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quatre mursPrésentation de l’éditeur : La maison familiale est trop vaste pour une femme seule. En ce jour de déménagement, les quatre enfants, devenus adultes, s’y retrouvent pour la dernière fois. Leur père est mort. Dans les pièces vides qui résonnent, les propos en apparence anodins se chargent de sous-entendus. Ces quatre-là se connaissent trop pour donner le change, d’autant que leur mère, profitant qu’ils soient pour une fois ensemble sans enfants ni conjoints, soulève la question de l’héritage. Deux ans plus tard, rien n’est résolu : les frères et sœurs ne se parlent plus guère, et surtout pas de leur passé. Sur l’insistance de leur mère, ils ont pourtant accepté de se retrouver en Grèce, le pays de leur origine, dans la maison où l’aîné vient de s’installer. Ce voyage est, pour chacun d’entre eux, l’occasion de revenir sur l’ambivalence de leurs relations. Comment en sont-ils arrivés là, eux qui étaient tout les uns pour les autres ? Excellant à pointer la dissonance dans les voix de ses quatre protagonistes, qui chacun livre sa version des faits, Kéthévane Davrichewy, comme si elle assemblait les pièces d’un puzzle, révèle petit à petit les motifs d’un drame familial, et propose une belle variation sur la perte de l’innocence.

Éditions Sabine Wespieser – 180 pages

Depuis le 6 février 2014 en librairie.

Ma note : 3,75 / 5

Broché : 18 euros

Ebook : 13,99 euros

Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de lire les mots d’une auteur géorgienne par ses origines. Mais ce n’est pas l’unique raison qui doit pousser à lire Quatre murs. Avec ses précédents romans, Kéthévane Davrichewy a su imposer son empreinte dans le paysage littéraire et l’on retrouve dans sa nouvelle production une thématique chère à sa plume : les liens interpersonnels qui se font et se défont. Si dans Les Séparées, elle s’est attachée à la déliquescence du sentiment amical, son nouveau livre explore le fragile cordon fraternel et sororal, ce rapport d’amour familial aussi intrinsèque que gidien puisque l’on n’en choisit pas les destinataires.

Quatre murs, ce sont donc quatre membres – deux frères plus deux sœurs – exprimant chacun leur tour leurs points de vue respectifs, forcément distincts et subjectifs, sur ce qui les a unis fusionnellement dans l’enfance et sur ce qui semble les diviser irrémédiablement aujourd’hui. Quatre parties donc pour ce roman choral : une scène d’exposition, les monologues des deux aînés et le dialogue des jumeaux. Lors d’un périple pour la Grèce qui doit permettre de régler les différends sur les questions d’héritage, questions et réflexions se multiplient transformant pour tous l’expérience en un voyage initiatique, révélateur.

Loin de la saga familiale fleuve, ce huis-clos intimiste où la tension est palpable n’a pas un mot de trop et la part belle est faite aux silences qui en disent parfois plus long. Au lecteur de découvrir les regrets, les rancœurs, les non-dits, les contours d’un drame familial et de se laisser glisser à l’introspection. Les parents aiment-il autant chacun de leurs enfants ? L’ordre de naissance impose-t-il des rôles, des devoirs ? Comment trouver sa place dans la famille et s’émanciper du poids des liens tout en les conservant ? De multiples questions autour de la perte de l’innocence qui sonnent d’autant plus juste que la fin reste ouverte. Cette œuvre subtile et nuancée au charme doux amer est une lecture à partager entre frères et sœurs.

Vous aimerez sûrement :

Les Séparées de Kéthévane Davrichewy, Bastards de Ayerdhal, Vertiges de Lionel Duroy, La mauvaise rencontre de Philippe Grimbert, La vie d’une autre de Frédérique Deghelt, Marthe et Mathilde de Pascale Hugues, Les secrets de Summer street de Cathy Kelly, Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi de Katherine Pancol…

Extraits :

Ces foutues migraines m’assaillent à nouveau. Si violentes. Je ne suis plus bon à rien, je ne peux qu’attendre, rester cloîtré. Un mal tenace et lancinant. Tapi, il me guette sans cesse.

Je ne sais pas quand ça a commencé. Il y a quelques années sans doute. Cela me prend mon énergie, puis me plonge dans un gouffre sans fond. J’y flotte? Hors d’atteinte. Mon crâne est martelé par une douleur grinçante. Je m’allonge et j’endure. Je m’accroche à la certitude que ça va passer.

Tout passe, même la douleur. C’est dans Proust. Un long passage à propos du chagrin. J’ai repris mes vieilles éditions de La Recherche, sûr de l’avoir souligné. Introuvable. Je confonds peut-être avec un autre auteur.

J’ai consulté. Des spécialistes, neurologues, ostéopathes, acupuncteurs, homéopathes, rebouteux. J’ai pris des médicaments à haute dose, Zomig, Prontalgine, Topalgic, Acupan, morphine. Jusqu’à l’overdose. J’ai fait une hépatite. Puis des scanners, IRM and co. Ils cherchent. Je suis terrifié qu’ils finissent par trouver.

Alors, j’ai mis fin à l’engrenage. Plus de visites, ni traitements ni examens. Mon remède n’en est pas un.

Appréhender le début, déceler les prémices du calvaire, anticiper et guetter la délivrance. Des actes précis qui jalonnent l’épreuve. J’apprivoise la patience dans l’obscurité. Quand le mal se replie, disparaît enfin, je me recentre. Une expérience presque spirituelle. Conneries, me direz-vous.

Les habitudes familiales doivent-elles cesser à un certain point de notre existence ? Le peuvent-elles ? Ou faut-il renoncer, prendre de la distance au risque de se perdre ?

Un grand merci au magazine ELLE et aux Éditions Sabine Wespieser pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre dans le cadre du Grand Prix des Lectrices ELLE 2015.

4 réflexions sur “Quatre murs de Kéthévane Davrichewy

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