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le liseur du 6h27Présentation de l’éditeur : « Peu importait le fond pour Guylain. Seul l’acte de lire revêtait de l’importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écoeurement qui l’étouffait à l’approche de l’usine. » Employé discret, Guylain Vignolles travaille au pilon, au service d’une redoutable broyeuse de livres invendus, la Zerstor 500. Il mène une existence maussade mais chaque matin en allant travailler, il lit aux passagers du RER de 6h27 les feuillets sauvés la veille des dents de fer de la machine… Dans des décors familiers transformés par la magie de personnages hauts en couleurs, voici un magnifique conte moderne, drôle, poétique et généreux : un de ces livres qu’on rencontre rarement.

Éditions Au Diable Vauvert – 218 pages

Depuis le 5 mai 2014 en librairie.

Ma note : 5 / 5

Broché : 16 euros

En signant ce premier roman, Jean-Paul Didierlaurent livre un vrai feel good book qui devrait en émouvoir plus d’un. À commencer par tous les amoureux des livres.

Nouvelliste exceptionnel lauréat de nombreux concours, trois fois finaliste et deux fois récompensé par le Prix Hemingway, l’auteur, avec ce premier texte long – toutefois assez court pour un roman – asseoit une plume certaine et s’affirme comme un écrivain singulier.

Le liseur du 6h27 est une histoire toute simple, faite de personnages anodins au quotidien monotone. Mais une fois mixée, toute cette banalité devient exceptionnelle et la petite histoire devient un vrai morceau de littérature.

Tout commence avec Guilain Vignolles, cet employé du pilon au nom contrepètrique qui déteste son travail et qui sauve chaque jour quelques feuillets de la machine destructrice surnommée La Chose pour les lire le lendemain matin aux passagers de son RER. À partir de là, en dire plus serait déjà trop. Disons simplement que de cet acte vont découler des rencontres et des situations insoupçonnables, pleines d’humour, de poésie et de chaleur humaine. Tel un enchanteur au coeur tendre, l’écrivain fait de la magie avec du réel, manie les mots avec une finesse et un style ensorcelants et met du baume au coeur avec son récit charmant.

Avec Le liseur du 6h27, Jean-Paul Didierlaurent démontre avec talent la nécessité de laisser davantage de place aux nouvelles plumes dans l’édition. Succès annoncé avant même sa sortie en librairie (hier donc), pas moins de vingt pays se sont d’ores et déjà appropriés les droits du livre et l’auteur sera reçu ce jeudi (le 8 mai 2014) par François Busnel sur le plateau de La Grande Librairie. Aux mauvaises langues qui diraient que tout ceci est un plan parfaitement marketé, lisez-le, on en reparle après !

Vous aimerez sûrement :

L’Agrément de Laure Mézarigue, Un buisson d’amarante d’Adrien Sarrault, La voleuse de livres de Marcus Zusak, Le Libraire & La Vie de Régis de Sá Moreira, L’ombre du vent de Carlos Ruis Zafon, L’élégance du hérisson de Muriel Barbery, The Guitrys d’Éric-Emmanuel Schmitt, En moins bien et Pas mieux d’Arnaud Le Guilcher, Les arbres voyagent la nuit d’Aude Le Corff, Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig, Le café de l’Excelsior de Philippe Claudel…

Extraits :

« N’oublie jamais ça, petit : on est à l’édition ce que le trou du cul est à la digestion, rien d’autre ! »

C’était bon de constater qu’il existait un autre monde que celui de la STERN, un monde où les livres avaient le droit de finir leur vie douillettement rangés dans les casiers verts le long des parapets en vieillissant au rythme du grand fleuve sous la protection des tours de Notre-Dame.

On attend d’une dame-pipi qu’elle nettoie, pas qu’elle écrive. Les gens peuvent concevoir que je fasse des mots fléchés, des mots croisés, des mots mêlés, des mots cachés, des mots enfermés dans toutes sortes de grilles. Ces mêmes gens peuvent également admettre que je lise à mes heures perdues des romans-photos, des hebdos féminins, des magazines télé, mais que je pianote de mes doigts abîmés par l’eau de Javel sur le clavier d’un ordinateur portable pour y coucher mes pensées, ça, ça leur interpelle l’entendement. Pire, ça porte à suspicion. Il y a comme un malentendu, une erreur de casting. Dans le monde d’en bas, même un malheureux portable de dix pouces allumé à côté de la soucoupe des pourboires finira toujours par faire tâche dans le paysage. Oh ! j’ai bien essayé de l’utiliser à mes débuts mon PC, mais j’ai tout de suite vu dans leurs regards parfois outrés que ça n’allait pas du tout, qu’il y avait comme de l’incompréhension et de la gêne, voire du rejet devant cette situation anormale. Il a fallu me rendre rapidement à l’évidence que les gens n’attendent en général qu’une chose de vous : que vous leur renvoyiez l’image de ce qu’ils veulent que vous soyez. Et cette image que je leur proposais, ils n’en voulaient surtout pas. C’était une vue du monde d’en haut, une vue qui n’avait rien à faire ici. Alors s’il y a une leçon que j’ai bien apprise en près de vingt-huit ans de présence sur cette Terre, c’est que l’habit doit faire le moine et peu importe ce que cache la soutane.

Ma tante, nantie de cette omniscience javellisée qui la caractérise, a classé ces bruits en trois catégories. Il y a tout d’abord ceux qu’elle désigne sous la jolie appellation des bruits nobles. Le cliquetis discret d’une ceinture que l’on déboucle, le chant léger d’une fermeture Éclair que l’on descend, le claquement sec d’un bouton pression que l’on dévérouille, sans oublier tous ces froissements d’étoffes, soieries, Nylon, cotons et autres tissus qui chantent contre les peaux en autant de frottements, froissements, froufroutements et autres friselis. Arrivent ensuite ce qu’elle nomme les bruits paravents. Toussotements gênés, sifflotements faussement enjoués, activation de chasse d’eau, tous ces sons censés étouffés la troisième catégorie sonore,  celle des bruits d’activité : flatulences, gargouillis, clapotis, chant de l’émail, bruits de plongeons de haut vol, dévidage du rouleau de papier, déchirement de la ouate. Enfin, j’ajouterais pour ma part une dernière catégorie, plus rare mais ô combien ! intéressante, celle des bruits d’aise, tous ces vagissements et soupirs de contentement qui s’élèvent parfois vers le plafond lorsque s’ouvrent les vannes et que cascade sur l’émail le jet libérateur trop longtemps retenu ou l’avalanche bruyante d’un trop plein intestinal.

Lorsque le RER s’arrêta en gare et que les gens quittèrent leur wagon,  un observateur extérieur aurait pu sans peine remarquer à quel point les auditeurs de Guylain détonnaient d’avec le reste des usagers. Leurs visages n’affichaient pas ce masque d’impassibilité qu’abhorraient les autres voyageurs. Tous présentaient un petit air satisfait de nourrisson repu.

13 réflexions sur “Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent

    • Oui, le parallèle est évident, je l’ai d’ailleurs cité dans la rubrique « vous aimerez sûrement ». Effectivement, un même succès est tout le mal que l’on peut souhaiter à l’auteur ! Et mieux encore, tout le bien. Merci pour votre visite et votre commentaire. Au plaisir de nos tribulations littéraires.

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