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american desperadoPrésentation de l’éditeur : Ce livre retrace l’histoire intense de John Riccobono alias Jon Roberts. Né dans la famille Gambino affiliée à la Mafia new yorkaise, Jon a sept ans quand il est témoin d’un meurtre commis par son père et doit apprendre la loi du silence. Suivant la voie qu’on lui a tracée, il fait ses armes comme « soldat » du clan Gambino puis s’engage dans les marines et donne libre cours à sa sauvagerie naturelle au Vietnam. On le retrouve à vingt-deux ans à New York, où il supervise le racket des boîtes de nuit pour ses oncles. La vague disco / cocaïne va lui donner des idées et lui faire découvrir Miami, où il devient en quelques années l’un des correspondants les plus actifs du cartel de Medellín, écoulant de 50 à 100 kg de poudre par mois. Son carnet d’adresses se lit comme un bottin mondain : le général Noriega, Richard Pryor, O.J. Simpson, Meyer Lansky, Richard Dreyfuss, Pablo Escobar… Au volant de voitures de luxe, entouré des plus belles femmes, il est aussi charmant qu’amoral et meurtrier. Scrupuleusement documenté, ce livre écrit en collaboration avec Evan Wright, romancier et grand reporter, permet de découvrir non seulement la vie d’un criminel extraordinairement audacieux, mais aussi une période chaotique et passionnante de l’histoire américaine. Un beau matin de 1986, le FBI fait une descente chez Jon Roberts. S’ensuit une cavale qui durera cinq ans. Capturé, Jon bénéficiera d’une réduction de peine en échange d’informations. Emporté par un cancer le 28 décembre 2011, il n’aura survécu que deux mois à la publication de ses Mémoires.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patricia Carrera.

Éditions 13e Note – 701 pages

En librairie depuis le 24 octobre 2013.

Ma note : 4,5 / 5

Broché : 25,95 euros

Si American Desperado était un roman, l’on penserait à n’en pas douter que l’auteur en fait trop. Mais comme la réalité dépasse bien souvent la fiction, American Desperado est tout ce qu’il y a de plus réel. Cette biographie se lit cependant comme un roman. À devenir fou ? Justement. La vie de Jon Roberts est tout ce qu’il y a de plus déjantée. Était. Car l’ennemi public numéro un a rendu les armes en 2011.

Impossible de ne pas penser à Casino, L’Ennemi public n°1, Little Caesar, Scarface, Le Parrain, Les Affranchis, Il était une fois en Amérique ou encore Donnie Brasco à la lecture de ce témoignage. Pourtant, si le cinéma américain s’est largement inspiré des gangsters pour ses succès, Hollywood a versé dans le cliché. Hors, Jon Roberts, lui n’avait rien d’un cliché.

Et pour coller au plus près de sa vérité, Evan Wright qui a co-écrit ce livre avec le cocaïne cowboy a pris le parti du journalisme gonzo. Loin d’être un listing sans intérêt des faits d’armes de Riccobono, American Desperado entraîne le lecteur à la suite de cet homme sans foi ni loi. Psychopathe ? Sociopathe ? Sans doute. Inadapté social, incontestablement.

Jon Roberts se livre ici sans concession, avec une rare franchise. Et quand le témoin partial s’écarte un peu trop de la réalité, son confesseur rétablit les faits en aparté. Tour à tour glaçant et désopilant, Jon ne se cherche pas d’excuse : derrière le mec sympa et drôle, l’hôte parfait, le papa poule, il y a le pro du braquage, du racket, de la torture, de l’arnaque, du trafic de drogue… du meurtre. Et malgré des descriptions à faire froid dans le dos, avec son physique de tombeur, on n’arrive pas à le détester complètement, tout en sachant que l’éditeur américain a exigé d’édulcorer voire de faire l’impasse sur certains détails sordides. L’éternel charisme du bad boy

Avec un tel curriculum, l’on peut s’étonner que le malfrat n’ait pas croupi derrière les barreaux. Recherché dix ans par le FBI, soupçonné d’avoir fait entrer pour 2,5 milliards de coke aux États-Unis entre 1975 et 1985, comment expliquer qu’une fois pris, il ait été presque aussitôt relâché quand on connaît la réputation de sévérité de la justice américaine ? Tout simplement parce que le suspect à « coopéré avec la justice ». C’est ce qu’on appelle balancer. Et Evan Wright d’ajouter : « Je ne suis pas un adepte des théories conspirationnistes, mais je pense qu’il a obtenu un accord d’immunité du gouvernement parce que ses crimes liés à la drogue impliquaient un ancien homme de main de la Mafia, Enrique “Rick” Prado, un homme devenu plus tard un haut gradé de la CIA et même le responsable des opérations antiterroristes avant et après le 11 Septembre, celui qui conseillait directement le président Bush. » Ewan Wright s’est d’ailleurs vu signifier par un agent fédéral qu’évoquer Prado, qui a quitté la CIA en 2004, dans le livre pourrait s’avérer dangereux… Ambiance. Et si l’on retrouve de nombreux noms célèbres dans le récit, beaucoup ont été modifiés : ceux des flics ripoux, des magistrats corrompus, des politiciens verreux et de quantité de petits ou gros malfrats.

