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zoran un conte cruelPrésentation de l’éditeur : “Il existe, aux confins de la verte Finlande, une forêt peuplée de créatures étranges et fort laides qu’on appelle les fredouilles. Les fredouilles ont deux jambes et deux bras, rattachés à un torse. C’est là tout ce qui les apparente aux humains. Pour le reste, elles présentent des différences notables, et à bien des égards effrayantes.” C’est au cœur de cette forêt, parmi de pauvres hères, mangeurs d’ails et aigrefins venus s’enivrer et se remplir la panse dans « l’Auberge de l’Ours qui pète » que naît la pauvre Zora. Enfant sauvage, battue et humiliée, abandonnée de tous, Zora semble vouée à un destin tragique. Si elle échappe à son père Seppo, maître tripier et égorgeur de vierges, elle va devoir affronter Glad l’Argus, barde mécréant et inventeur de chants maudits, et le capitaine Boyaux, un redoutable maquereau itinérant. Mais elle croisera aussi le chemin de deux hommes avec qui elle se liera profondément. Tuomas, un vieil alchimiste dont les élégantes manières, le savoir et la douceur détonnent dans cette maudite région, et Tero, un jeune chercheur de chants de Carélie hanté par une ritournelle au point d’en perdre le repos. Dans une langue rabelaisienne d’une prodigieuse fécondité où se mêlent l’humour et l’érudition, le grotesque et le fantastique, la cruauté et la poésie, Philippe Arseneault relate l’histoire extraordinaire de Zora. Digne des plus sombres contes nordiques, Zora rend également hommage à la magnifique tradition des « histoires tragiques » par la puissance des images et l’évocation de la misère de notre condition humaine.

Éditions des Équateurs – 459 pages

Depuis le 14 août 2014 en librairie.

Ma note : 4,5 / 5

Broché : 22 euros

C’est avec un livre hors du commun que débute la grand-messe de la trinité éditeur / auteurs / lecteurs, autrement appelée et tant attendue rentrée littéraire 2014 ! Zora, un conte cruel est un premier roman qui vient tout droit du Québec. Et pas n’importe quel premier roman de la Belle Province ! Son auteur, Philippe Arseneault, a mis dix années pour l’écrire ; un travail de longue haleine récompensé par le Prix Robert-Cliche 2013 du premier roman.

Dans les critiques littéraires, certaines expressions reviennent fréquemment, souvent à tort et à travers, telles « à lire absolument » ou encore « âmes sensibles s’abstenir« . Ce galvaudage fait perdre en puissance ces formules toutes faites ayant pourtant un sens qui doit prendre, en l’occurrence, toute sa mesure.

Les jeunes âmes sensibles seront écartées d’office de cette lecture. Quant à celles dont l’âge se prête à l’ouvrage, reste à tenter de les convaincre de dépasser leurs craintes et d’accepter de perdre momentanément un peu de temps repos… Car Zora, un conte cruel est un livre qui mérite réellement que l’on s’y attarde, même s’il faut bien admettre qu’il ne pourra plaire à tout le monde. Parce que résolument atypique, il est, comme son nom l’indique, bel et bien cruel, qualificatif auquel on peut sans hésiter associer les termes de sanguinaire ou encore barbare.

Empruntant à la mythologie et aux légendes nordiques, l’auteur campe son récit dans les confins de la Finlande, dans une forêt maléfique qui rassemblent créatures et dégénérés tortionnaires ou torturés en marge de la société. L’univers inquiétant créé est aussi envoûtant que rebutant. Arseneault multiplie les descriptions trash avec un verbe riche qui n’est pas sans rappeler les légendes médiévales, les fables de l’enfance. Mais dans ce mélange entre Rabelais, Perrault et Les contes de la crypte, le fantastique côtoie le grotesque et le gore, la poésie. Mélange fascinant que ce mélange d’érudition, de cauchemardesque et d’humour.

Le talent descriptif n’empiète cependant en rien sur la tension de l’intrigue. L’atmosphère dépeinte l’est au service des péripéties, actes héroïques et autres rebondissements et confère une indiscutable valeur littéraire à cette narration parfaitement maîtrisée.

Difficile de passer à autre chose une fois cette lecture terminée ; un sas de décompression pour revenir à la réalité est nécessaire tant on est happé par l’imaginaire débordant de cet écrivain débutant qui a tout d’un grand. L’écrivain redore incontestablement le blason du fantastique au travers de ses quelque cinq cents pages qui filent sans que l’on s’ennuie un seul moment.

De ce monde insolite aux personnages fouillés, horrifiants pour la plupart et attachants pour certains, se dégage une « espèce de beauté sombre et mystérieuse« . Philippe Arseneault parvient du premier coup à créer son empreinte, son esthétique, bref, son style. Son chef d’œuvre est déjanté et dégueu et pourtant, on s’en délecte et l’on en rit. Si des contes et légendes se tirent généralement une morale, il est ici difficile de trouver laquelle, si ce n’est qu’il tarde de voir ce que ce nouveau grand nom de la littérature québécoise réserve à ses lecteurs pour l’avenir…

Vous aimerez sûrement :

Ferrailleurs de la mer de Paolo Bacigalupi, Rainbow warriors d’Ayerdhal, Julian de Robert Charles Wilson, Hunger Games de Suzanne Collins, Enfants de la paranoïa de Trevor Shane, Peste de Chuck Palahniuk, Enig marcheur de Russel Hoban…

Extraits :

Vous n’aimez pas les gens ; je sais bien que vous êtes de cette farine-là. Et vous avez raison. Je ne les aime pas non plus, le plus souvent. Mais vous êtes un esthète, mon ami. Restez en retrait du monde si vous le voulez, qui vous en tiendra rigueur ? Les hommes sont d’ennuyants crétins. C’est vrai à Grigol, c’est vrai à Moscou, c’est vrai en Afrique, c’est vrai partout. Mais le spectacle de l’humanité, lui… C’est une des rares sources de distraction en cette vie. Regardez les hommes vivre. Regardez leurs maisons. Regardez ce qu’il y a dans leurs assiettes. Regardez-les ouvrir leurs boutiques le matin et installer leurs marchandises. Regardez-les se battre sur le trottoir pour trois pennis. Regardez-les boire et rire, chanter et discuter. Les couleurs et les mouvements du monde, des hommes et de la nature… Il faut vous en gaver jusqu’à plus faim. Et, quand vous en aurez assez, étendez-vous sur l’herbe et dormez un brin. Au réveil, vous en voudrez encore. Ne cessez de vous repaître de ce spectacle que lorsque l’âge vous en empêchera.

– Partez mon garçon, allez au bout du monde. C’est dans le mouvement que l’homme est homme.

Un grand merci aux Éditions des Équateurs pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

10 réflexions sur “Zora, un conte cruel de Philippe Arseneault

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