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hirbat-hizat 3Présentation de l’éditeur : Pourquoi la narratrice débarque-t-elle un matin, la peur au ventre, chez Ali, l’homme qu’elle n’a cessé d’aimer et qui l’a quittée il y a des années ? Pourquoi cette femme qui fit sensation en couverture de la presse érotique a-t-elle décidé de couper sa longue chevelure et de se raser la tête ? « J’avais été un objet de désir, une emmerdeuse, et maintenant j’étais un objet de marchandage, une information, un coup médiatique. J’avais toujours été, à chaque époque de ma vie, autre chose qu’une femme. » En un ultime acte d’insoumission, Sireli vient d’envoyer à vingt personnalités du monde politique de Turquie un DVD contenant des images qui non seulement porteront atteinte à l’honneur et à la puissance d’une famille, mais qui risquent aussi de l’anéantir elle-même. Nuit d’absinthe est l’histoire d’une « Madame Bovary » finissant par se révolter contre un système qui l’enferme. Pour la première fois traduite en français, Ayfer Tunç, l’une des figures-clés de la littérature turque contemporaine, s’y fait l’écho de la dualité et de l’hypocrisie d’une Turquie qui n’a que l’apparence de la démocratie et dont la jeune génération ne supporte plus la dictature des esprits.

Traduit du turc par Ferda Fidan.

Éditions Galaade – 645 pages

Depuis le 7 septembre 2013 en librairie.

Ma note : 4,5 / 5

Broché : 24,90 euros

Ebook : 14,99 euros

La nuit de l’absinthe est la narration, par une femme dont on ne connaîtra jamais le nom, de sa vie, ses espoirs, ses amours, ses échecs, depuis son enfance jusqu’à cette « nuit où (elle a) donné le coup de grâce à (leur) amour ». Une nuit mystérieuse qui prend forme au fil du récit, jeu de construction subtil qui intrigue, étouffe, bouleverse. Une nuit qui n’est pas seulement déterminante pour sa protagoniste, femme forte et victime à la fois, mais pour son pays, la Turquie ; car la femme révoltée contre un destin qui l’a malmenée depuis sa plus tendre enfance entend bien entraîner son pays dans sa chute

Ancré dans la société turque contemporaine, ce roman est la fresque d’un pays coincé entre passé et avenir, gangrené par la corruption, le chantage, les abus en tous genres, l’immoralité voir l’inhumanité, dans le secret des salons feutrés de la bourgeoisie. Car si l’on maintient les apparences, en Turquie, « tout existe, tout ce que vous trouvez en Europe, en Asie, partout. Mais tout est caché, encore aujourd’hui. J’aimerais que nous sortions de ce schéma. Finalement, nous ne savons pas encore bien ce que sont la transparence et la démocratie. […] En Turquie, nous n’avons encore que l’apparence d’une démocratie ». Ayfer Tunç, dont la plume incarne incontestablement la modernité de la littérature turque, dénonce la violence de la bourgeoisie, sa culture paranoïaque du secret, la lâcheté, l’hypocrisie, l’opportunisme, les jeux de pouvoir et le prix à payer pour l’ascension sociale. Bien que ce roman ait été écrit bien avant le printemps arabe, il s’inscrit parfaitement dans la continuité de cet aspiration à la liberté, à la vraie démocratie.

Cette histoire tragique d’une femme broyée par le système, en quête de rédemption, est une lecture viscérale. Angoissante, poignante, révoltante, elle ne laisse pas intact. L’écriture moderne et inventive porte de bout en bout cette approche moderne, riche et authentique d’une Turquie dichotomique, subie et dénoncée par le prisme d’une femme puissante.

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Exraits :

J’étais tombée amoureuse de beaucoup trop d’hommes. J’avais toujours cherché à me persuader, pour pouvoir supporter la vie, que j’étais amoureuse. Mais aussi j’avais toujours beaucoup souffert en m’efforçant d’y arriver. (…)

J’avais voulu être aimée. J’avais cherché toute ma vie à me faire aimer. En échange, je n’avais rien d ‘autre à donner que ma beauté. Mais tout le monde n’en voulait pas. Et ceux qui en voulaient bien s’en lassaient très vite. (…)

Je ne croyais pas  que l’amour soit une chose qui dure toujours.

