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nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autrePrésentation de l’éditeur : Camarades de classe depuis l’école primaire, trois jeunes Israéliennes fantasques cherchent des dérivatifs à leur ennui dans un village près de la frontière ou rien ne se passe, sinon le pire. Sarcastique et autoritaire, Léa donne les règles du jeu, entraînant l’espiègle Yaël et la sombre Avishag. La fin de leur scolarité signe la fin de leur insouciance. Propulsées dès dix-huit ans dans le monde monotone et brutal de l’armée pour effectuer leur service militaire, elles se collettent avec toute la violence d’un pays en état d’alerte permanent. Léa est postée à un checkpoint en Cisjordanie, Avishag sert dans une unité de combat chargée de surveiller la frontière égyptienne et Yaël entraîne les soldats au maniement des armes. Chacune tente de traverser à sa manière ces terribles années. Portrait implacable d’une génération perturbée, ce roman initiatique met en lumière la difficulté universelle d’être jeune et de forger son identité.

Traduit de l’anglais (Israël) par Annick Le Goyat.

Éditions Robert Laffont – 319 pages

Depuis le 21 août 2014 en librairie.

Ma note : 1 / 5

Broché : 21 euros

Ebook : 14,99 euros

Ce n’est pas tous les jours qu’occasion est donnée de lire de la littérature israélienne. Le plus souvent, les auteurs que l’on peut rattacher à la communauté littéraire juive sont, pour la plupart, Américains de naissance ou naturalisés (Philip Roth, David Grossman, Shalom Auslander, Isaac Bashevis Singer, Sharon Pomerantz…).

À l’aune de l’actualité où l’attention internationale est rivée sur les événements entre Israéliens et Palestiniens autour de cet état à feu et à sang depuis sa création, il est fort probable que la jaquette, finement pensée, de Nous faisions semblant d’être quelqu’un d’autre, constituée du visage d’un soldat et d’un bandeau rouge faisant mention d’un « premier roman choc d’une jeune Israélienne », que cette couverture donc attire l’attention d’un grand nombre de lecteurs.

Pourtant, la voix nouvelle de la littérature qu’est celle de Shani Boianjiu n’a, à mon sens, pas trouvé de manière remarquable la façon d’exprimer ce qu’est la jeunesse israélienne d’aujourd’hui.

S’il est certes intéressant de donner à voir, par les regards aussi différents qu’interchangeables de trois jeunes filles, ce qu’implique l’obligation de servir militairement pendant deux ans et à quel point cette contrainte civique a un impact important pour ne pas dire définitivement déterminant sur les jeunes recrues, Shani Boianjiu s’est égarée dans une narration sans queue ni tête ni grand style.

Relatant avec détachement leur ennui profond comblé de manière souvent choquante et ponctué d’épouvantables épisodes de violences durant cet incontournable engagement sous les drapeaux, Yaël, Avishag et Léa sont profondément transformée lors de leur retour à la vie civile. Le devoir citoyen du service militaire est ici autant un rite de passage qu’un long et lent acte de maltraitance qui bouleverse physiquement et psychiquement.

La dénonciation de l’expérience forcée de la guerre et de la peur constante est trop mesurée à mon goût. L’auteur, en voulant brosser le portrait d’une génération perturbée, en mal d’identité, divisée entre l’insouciance propre à son âge et la brutalité sociale de son pays, entre la pop et la guerre, n’a pas su gérer son sens de la provocation qui ne se situe pas au bon niveau, de mon point de vue. Le récit est certes dérangeant, mais pas pour les bonnes raisons. Là où l’on attend un roman déstabilisant, reflet d’un système unique en son genre, l’on ne voit essentiellement que trois ingénues auxquelles il est impossible de s’attacher et qui pourraient presque être de n’importe où. Du message voulu au message transmis, Shani Boianjiu a raté le coche et juxtapose des vignettes qui sont autant de coups d’épée dans l’eau. Si je n’avais pas cherché à tout prix quelles étaient les raisons de la presse américaine d’encenser cette entrée en littérature, le livre me serait tombé des mains bien avant la fin.

Vous aimerez sûrement :

Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann, Celles qui attendent de Fatou Diome, Dis que tu es des leurs d’Uwem Akpan, Murambi, le livre de ossements de Boubacar Boris Diop, L’équation africaine de Yamsina Khadra, Un fusil dans la main, un poème dans la poche d’Emmanuel Dongala, Quand les colombes disparurent de Sofi Oksanen, Les douze tribus d’Hattie d’Ayana Mathis…

Extraits :

Je pense ensuite à tous ces Soudanais qui se font mitrailler chaque nuit à la frontière, qui arrivent de l’enfer, qui marchent, marchent, les pieds couverts d’ampoules, pour mourir là. Mais il ne me reste que deux minutes de pause pour penser à eux, et puis vous devez comprendre combien il est difficile d’éprouver de la compassion à leur égard, car ils ont l’air d’Africains et ne ressemblent pas aux gens auxquels je suis habituée, et ils sont si nombreux, et ils meurent toujours, et puis mon ventre commence à aller un peu mieux, et je conclue que, peut-être, changer de personnalité sera très difficile.

C’était ainsi que fonctionnait l’armée. Nous passions notre temps à le tuer et, à la fin de la journée, chacune de nous se concentrait sur un unique sujet de discussion. Dans mon baraquement, c’était le sexe.

