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brel par leloirPrésentation de l’éditeur : « Ce livre, nous l’attendions depuis longtemps. Je l’espérais depuis le jour de ma rencontre avec Jean-Pierre Leloir. » France Brel. Durant quinze ans, depuis l’arrivée de Jacques Brel à Paris en 1957 jusqu’au début des années 70, Jean-Pierre Leloir a été le photographe privilégié et l’ami de Brel. Cet album exceptionnel, comprenant de très nombreux documents inédits en couleurs, est le témoignage de ces quinze années de complicité.

Éditions Fetjaine – 128 pages

Depuis 2008 en libraire.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 4 / 5

Indisponible sauf en occasion

Dans le cadre de l’opération Babelio, j’ai cette fois eu le privilège de recevoir deux magnifiques livres en belle édition. Brel par Leloir est l’un d’eux.

Je n’ai pas l’habitude d’acquérir de beaux grands livres albums qui font si joli dans la bibliothèque et que l’on prend plaisir à feuilleter. Le coût de la culture et l’épaisseur de ma bourse m’incitent davantage à privilégier le poche épais qui rentabilise le prix du mot. Le cadeau, extra-ordinaire, n’en fut que plus appréciable. Et apprécié.

Au-delà des clichés magnifiques de celui qui fut l’un des plus grands poètes amoureux écorchés mais au sarcasme à nul autre pareil du siècle passé et de l’émouvante déclaration d’amitié d’un photographe à son modèle, l’on trouve le parti-pris très engagé, très éthique d’un professionnel quant à sa fonction ; éthique qui semble cruellement manquer aux gens du métier de notre époque. Les sublimes portraits restent évidemment le coeur de cet ouvrage, nous prouvant, si besoin était, qu’une vraie gueule incroyablement expressive, de laquelle transpire intelligence, sincérité et engagement, est à n’en pas douter la plus proche définition de la beauté, plutôt que la plastique mathématique parfaite.

Un hommage à ne pas manquer pour tous ceux qui, avec délectation, continuent à faire vivre – peut-il jamais mourir ? – le mythe Brel.

Extraits :

Quand Georges Brassens chantait ses compositions, j’avais l’impression qu’il les avait écrites pour moi : La Mauvaise Réputation, Les Bancs publics, Le Gorille… Nous étions quelques centaines de milliers, de ma génération, à en être convaincus. Avec Brel, ça a tout de suite été pareil : dès le début, je ressens une communion de pensée, une foi très relative en l’humanité, une soif de liberté, une indépendance, une méfiance à l’égard des bonimenteurs de toutes sortes.

Je me souviens précisément de ce premier contact. Brel me jauge, me demande si je suis un « guette-au-trou », l’un de ces journalistes-photographes qui s’intéressent à la vie privée des vedettes, ceux que l’on appelle aujourd’hui les « paparazzis ».

– « Vous allez me poser des questions ? », me demanda-t-il. « Parce que si c’est le cas, plutôt que d’évoquer la couleur de mes chaussettes, je préférerais que l’on parle de l’affaire de l’Observatoire : qu’en pensez-vous ? »

L’histoire remonte à quinze jours : dans le nuit du 15 octobre, François Mitterrand, ancien ministre, a échappé à un attentat. L’affaire est fumeuse ; très vite la rumeur s’est propagée qu’il aurait lui-même commandité l’opération, pour mettre en cause les partisans de l’Algérie française. De Gaulle n’est revenu au pouvoir que depuis quelques mois. Évidemment, cette conversation me plaît beaucoup…

On le critiquait sur son physique. Je me souviens d’un article dans un quelconque Paris-Jour de l’époque qui s’interrogeait sur la laideur des nouveaux chanteurs : à Philippe Clay, on reprochait son côté désossé, son visage en lame de couteau ; à Gainsbourg son nez crochu, ses yeux mi-clos, ses oreilles décollées ; à Brel sa dentition de Fernandel. La laideur était bien sûr dans le regard de celui qui avait écrit l’article. Brel, je le trouvais beau, formidablement expressif, séduisant par sa gestuelle, son émotion à fleur d’épiderme.

Je suis ému en revoyant ces clichés. Je l’aimais. Je l’aimais, voilà, je ne trouve pas d’autre mot. L’amour entre hommes, ça existe. Quant à lui, je pense qu’il m’aimait bien.

(…) lorsqu’il chantait devant son public, il ne voyait personne : il était totalement concentré sur son spectacle, dans une sorte de transe qui, en amont, lui donnait des spasmes – les fameuses crises de vomissements avant de monter sur scène. Il sortait de scène épuisé.

A une exception près, je ne me suis jamais retrouvé dans les coulisses avec Brel. Je n’y étais pas invité, je ne tentais pas de forcer le passage. Ce qui m’intéresse, c’est l’artiste dans l’exercice de son métier : le chanteur en train de chanter, le musicien en train de musiquer.

(…) Pourtant il m’arrivait parfois de me retrouver en coulisses : je me souviens d’un concert du Jazz At The Philharmonic, je papotais avec Jean-Marie Périer, nous avions tous deux nos appareils au cou, soudain une porte s’ouvre et apparaît Ella Fitzgerald en bigoudis et en combinaison. Ni Jean-Marie ni moi n’avons eu, on s’en doute, l’inélégance ne fût-ce que d’armer nos appareils. D’autres ne se seraient pas gênés. Donc je vous confirme n’avoir aucun cliché de Brel en train de dégueuler ses tripes avant d’entrer sur scène.

Une réflexion sur “Brel par Leloir

  1. Pingback: Low down d’A. J. Albany | Adepte du livre

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