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les mots qu'on ne me dit pasPrésentation de l’éditeur : « “Salut, bande d’enculés !” C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison. Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds. Je vais leur prouver que je dis vrai. “Salut, bande d’enculés !” Et ma mère vient m’embrasser tendrement. » Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte. Son père, sourd-muet. Sa mère, sourde-muette. L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot. Le quotidien. Les sorties. Les vacances. Le sexe. D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie. D’une famille différente, un livre pas comme les autres.

Éditions Stock – 141 pages

À paraître le 20 août 2014 en librairie.

Ma note : 4 / 5

Broché : 16,50 euros

Ebook : 11,99 euros

C’est avec un récit autobiographique que Véronique Poulain, professionnelle du spectacle vivant et ancienne assistante personnelle de Guy Bedos, a choisi de faire ses premiers pas en la littérature.

Dans ce premier roman, elle retrace son enfance et son adolescence en tant qu’entendante élevée par des parents sourds. Témoignage plein d’humour et d’amour, Les mots qu’on ne me dit pas ouvre une fenêtre sur un monde que l’on connaît peu voir pas si l’on n’est pas touché directement. Et le lecteur de découvrir entre autres que ce monde que l’on croit de silence est, pour les entendants, horriblement bruyant.

D’une écriture plus intime que littéraire, Véronique Poulain retrace sa jeunesse laissant presque à penser qu’elle offre une version épurée de son journal intime, tournant uniquement autour du handicap de ses parents et de cette double culture qui fut la sienne durant son jeune âge, sa phase d’apprentissage. Au travers de chapitres courts qui rythment la narration, elle livre son approche de la situation évoluant au fil du temps et répond aux questions inhérentes du béotien en se faisant le reflet vécu des avantages et des inconvénients de vivre avec des personnes atteintes de surdité.

Loin d’un épanchement affecté, l’auteur, loin de susciter la commisération, ne lésine pas sur les aspects truculents faisant de son vécu particulier une différence certes, mais une vraie chance et parfois une bonne tranche de rigolade plutôt qu’un frein. Même si tout n’a pas toujours été rose… En se racontant, elle rend finalement un hommage juste et touchant à ses parents et à son oncle – Guy Bouchauveau, linguiste LSF et showman sourd le plus célèbre à l’international. Fière de leur engagement et de leur investissement pour développer la langue des signes et facilité la vie de leurs alter ego, elle contribue par ce texte à son tour à la mise en lumière et l’ouverture des portes de ce monde.

En quelque cent cinquante pages seulement, Véronique Poulain en dit beaucoup en peu de mots, mais dans ce texte qu’il faut savoir lire entre les lignes, les silences ont aussi leurs mots à dire. L’on dit souvent que l’on ne parle bien que de ce que l’on connaît bien. Un adage qui se vérifie pleinement ici, même si l’on peut se demander si cette nouvelle plume saura s’écarter de son propre sujet à l’avenir avec autant de verve… En attendant, inutile de bouder son plaisir, cette auto-non-fiction ou cette autobiographie très partielle est un vrai bon moment de lecture.

Vous aimerez sûrement :

Les Affreux de Chloé Schmitt, L’Agrément de Laure Mézarigue, Fugue d’Anne Delaflotte Mehdevi, La nuit ne dure pas d’Olivier Martinelli, La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, Journal d’un corps de Daniel Pennac, Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig, Les arbres voyagent la nuit d’Aude Le Corff, Hors de moi de Claire Marin, Une adolescence américaine de Joyce Maynard…

Extraits :

Dans le bus, parfois, ma mère a des gaz. Extrêmement sonores. Elle ne se rend pas compte du bruit qu’elle produit. Moi, si. Et les autres aussi.

J’oscille entre fierté, honte et colère.

À longueur de temps.

Ma vie commence à être intéressante. Je vais lire. Je ne vais enfin plus m’ennuyer.

Notices, prospectus, journaux, noms sur les boites aux lettres, réclames sur les murs de la ville et toute la Bibliothèque rose, la verte, la rouge et or… Je lis tout. Tout ce qui me tombe sous les yeux.

Je dévore les mots qu’on ne me dit pas.

Pour les appeler, plusieurs solutions s’offrent à moi :

La feignante : j’attends qu’ils se retournent et me regardent. Faut pas avoir un truc trop urgent à demander.

La dynamique : ce que je veux dire ne peut pas attendre. Je me lève et leur tape sur l’épaule.

La nonchalante mais néanmoins la plus courante : j’allume et j’éteins la lumière. Ils se retournent. Je leur parle.

Ou alors, je balance un livre dans la pièce. Mais ça me fait mal au cœur, j’aime trop les livres.

Ou bien, je jette un objet sur eux.

Je suis horripilée par les questions qu’on me pose à l’école. Toujours les mêmes. Sans cesse. Tout le temps.

Je décide donc de ne plus parler du handicap de mes parents. Je ne parle plus du tout d’eux, d’ailleurs. Et on me fout la paix.

Dans la langue de mes parents, il n’y a pas de métaphores, pas d’articles, pas de conjugaisons, peu d’adverbes, pas de proverbes, maximes, dictons. Pas de jeux de mots. Pas d’implicite. Pas de sous-entendus. Déjà qu’ils n’entendent pas, comment voulez-vous qu’ils sous-entendent ?

La langue des signes est la plus expressive que je connaisse.

Lorsqu’un sourd parle, tout son corps est en mouvement. Tout son visage s’exprime. Impossible de parler en langue des signes sans bouger un muscle de son minois. Qu’on l’ait joli ou pas. Récemment liftée, passez votre chemin. L’émotion, la force d’un sentiment passent par la seule expression du visage.

Il n’y a pas de conjugaison en langue des signes. Il n’y a pas de temps en langue des signes. Il y a un avant, un après, un pendant, mais pas de passé composé, de futur, de présent. (…)

La notion de temps est donnée par le corps. Au futur, il bascule imperceptiblement vers l’avant. Au passé, il part en arrière. Ce que les sourds appellent très joliment « la ligne du temps ».

Un grand merci aux Éditions Stock pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

13 réflexions sur “Les mots qu’on ne me dit pas de Véronique Poulain

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