » comme disait Prévert.

Dans son premier roman, Marc Pondruel fait preuve d’une grande sensibilité et c’est avec beaucoup d’émotions qu’on le suit dans cette voltige douce-amère, cette délicieuse acrobatie qu’est la vie.

Vous aimerez sûrement :

Les mots qu’on ne me dit pas de Véronique Poulain, La nuit ne dure pas d’Olivier Martinelli, La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, Quatre mursLes Séparées de Kéthévane Davrichewy, La mauvaise rencontre de Philippe Grimbert, Un passé en noir et blanc de Michiel Heyns, Un buisson d’amarante d’Adrien Sarrault, Une vie plus une vie de Maurice Mimoun, Les lisières d’Olivier Adam, Petit art de la fuite d’Enrico Remmert…

Extraits :

How many a year has passed and gone

And many a gamble has been lost and won

And many a road taken by many a friend

And each one I’ve never seen again.

Bob Dylan

Comme la timidité me bloquait, je décidais de la brusquer. Pour mon premier exposé, consacré aux mutineries de 1917, rouge et bafouillant, le cœur battant la chamade, je me mis à chanter La Chanson de Craonne, déclenchant des applaudissements surpris des autres étudiants et l’air catastrophé de l’enseignant. Auguste, hilare, vint pour la première fois me parler à la fin du cours, pétillant derrière ses petites lunettes en métal, et même Ophélie me fit un clin d’œil avant de filer. C’est ainsi que je mis la main sur le concept de timidité brusque, ce besoin vital de faire rentrer la vie là où personne ne l’attend, mais surtout de faire péter les digues avant d’étouffer de timidité rentrée.

C’est là, chez Witold, assis sur le plancher entre l’armoire et la fenêtre, sous le papier peint gris et les fils électriques, que j’ai découvert Artaud, Ballard et Mishima, que j’ai écouté les chansons du docteur Destouches et regardé sur un vieux téléviseur des films encore plus vieux, ceux de Dreyer et d’Harold Lloyd, souvent jusqu’à l’aube pourpre et noire qui montait du vasistas. Parfois, dans cette chambre, aussi, on ne disait rien. Et Witold, c’était la seule personne avec laquelle je pouvais tenir le silence sans être gêné. Chacun lisait dans son coin.

Le temps de rassembler ma vie, je me tais. Sur nous, le silence de la nuit est tombé comme de la soie. Combien de fois j’ai craint ce silence qui disait l’écoute, et l’attente aussi. Et, étourdi soudain d’un moi trop grand pour moi, pour retenir ainsi les autres, de quel droit, au plus vite je le crevais, ce silence qui intimidait tant. Mais, brusquement, je me sens heureux de l’attention qu’on me porte. Je ne suis plus cet effrayé du bout de la table qui parlait en triturant sa serviette, ce perpétuel gêné qui ne disait qu’en murmurant et jamais trop longtemps. Ou ratatiné d’angoisse et le cœur en bout de piste, débitant d’une flèche tout ce que j’avais à dire. Merve m’écoute, les filles m’écoutent. Je les sens, patientes, bienveillantes. Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas honte à parler de moi. Ni de la place que je prends. Évanouie, la peur. Je suis là, à ma place. Où je dois être. Alors, je fais tenir le silence un peu plus longtemps qu’il ne le faut, comme ça, pour le plaisir. Comme une revanche pour toutes ces fois.

Mettre pour la première fois les mains sur les hanches d’une fille est toujours émouvant. On la sent tanguer entre ses paumes et, du bout des doigts, naître la chaleur de sa peau sous le tissu. On se sent alors aussi apaisé qu’un sous-marinier en bordée, qu’un cow-boy en permission, qu’un soldat en perdition. Sauvé, aussi, qui sait. Et cette légère brûlure dans l’estomac, celle de savoir que l’on plaît.

Un grand merci aux Éditions Jean-Claude Lattès pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

3 réflexions sur “Le Voltigeur de Marc Pondruel

  1. Pingback: Etta et Otto (et Russell et James) d’Emma Hooper | Adepte du livre

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