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la fille de l'eauPrésentation de l’éditeurLa Fille de l’eau commence un matin d’automne avec l’arrivée en pédalo d’une jeune femme travestie en homme, au pied d’une magnifique villa moderne située à flanc de falaise, au bord d’un grand lac. Le lieu appartient à un artiste décédé depuis peu ; il y vivait avec sa famille qui y est toujours présente. Enfant illégitime de cet homme, la jeune fille enquête incognito sur les traces de son passé. Elle s’immisce dans l’intimité de cette famille, espérant découvrir qui sont ces autres auxquels son père n’a pas jugé nécessaire de révéler son existence. La Fille de l’eau est un one shot imaginé par Goerg, un roman graphique intimiste et dramatique qui s’écrit au coeur de secrets de famille et de deuils.

Éditions Dargaud – 182 pages

Depuis le 20 janvier 2012 en librairie.

Archive du blog Gwordia

Ma note : 4 / 5

Album couverture souple : 18 euros

Avec ma tendance à rester à l’affût des nouveautés BD ou de celles dont on parle, je ne pouvais manquer La Fille de l’Eau dont la couv’ m’a tout de suite tapé dans l’oeil.

Cette production helvète par l’un des membres du collectif d’auteurs du premier feuilleton BD diffusé sur le web puis édité Les autres gens est un récit délicat et subtil à double titre.

En premier lieu, ce roman graphique est un livre à contempler, comme mon coup de coeur visuel l’indique. Sacha Goerg offre un one shot très esthétique mêlant encre de Chine et aquarelle qui mettent particulièrement en valeur le décor végétal et minéral omniprésent. Ce cadre naturel éthéré est relevé par des aplats monochromes de couleurs tranchées, qui s’inscrivent notamment dans l’architecture de l’espace où se tient le huis clos ; architecture fondamentale quasi anthropomorphique dans l’histoire. L’originalité se retrouve, outre le trait, dans la construction qui sort du schéma classique de l’art séquentiel. L’absence de cases qui ont tendance à enfermer permet de faire la part belle aux couleurs pour un ensemble résolument contemporain.

Mais au-delà de la remarquable performance graphique, La Fille de l’Eau est également un récit étrange très abouti, ponctué de touches oniriques et fantastiques. Cette introspection complexe aborde de nombreux sujets psychologiques de manière franche quoique tout en pudeur, ce qui tranche incroyablement avec le caractère explicite et parfois cru mais toujours sensuel du dessin.

Si le thème initial de cet album intimiste est la quête identitaire d’une fille naturelle par le prisme de son père décédé, l’on découvre au fil du récit que l’éventail des thèmes abordés est très large : quête de soi, homosexualité, deuil mais aussi environnement ou encore art contemporain. La densité des thématiques est totalement maîtrisée. À aucun moment l’on ne se perd dans cette galerie de personnages ambigus, intenses et très différents qui ont pourtant un point commun, celui d’être enferrés dans des faux-semblants, des apparences trompeuses, des masques sensés les protéger, dissimuler leurs secrets, leurs faiblesses, leur mal-être, mais qui doivent immanquablement se fissurer pour mieux se révéler et se reconstruire.

Sacha Goerg, fondateur des éditions L’employé du moi, comble savamment les non-dits de ses personnages par des dessins très expressifs. Il utilise de manière récurrente la métaphore pour ses démonstrations. Ainsi, la dualité entre le moi des protagonistes et ce qu’ils veulent bien laisser paraître est parfaitement représenté par la mise en scène passant sempiternellement de l’intérieur à l’extérieur de la maison. Et l’idée de la fêlure et de l’effondrement nécessaire pour repartir sur de bonnes bases sera lui aussi représenté dans la fin dramatique, quasi apocalyptique annoncée.

Malgré mon analyse un brin intellectualisante je le concède, n’allez surtout pas croire que cette histoire est inaccessible ou prise de tête. Il n’en est rien. La Fille de l’Eau est une lecture certes inhabituelle aux accents psychologisant indéniables, mais c’est surtout un morceau de beauté et de poésie tout ce qu’il y a de plus agréable et rafraîchissant. Bref, une belle et intelligente BD que je vous recommande.

L’interview de Sacha Goerg à propos de La Fille de l’Eau.

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4 réflexions sur “La fille de l’eau de Sacha Goerg

    • Serais-je en train de faire exploser la wish list, ah ah ah ? Dure, dure, la passion des livres ;) !
      Je suis touchée par votre intérêt, merci beaucoup pour vos visites et vos commentaires !

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  1. Pingback: La fille de l’eau | Les lectures de Caro

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