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une si longue lettrePrésentation de l’éditeur : Une si longue lettre est une oeuvre majeure, pour ce qu’elle dit de la condition des femmes. Au coeur de ce roman, la lettre que l’une d’elles, Ramatoulaye, adresse à sa meilleure amie, pendant la réclusion traditionnelle qui suit son veuvage. Elle y évoque leurs souvenirs heureux d’étudiantes impatientes de changer le monde, et cet espoir suscité par les Indépendances. Mais elle rappelle aussi les mariages forcés, l’absence de droits des femmes. Et tandis que sa belle-famille vient prestement reprendre les affaires du défunt, Ramatoulaye évoque avec douleur le jour où son mari prit une seconde épouse, plus jeune, ruinant vingt-cinq années de vie commune et d’amour. La Sénégalaise Mariama Bâ et la première romancière africaine à décrire avec une telle lumière la place faite aux femmes dans sa société.

Éditions Le serpent à plumes – 165 pages

Archive du blog Gwordia

Ma note : 4 / 5

Broché : 17 euros

Poche : 7,10 euros

Si mes premiers pas littéraires sur le continent africain furent quelque peu chancelants (nouvelle culture, nouveau langage, nouveaux usages… nouvelle écriture), je ne fus finalement déçue que par la longueur du texte, ou plus exactement son absence de longueur. D’une plume extrêment avisée sans pour autant mâcher ses mots, Mariama Bâ nous entraîne dans cette époque transitionnelle entre l’Afrique d’hier et celle d’aujourd’hui. De l’opposition entre le respect des anciens et les aspirations des nouvelles générations, les traditions ancestrales et le monde nouveau, le devoir et le vouloir des femmes… Mariama Bâ nous présente le tiraillement perpétuel d’un pays, de son pays qui, grâce à une inépuisable espérance, ne renonce pas à accoucher de lui-même.

Extraits :

On ne prend pas rendez-vous avec le destin. Le destin empoigne qui il veut, quand il veut. Dans le sens de vos désirs, il vous apporte la plénitude. Mais le plus souvent, il déséquilibre et heurte. Alors, on subit.

Pour vaincre ma rancoeur, je pense à la destinée humaine. Chaque vie recèle une parcelle d’héroïsme, un héroïsme obscur fait d’abdications, de renoncements et acquiescements, sous le fouet impitoyable de la fatalité.

Je pense aux aveugles du monde entier qui se meurent dans le noir. Je pense aux paralytiques du monde entier qui se traînent. Je pense au lépreux du monde entier que leur mal ampute.

Victimes d’un triste sort que vous n’avez pas choisi, que sont, à côté de vos lamentations, mes démêlés, motivés cruellement, avec un mort qui n’a plus de mainmise sur ma destinée ? Justiciers, vous auriez pu, en liguant vos désespoirs, rendre tremblants ceux que la richesse enivre, ceux que le hasard favorise. Vous auriez pu, en une horde puissante de sa répugnance et de sa révolte, cracher le pain que votre faim convoite.

Votre stoïcisme fait de vous non des violents, non des inquiétants, mais de véritables héros, inconnus de grande histoire, qui ne dérangent jamais l’ordre établi, malgré votre situation misérable.

Je répète, que sont, à côté de vos tares visibles, les infirmités morales dont vous n’êtes d’ailleurs pas à l’abri ? En pensant à vous, je rends grâce à Dieu de mes yeux qui embrassent chaque jour le ciel et la terre. Si la fatigue morale m’ankylose aujourd’hui, elle désertera demain mon corps. Alors, ma jambe délivrée me portera lentement et, à nouveau, j’aurai autour de moi l’iode et le bleu de la mer. Seront miens l’étoile et le nuage blanc. Le souffle du vent rafraîchira encore mon front. Je m’étendrai, je me retournerai, je vibrerai. Ô ! santé, habite-moi. Ô ! santé…

Mes efforts ne me détournent pas longtemps de ma déception. Je pense au nourrisson orphelin à peine né. Je pense à l’aveugle qui ne verra jamais le sourire de son enfant. Je pense au calvaire du manchot… Je pense… Mais mon découragement persiste, mais ma rancoeur demeure, mais déferlent en moi les vagues d’une immense tristesse !

Alors que la femme puise, dans le cours des ans, la force de s’attacher, malgré le vieillissement de son compagnon, l’homme, lui, rétrécit de plus en plus son champ de tendresse. Son oeil égoïste regarde par-dessus l’épaule de sa conjointe. Il compare ce qu’il eut à ce qu’il n’a plus, ce qu’il a à ce qu’il pourrait avoir.

Le sang des blessures coagulé dessine sur le sol des taches sombres et répugnantes. Tout en les brossant, je pense à l’identité des hommes : même sang rouge irriguant les mêmes organes. Ces organes, situés aux mêmes endroits, remplissent les mêmes fonctions. Les mêmes remèdes soignent les mêmes maux sous tous les cieux, que l’individu soit noir ou blanc : tout unit les hommes. Alors, pourquoi s’entretuent-ils dans des batailles ignobles pour des causes futiles en regard des massacres de vies humaines ? Que de guerres dévastatrices ! Et pourtant, l’homme se prend pour une créature supérieure. A quoi lui sert son intelligence ? Son intelligence enfante aussi bien le beau que le mal, plus souvent le mal que le bien.

Une réflexion sur “Une si longue lettre de Mariama Bâ

  1. Pingback: Les douze tribus d’Hattie d’Ayana Mathis | Adepte du livre

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