On pourrait penser que Tom exerçait le travail le plus facile de toute l’armée israélienne, mais lui savait que, en réalité, c’était le plus difficile du monde. Bien sûr, il effectuait son service militaire à Tel-Aviv, à cinq minutes à pied d’Azrieli, la plus grande et la plus étincelante galerie commerciale du pays – précisons que c’est là que siège le quartier général de l’armée et les bureaux du chef d’état-major. Tom rentrait donc chez ses parents chaque soir à huit heures, et son unique activité pendant ses onze heures de service consistait à rester assis derrière un bureau en bois sans quitter des yeux un téléphone rouge. Cependant, évitons les conclusions hâtives. Sait-on à quel point il est pénible de contempler un téléphone rouge qui ne sonne jamais ? Chaque jour, de huit heures du matin à huit heures du soir, avec quelques pauses de deux minutes trente pour manger et pisser ? Pendant trois ans ? Posez un téléphone sur une table vide et observez-le fixement. Vous ne tiendrez pas plus de quinze minutes.

Un grand merci aux Éditions Robert Laffont pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

10 réflexions sur “Nous faisions semblant d’être quelqu’un d’autre de Shani Boianjiu

  1. Pingback: Debout-payé de Gauz | Adepte du livre

  2. Bon et bien, comme toi je suis passée à côté de cette lecture. J’ai aussi trouvé sa narration morcelée plutôt ratée et inefficace…
    Je vais faire un lien vers ton billet dans le mien !
    Au plaisir de te lire,
    Cajou

    Aimé par 1 personne

    • Ton commentaire me rassure, j’avais l’impression d’être la seule à être passé à côté de ce livre. Non pas que cela me dérange mais je ne pouvais m’empêcher de me demander ce que tout le monde lui trouvait. Et la jaquette qui le qualifie de drôle, ça, c’est le summum… Merci pour ton lien. Au plaisir de nos tribulations littéraires, communes ou non.

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  3. « sa narration morcelée plutôt ratée et inefficace… »

    anyone of you ever left your mom´s home. anyone ever been to jerusalem. anyone acquainted with historical matters. anyone ever been in the army for years. sit back on your sofas and enjoy talking crab if not been in the field.

    J'aime

  4. Bonjour,
    Je ne partage pas du tout ton analyse de ce livre, que j’ai trouvé très intéressant , même si l’enthousiasme de la critique américaine me semble un peu excessif.
    Pour moi c’est un livre sur la peur, sur la peur de mourir (qui n’est pas la même n’importe où, comme tu dis, que dans un pays en guerre) tout autant que sur celle de vivre, exprimée de manière déjantée mais avec brio pour une fille de 25 ans. Elle n’est pas la première à mettre en relief l’absurdité et le manque d’humanité de l’armée ,mais on n’a pas l’habitude de connaître le point de vue féminin sur le sujet, qui ne peut être tempéré , voire « glorifié » par d’éventuelles victoires au combat.
    Je comprends tout à fait que tu n’aies pas apprécié ce livre, par contre j’ai été très étonnée par ta petite introduction sur la « littérature israélienne  » où le seul israélien que tu cites est David Grossmann (qui n’est pas naturalisé quoi que ce soit d’ailleurs) , où tu évoques Singer, polonais devenu américain qui écrivait en yiddish …alors que tu oublies Amos Oz mondialement célèbre , Zeruya Shalev qui vient d’avoir le Fémina et qui écrit des livres remarquables sur le couple , Eshkol Nevo, Meir Shalev, Alona Kimhi, (tous les 5 chez Gallimard) , Edgar Keret avec ses recueils de petites nouvelles absurdes, Avraham B.Yehoshua…
    C’est une littérature très riche et passionnante et je trouvais dommage de la balayer aussi mal , si tu en as l’occasion essaye de la découvrir …

    Aimé par 1 personne

    • Concernant le roman en lui-même, que dire d’autre que « les goûts et les couleurs »…
      Concernant la littérature juive (et non israëlienne) que j’évoque, je ne prétends pas faire un cours. J’observe que la plupart de la production est américaine, ce qui me semble assez juste et ensuite, je cite à l’aune de ma propre expérience de lectrice, n’ayant pas l’habitude de parler de ce / ceux que je ne connais pas. Mais je comprends que ma formulation laisser penser qu’il s’agit d’une vérité absolue et non d’un simple point de vue subjectif. Point de vue subjectif qui est l’essence même de ce blog et de toute critique en général je crois.
      Cela étant, j’ai, hormis ce titre, apprécié les expériences tentées en la matière et compte bien les renouveler… D’autant que ma maman est une adepte du genre. Mais il y a tant de chose à lire… Des recommandations particulières ? Merci pour ta visite. A bientôt !

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  5. Bonne analyse. Je viens de le finir et je suis également très déçu. Je m’attendais à vivre de l’intérieur une expérience originale : être femme dans l’armée israélienne et c’est un livre à moitié déjanté avec quelques rares bons moments et à se demander sans cesse si c’est du délire sous psychotrope ou si c’est du vécu. Le livre est assez décousu et la fin un désastre. Je sais bien que les critiques imprimées sur le livre sont « sélectionnées » mais malgré ça, on se demande si elles ne sont pas surtout télécommandées. « angoisse à couper le souffle » dit le Boston Globe sur la 4eme de couverture… On n’a pas du lire le même livre.l

    Aimé par 1 personne

  6. Pingback: Ressources inhumaines de Frédéric Viguier | Adepte du livre

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