L’amour naissait. Puis mourait un jour.

Et après, c’était comme s’il n’avait jamais existé.

J’avais plaisir à appeler cette première nuit « la nuit où j’ai donné le coup de grâce à notre amour ». Je passais pour une victime, cela sonnait romantique. C’était là ma nature. Et aussi mon arme. Même si c’était moi-même que je tuais à chaque fois.

D’avoir aimé quelqu’un, ça vous laissait des cicatrices dans la coeur. Et si on n’aimait plus cette personne, les cicatrices vous faisaient mal.

Mais il me fallait être honnête.

Ce n’était pas Teoman qui m’avait sacrifiée. Ni Osman, du reste. Je m’étais sacrifiée moi-même, de mon plein gré, bien des années auparavant. J’avais toujours vécu en victime. J’aurais pu refuser un tel destin. Mais je l’avais accepté. C’est plus facile de regarder le monde avec les yeux d’une victime que d’oser dire non. Plus facile que d’avoir du courage. Ne pas choisir le courage, c’est accepter d’être sacrifié. On croit en général que les victimes sont toujours innocentes. Mais cela n’est pas vrai.

– S’il faut mourir, nous mourrons ensemble, dit-il.

Je n’avais jamais entendu une phrase aussi belle. Cela me parut plus beau que tout ce que j’avais connu jusque-là. Personne ne m’avait jamais rien dit de plus tendre.

Dès lors qu’on n’y croyait pas, les belles paroles se vidaient de leur sens.

Pour que le corps et l’âme se séparent, il n’est pas nécessaire de mourir. Il arrive que les deux se dissocient du vivant d’un être humain. Mais la vraie question n’est pas de savoir si cela est vraiment possible, mais bien de savoir comment ils pourraient à nouveau se réunir.


Je n’ai pas, comme d’autres, la faculté d’oublier. Mon cerveau est plein à ras bords de détails que je ne peux et ne pourrai sans doute jamais oublier. Plein à craquer.

D’un seul coup de tête, la vie pouvait vous mettre la figure en sang. C’est là que le mot grandir prenait tout son sens. Et ça pouvait être douloureux et prématuré.

L’espace d’un instant. Un seul instant peut créer l’espoir, mais aussi il peut l’anéantir. Tout se démantibule d’un coup, le monde s’effondre.

(…) étant jeunes, nous attendions évidemment beaucoup de la vie. Le souci, c’est que la vie n’avait nulle intention de nous faire un cadeau, et notre pays, encore moins.

Les sentiments sont éphémères. Il nous semble, au moment où nous éprouvons un sentiment que tout le reste n’existe plus. La vie, la mort, l’existence, le sens d’une vie, tout est contenu dans cet instant. Mais tout passe, papa. Ce qu’on appelle le sentiment n’est rien d’autre que la somme de ces petits riens qui apparaissent et disparaissent dans un coin de notre moi. Ça vient, ça passe, mais ça fait très mal.

(…) Les sentiments sont éphémères. Étant humains, nous passons d’un sentiment à l’autre. Convaincus, à chaque fois, que nous le garderons éternellement. L’amour ? Il ne finira jamais… La mort ? Elle ne viendra jamais… Nous vivons et mourons d’innombrables fois au cours de notre vie.

Seulement, un jour vient où on prend conscience de la corruption du monde dont on se faisait jusque-là une image favorable. On se rend compte que l’âge d’or de l’humanité ne reviendra jamais, qu’il n’a même jamais existé, que ce qu’on appelle vivre consiste à nourrir indéfiniment des espoirs vains. Que la moitié (selon l’estimation la plus optimiste) de ces êtres dits humains sont des créatures ignobles, et l’autre moitié, des jouets entre les mains des premiers.

(…) l’hypocrisie vit son âge d’or et le monde n’est qu’un immense cloaque. Aves-vous toujours foi en l’humanité ?

Pourquoi cela devient-il chaque jour un peu plus dur de garder son humanité ?

Un grand merci aux Éditions Galaade pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

3 réflexions sur “Nuit d’absinthe d’Ayfer Tunç

  1. Pingback: La décision de Britta Böhler | Adepte du livre

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