Forcément dérangeant cet American Desperado. Car derrière ce portrait individuel d’un mec à la Tarantino ascendant Audiard, c’est bel et bien la fresque de toute une Amérique pervertie et gangrenée qui se dessine sous nos yeux ébahis. Un pavé parfait pour lester un corps à lire absolument, une épopée de la réussite criminelle délicieusement décadante.

Vous aimerez sûrement :

Les rois du crime d’Alexandre Bonny, Regarde les hommes mourir de Barry Graham, Du bleu sur les veines de Tony O’Neill, Speed fiction de Jerry Stahl, L.A. Story de James Frey,Demande à la poussière de John Fante, Travaux forcés de Mark SaFranko, Sur la route de Jack Kerouac, Souvenirs d’un pas grand-chose de Charles Bukowski, Courir avec des ciseaux d’Augusten Burroughs, Peste de Chuck Palahniuk…

Extraits :

Lorsque Julian est à bord, Jon respecte les limitations de vitesse et pose des questions à son fils sur sa journée au collège. Dès qu’on est seuls, il reprend ses vieilles habitudes. Ne conduisant sa Cadillac dernier modèle qu’à deux allures, 120km/h sur route, 180km/h sur autoroute, il slalome comme un malade dans la circulation, jaillit des parkings en faisant crisser ses pneus. Transporté dans une scène du poursuite des années 1970, je surveille le rétro, guettant gyrophares et carambolages. Mais si Jon conduit vite, il est précis et jamais imprudent. Fonçant en marche arrière vers une place de stationnement, il tourne le volant d’une main ; sa voiture est toujours garée en position de départ, prête à démarrer sur les chapeaux de roue.

L’hospitalité de Jon a quelque chose d’obsessionnel. Avant mon arrivée, il m’a appelé au télélphone un jour où, par harsard, je mangeais des myrtilles au petit-déjeuner ; depuis, à chacune de mes visites, un panier de myrtilles fraîches m’attend dans son frigo.

Jon secoue la tête, soupire, capitule. Julian sourit ; j’ai l’impression qu’il adore contrarier son père. Après le dîner, tous deux vont jouer au basket dans l’allée. Quand l’enfant court pour marquer, Jon l’attrape au vol et le hisse jusqu’au panier ; Julian lâche le ballon dans l’arceau et son père le repose au sol, admiratif.

Tard le soir, Jon nettoie sa maison de fond en comble. Judy me confie qu’il a toujours été obsédé par la propreté. En prison, d’après les rapports, il « est allé au-delà de ce qu’on attendait de lui en se chargeant de l’entretien des sanitaires de sa cellule ainsi que de la cuisine ». Tout en passant la serpillière au milieu de la nuit, Jon me confie le secret, appris en taule, pour faire briller parfaitement un sol :

– On remplie le seau avec de la glace puis on verse la cire dans l’eau encore glacée. Voilà comment on obtient cet éclat !

– Jon, tu nettoies ta maison comme s’il s’agissait d’une scène de crime…

Rejetant la tête en arrière, il éclate de rire sans me quitter des yeux. Son regard reste froid.

Son récit regorge de portraits impitoyables : politiciens corrompus, flics pourris, célébrités déchues, agents véreux de la CIA et autres membres d’une classe dominante décadente qui peuplaient son univers. Le résultat ? Une histoire dérangeante de la société américaine, des années 1960 aux années 1990, retracée par un malfaiteur fort peu repenti.

Mon père m’avait donné une autre leçon en abattant cet homme devant moi : il m’avait montré que l’impunité, ça existe. Ce n’est pas ce qu’on nous enseigne à l’école. Il n’est pas allé en prison, Dieu ne l’a pas puni en lui emportant une jambe ou en lui collant un cancer ; son geste n’a rien changé au cours des choses. Morale de cette histoire : tout est permis à condition de ne pas se faire coincer. Peut-être la meilleure leçon que j’ai jamais reçue !

Les officiers qui m’avaient recruté connaissaient mon histoire personnelle, ils savaient que mes réactions étaient inhabituelles. Mieux que la plupart des gens, je pouvais supporter la douleur… et l’infliger. Ces recruteurs étaient malins ; quand je suis arrivé au Vietnam, ils m’ont mis avec des mecs aussi durs que moi. Putain de merde, là-bas, on est tous devenus fous.

Le plus dégueulasse, c’est qu’on aimait ça.

C’est beaucoup plus dur de poignarder un mec que de lui tirer dessus. En enfonçant le couteau, on sent les nerfs sous la lame, on respire cette odeur, on entend le peau qui se déchire, pschitt, et on est éclaboussé de sang. C’est très intime.

Quand un pays entre en guerre, il se comporte comme un psychopathe. Il envoie des gens comme moi dans les bois pour y commettre les crimes les plus horribles, pendant ce temps-là tout le monde fait semblant d’être du bon côté, celui des anges. Seulement, pour gagner, les anges ont besoin des démons.

Un grand merci au Éditions 13e Note pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

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