Home

madame diogènePrésentation de l’éditeur : Madame Diogène ne vit pas dans un tonneau mais dans un appartement transformé en terrier. Elle y a accumulé au fil du temps des tombereaux d’immondices dont les remugles ont alerté les voisins. Elle n’en a cure, elle règne sur son domaine, observe le monde de sa fenêtre, en guette l’effondrement et le chaos. Elle sait qu’autre chose se prépare. Plongée vertigineuse dans la folie, analyse minutieuse de la solitude radicale, ce premier roman d’Aurélien Delsaux explore avec une force et une maîtrise étonnantes un territoire aussi hallucinant qu’insoupçonné.

Éditions Albin Michel – 138 pages

Depuis le 20 août 2014 en librairie.

Ma note : 3 / 5

Broché : 13,50 euros

Ebook : 9,49 euros

Madame Diogène, premier roman d’Aurélien Delsaux est, vulgairement, aux lettres ce que C’est du propre ! est à la télévision. Le ridicule en moins, mais pas l’abject. Ce texte étrange et dérangeant est une plongée au cœur de la folie d’une vieille dame livrée à elle-même et entasseuse compulsive de détritus.

Celle que l’on ne connaîtra que sous le nom qui traduit le syndrome* éponyme dont elle souffre manifestement, vit recluse dans son appartement transformé au fil du temps en bourbier infâme envahi d’objets de toutes sortes sur lesquels grouille une faune parasitaire qui démange le lecteur rien que d’y penser. Quel âge a-t-elle ? Qui était-elle avant de sombrer ? Hormis quelques rares indices disséminés çà et là de la longue description du cloaque, l’on n’en saura pas tellement plus sur le qui, le pourquoi et le comment.

Ce huis-clos sordide est un vaste constat de ce qui est, une contemplation malsaine d’une vieillarde esseulée qui s’est construit un terrier malsain pour se retirer de la vie qu’elle se contente d’observer depuis sa fenêtre. Seulement la vie s’impose à elle sous la forme de ses voisins qui, indisposés par les remugles et autres émanations pestilentielles du taudis la menacent de son expulsion imminente.

Plus qu’une personne, l’anonyme Madame Diogène est le symbole d’une société en général et d’une génération en particulier, de ces personnes âgées esseulées, exclues par une société jeuniste et se heurtant à un monde indéchiffrable de plus en plus violent, agité et indifférent à l’autre.

D’une écriture brut et hyper réaliste, Aurélien Delsaux ne se contente pas de raconter, il permet au lecteur de visualiser parfaitement et presque ressentir, dans ses moindres détails (ordures, parasites, moisissures, excréments, cadavres…), le bas-fond de Madame Diogène.

Ce texte éminemment littéraire, très maîtrisé, bien que court en lui-même, est une vaste et sombre peinture sur la folie, la solitude extrême et l’exclusion. Ses nombreux reliefs descriptifs, aussi sensoriels soient-ils, ne comblent pas le manque d’action manifeste du récit. Madame Diogène est une lente chute à l’atterrissage relativement annoncé et même là, l’action redoutée et attendue n’a pas lieu, la déchéance ultime est aussi plate que l’existence dépeinte. Ce premier roman est l’indiscutable révélation d’une plume qui sait retranscrire et dénoncer le monde qu’elle observe, mais espérons qu’à l’avenir, elle s’inscrira dans un intrigue autrement plus dynamique.

* En savoir plus sur le syndrome de Diogène

Vous aimerez sûrement :

Muette d’Éric Pessan, La Silencieuse d’Ariane Schréder, Les saisons de la solitude de Joseph Boyden, Les déferlantes de Claudie Gallay, Eux sur la photo d’Hélène Gestern, Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins, Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois, Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto, L’élégance du hérisson de Muriel Barbery, L’amour sans le faire de Serge Joncour, Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig…

Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

3 réflexions sur “Madame Diogène d’Aurélien Delsaux

  1. Pingback: Journal de la canicule de Thierry Beinstingel | Adepte du livre

Merci de partager vos avis, remarques, etc. Je vous répondrai toujours et avec plaisir !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s