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la maison de terrePrésentation de l’éditeur : Dans le Texas des années 30, Tike et Ella May, jeune couple d’agriculteurs, ont bien du mal à planter de quoi vivre sur cette terre aride. Ella May est enceinte et ne veut pas continuer à habiter leur cabane en bois envahie par les insectes. Problème, ils n’ont pas le sou pour s’offrir le lopin de terre censé accueillir la maison de leurs rêves. Mais l’État et les banques ont tout prévu. Il suffit de leur faire confiance… La Maison de terre est un portrait brûlant de la misère et de l’espoir butant contre un paysage ravagé. Combinant le sens moral de John Steinbeck avec l’érotisme cru de D. H. Lawrence, voici un puissant récit de l’Amérique de la Grande Dépression, brossé par l’un de ses plus grands artistes.  

Éditions Flammarion – 315 pages

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard.

Postface de Johnny Depp et de Douglas Brinkley traduite par Samuel Sfez.

Depuis le 8 janvier 2014 en librairie.

Ma note : 4 / 5

Broché : 21 euros

Ebook : 14,99 euros

Si le nom de Woody Guthrie ne vous évoque rien, c’est tout simplement parce qu’il fait ou plutôt faisait partie de ces trésors oubliés de la littérature américaine. Heureusement, les éditions Flammarion sont de ces maisons qui jouent le jeu éditorial en vogue ces dernières saisons littéraires de nous les faire redécouvrir.

Guthrie donc, né en 1912 et mort en 1967, était avant tout un auteur-compositeur-chanteur folk devenu icône de la Grande Dépression avec ses quelque 3 000 chansons et sa guitare baptisée « machine à tuer ». Ses textes, témoignant de son engagement auprès des défavorisés, migrants, ouvriers agricoles ou syndicalistes en grève, lui valurent d’être blacklisté par McCarthy mais surtout d’être loué par Steinbeck pour son « combat contre toutes les formes d’oppression » et d’influencer des compositeurs tels que Bob Dylan, Bruce Springsteen ou encore Joe Strummer.

La maison de terre, son seul et unique roman achevé écrit en 1947 et jamais publié jusqu’à aujourd’hui (en 2013 aux USA), est d’ailleurs une prolongation de ce combat. Il trouve son origine dans le Dust Bowl de 1935, une de ces tempêtes de sable et de poussière dévastatrices qui ravagèrent pendant une dizaine d’années les plaines américaines et le Canada du fait du surlabourage qui entraînait l’érosion des sols. Cette catastrophe écologique prit des années à être régulée par des mesures gouvernementales drastiques. Elle fut la cause d’une migration massive de trois millions d’habitants vers la Californie ; les récoltes détruites et les sols devenus infertiles ayant entraîné la ruine des paysans.

Si Steinbeck raconte cet exode dans Les raisins de la colère, Guthrie, lui, raconte le combat de ceux qui choisirent de rester sur une terre de désolation et voulurent transformer leur baraque en bois en maison de terre, facile à construire et plus résistante, mais dont les rêves se heurtèrent à la réalité des grands propriétaires, des banques et de l’État.

C’est donc l’histoire de Tike et Ella, paysans pauvres, vrais rednecks, tentant de survivre dans les hostiles Grandes Plaines texanes. Avoir une maison de terre est le rêve frustré de ce jeune couple. Mais loin d’une histoire misérabiliste, c’est aussi une belle histoire d’amour, parfois même érotique.

Dans ce huis clos, le temps est suspendu – d’aucuns diront qu’il ne s’y passe rien et pourtant… Le dépaysement est total. La prose sobre mâtinée d’argot de l’auteur sonne authentique et prend aux tripes. Il y a du Faulkner dans Guthrie. Quelle belle découverte que cet hymne prolétarien intemporel, ce roman réaliste altermondialiste avant l’heure, ce pur chef d’oeuvre qui appelle aux armes !

Vous aimerez sûrement :

Des souris et des hommes de John Steinbeck, Sanctuaire et Le bruit et la fureur de William Faulkner, Demande à la poussière de John Fante, Sur la route de Jack Kerouac, Souvenirs d’un pas grand-chose de Charles Bukowski, Seuls le ciel et la terre de Brian Leung, Mille femmes blanches de Jim Fergus…

Extraits :

« Pourquoi faut-y toujours qu’il y ait quelque chose pour vous démolir ? Pourquoi ce pays est-y plein de choses qu’on peut pas voir, de choses qui vous mettent à terre, vous finissent à coups de saton, vous éparpillent et détruisent vos espoirs ? Comment se fait-y que dès que j’ai de l’espoir pour un tout petit quelque chose, faut toujours, toujours, toujours qu’il y ait une manière d’entourloupe pour m’envoyer dans le décor ? Je veux plus être traitée de la sorte, pas un pouce de plus. Pas une once de plus, pas une seconde de plus. De toute ma vie j’ai jamais demandé un brin de plus que ce que j’avais besoin. J’ai jamais demandé à posséder, à gérer ni à contrôler les terres et les vies des autres. J’ai jamais voulu autre chose qu’un travail honnête, un endroit décent où habiter, et une vie décente et honnête. Pourquoi est-ce que c’est-y point possible, Tike ? Dis-moi. Pourquoi qu’on peut-on pas posséder assez de terre pour travailler dessus ? Pourquoi qu’on peut pas posséder assez de terre pour y exister, y travailler et y vivre comme des être humains ? Pourquoi qu’on peut pas ?

Tike s’assit au soleil et croisa les pieds sous lui. Il creusa le sol imprégné d’eau de vaisselle savonneuse et dit :

« Je sais pas Lady. Les gens se bouffent entre eux comme des clébards, voilà tout. Ils se marchent dessus, se filoutent les uns les autres, ils manigancent, font leurs coups en douce, s’escroquent, se plument, se grugent et trichent, et trichent, et ensuite ils trichent encore. Je me suis toujours demandé. Je sais pas. C’est juste des clébards prêts à se mordre. C’est tout ce que je sais.

Un homme seul peut-il vraiment combattre le vent, la poussière et la neige ? En fin de compte, déverser sa bile n’est-il pas vain ?

Comme toute l’oeuvre de Guthrie, injustement reléguée au simple rang de culture populaire américaine, ce livre est un appel direct aux gouvernements du monde entier pour venir en aide aux victimes les plus durement touchées par les catastrophes naturelles, afin qu’elles puissent se construire une vie meilleure. Avec subtilité, Guthrie fait comprendre à ses lecteurs que le capitalisme est le véritable ennemi derrière la Grande Dépression. Le roman de Guthrie aurait aussi bien pu se déroule dans un bidonville haïtien ou dans un camp de réfugiés soudanais qu’au Texas.

Un grand merci aux Éditions Flammarion et à Babelio pour m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre.

9 réflexions sur “La maison de terre de Woody Guthrie

    • J’en suis ravie ! Si vous aimez Faulkner ou Steinbeck et les descriptions, foncez. Merci ppour votre visite et votre commentaire. Au plaisir de nos tribulations littéraires…

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