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Présentation de l’éditeur : « Tu seras toujours la feml'exceptionme de ma vie. » Dans le vacarme d’un réveillon de nouvel an, María n’entend pas ce que Flóki, son mari, lui annonce : il la quitte pour son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos. Heureusement, dans la nuit de l’hiver polaire, Perla est là, charitable voisine d’à peine un mètre vingt, co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale, qui surgit à tout moment de son appartement de l’entresol pour secourir fort à propos la belle délaissée… Ni Perla la naine surdouée, ni María l’épouse idéale démunie devant une orientation sexuelle désormais incompatible, ni les autres acteurs de cette comédie dramatique à l’islandaise – adorables bambins, belles-familles consternées ou complices, père génétique inattendu – ne détournent le lecteur d’une alerte cocasserie de ton, d’une sorte d’enjouement tendre, de brio ininterrompu qui font de L’Exception un grand roman de la déconstruction et de la reconstruction narcissique à la portée du commun des mortels.

Éditions Zulma – 338 pages

Depuis le 3 avril 2014 en librairie.

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson.

Ma note : 4 / 5

Broché : 20 euros

Ebook : 12,99 euros

Comment réagir quand votre compagnon depuis onze années vous quitte pour un homme ? Comment ne pas remettre en cause sa féminité ? Comment rivaliser avec un homme pour une opération de re-séduction ? Comment peut-on n’avoir pas remarqué son intérêt pour les hommes ? Comment ne pas revisiter ses souvenirs d’un oeil neuf ? Comment expliquer à ses jumeaux de deux ans et demi que leurs parents vont fonctionner différemment ? Comment réagir aux regards et réflexions des autres ?…

Autant de questions et de remises en question qui s’imposent à María quand son mari la quitte le soir de la Saint-Sylvestre. Heureusement, elle peut compter sur sa voisine Perla, conseillère conjugale et nègre d’un auteur de polar, pour la soutenir. Perla la naine, apparaissant et disparaissant toujours aux bons moments comme par enchantement, qui n’est pas sans rappeler les petits êtres légendaires faisant partie intégrante de la culture islandaise… Et puis la vie poursuit son cours, chargée de son lot de surprises : la réapparition soudaine d’un père biologique, un dossier d’adoption entamé six ans auparavant qui se débloque soudain…

Au coeur la nature prégnante de cette mystérieuse Islande en plein hiver boréal, Auður Ava Ólafsdóttir fait naître sous sa plume un drame ordinaire. Mais nulle tragédie à l’horizon. Avec poésie et humour, l’auteur décortique ce chaos amoureux, fait traverser à son personnage les inéluctables phases psychologiques liées à la séparation, pour mieux mettre en évidence que la vie se charge de nous maintenir à flots et de tourner les pages pour en écrire de nouvelles.

Après les succès de Rosa candida et de L’Embellie, Auður Ava Ólafsdóttir revient avec un texte pittoresque, une histoire truculente pleine de douceur. Rompue à l’étude des moeurs de ses contemporains, elle fait de l’inconstance humaine si ce n’est une qualité, du moins un sujet fascinant.

Mention spéciale, si besoin est de le rappeler, pour les magnifiques couvertures des Éditions Zulma, superbement mises en valeur sur leur très chouette site internet !

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La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, La double vie d’Irina de Lionel Shriver, Roman de l’au-delà de Matthias Politycki, Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann, Les Séparées de Kéthévane Davrichewy, La mauvaise rencontre de Philippe Grimbert, La vie d’une autre de Frédérique Deghelt, Les oreilles de Buster de Maria Ernestam, La Silencieuse d’Ariane Schréder, Les déferlantes de Claudie Gallay, Le premier été d’Anne Percin, Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois…

Extraits :

– Écoute, María, est-ce que je peux te dire un mot ?

Le temps qu’il fait est-il déterminant ? La pluie est-elle préférable ou faut-il attendre une embellie ? Cela peut-il se passer le jour le plus chaud qu’on ait connu au mois d’août de mémoire d’homme ? Et si l’un des jumeaux a une otite ? Le jour des noces d’or de ses beaux-parents est-il vraiment adéquat pour qu’un mari se déclare homosexuel ? Peut-il l’annoncer en posant sur le gril le premier saumon pêché de  l’été ? Est-il convenable de choisir le moment où elle sort toute nue de la douche ou doit-elle être habillée, celle qui va entendre la vérité ? Vaut-il mieux qu’elle vienne de se réveiller et soit encore au lit, un mardi aurait-il été préférable à un jeudi soir, bref y a-t-il un moment meilleur qu’un autre pour entendre son mari lui annoncer qu’il aime quelqu’un d’autre ?

– Il prétent qu’il avait l’intention de me l’avouer depuis longtemps, mais les enfants sont nés et ça a changé la donne, du moins temporairement.

– Je n’arrivais plus à trouver mes mots devant lui, dis à Perla.

(…)

– Tu n’es pas la première à te demander quel est le pouvoir des mots face aux passions humaines. Les écrivains en savent quelque chose.

(…)

– Une fois, ça m’a pris sept mois pour trouver le mot juste, me dit-elle. C’est incroyable les crises existentielles que vingt-six lettres peuvent engendrer. Aimer et buter font tous les deux cinq lettres.

Par comparaison avec les souffrances auxquelles je suis confrontée lors de mes pérégrinations à l’étranger – tous ces enfants martyrs, assis sur le drap sale d’un pauvre hôpital, contemplant leur moignon de jambe au pansement tâché de sang -, un mari qui sort du placard au bout de onze ans de mariage est d’une insignifiance au moins égale à ma douleur.

De temps à autres, je disais à ma mère que ça m’attristait d’attendre en vain qu’une bonne camarade vienne sonner à la porte pour demander si je voulais sortir jouer. Elle répliquait que la vie se résume à attendre et qu’on sous-estimait la valeur de l’ennui dans la société contemporaine. Le vide de l’ennui recelait d’innombrables possibilités et engendrait des créations remarquables.

– La vie bifurque constamment. Il n’est pas de personne plus mûre que celle qui change sept fois par semaine sa façon de penser.

6 réflexions sur “L’Exception d’Auður Ava Ólafsdóttir

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